jeudi 31 mars 2011

Platon (-428/-348)

Platon - détail de "L'École d'Athènes" par Raphaël
Né vers la fin de l'âge d'or d'Athènes, Platon appartenait à une famille aristocratique. Il semble que son véritable nom ait été Aristoclès, Platon n'étant qu'un surnom signifiant «large d'épaules».

Aristote nous dit que Platon fut l'élève de Cratyle, qui lui-même avait étudié auprès d'Héraclite. Il devint l'élève de Socrate, qui demeura son ami et son maître jusqu'à son exécution (Platon avait alors une trentaine d'années). Nous ignorons s'il commença à écrire ses dialogues avant ou après la mort de Socrate. En fait, la chronologie des dialogues de Platon demeure un sujet de débats.

Après le procès et l'exécution de Socrate, Platon, révolté, quitta Athènes. La légende veut qu'il se rendit en Égypte., puis à Mégare (Sicile), où il rencontra les derniers pythagoriciens, et il noua des relations importantes à Syracuse. 

De Mégare, il retourna à Athènes et, peu de temps après, il fonda une école avec le mathématicien Théétète dans les faubourgs de la ville. Elle était située sur un terrain dont il avait hérité dans un quartier appelé l'Académie, c'est pourquoi on lui donna ce nom. On y enseignait une grande variété de sujets, des mathématiques à la biologie, de la philosophie à l'astronomie, aussi n'est-il pas exagéré de la considérer comme la première université européenne. Désireux d'éclairer l'action politique par la pensée philosophique, Platon se rendit deux fois en Sicile pour conseiller Denys, le nouveau tyran de Syracuse, mais l'expérience tourna au désastre. Il passa le reste de sa vie à écrire et à enseigner.

Les écrits de Platon ont tous la forme d'un dialogue, à l'exception de treize lettres, dont l'authenticité est encore incertaine, et de l'Apologie de Socrate, composée des trois discours de Socrate devant le tribunal. Socrate est le personnage principal de la plupart des dialogues. Il est présenté en train de discuter avec toutes sortes de gens, dont beaucoup ont réellement existé, par exemple Théétète, Parménide et Zénon, ou encore les frères de Platon, Glaucon et Adimante. Ces dialogues sont d'une longueur et d'une complexité très variables, mais ils sont toujours vivants et d'un grand intérêt philosophique.

Les spécialistes divisent les dialogues en trois groupes, ceux du début, ceux du milieu et ceux de la fin. Dans la plupart des cas, il est aisé de situer tel dialogue dans ce schéma, mais il y a des dialogues dont la datation est incertaine. Néanmoins, ce classement donne une idée du développement de la pensée de Platon depuis les dialogues du début qui présentent une image assez fidèle de Socrate jusqu'à ceux où Platon fait de son maître le porte-parole de ses propres conceptions.

Epistémologie

Quand on aborde la pensée de Platon, il vaut mieux commencer par sa conception de la connaissance et de l'opinion. La connaissance, dit-il, ne peut porter que sur des vérités éternelles et immuables; des réalités quotidiennes et temporaires, nous ne pouvons avoir que des opinions vraies - qui peuvent d'ailleurs être très utiles - mais non pas de connaissance. La connaissance véritable ne vient pas de l'apprentissage mais de la réminiscence. Nos âmes traversent un cycle de réincarnations, mais la naissance est tellement traumatisante qu'elle nous fait oublier tout ce que nous savons. Aussi la tâche du maître est-elle de nous aider à retrouver cette connaissance, à la manière de Socrate, par la maïeutique, ou accouchement des âmes.

Métaphysique

Ce n'est pas dans le monde tel que nous le percevons que se trouvent les objets de la connaissance, car ce monde est essentiellement changeant, relatif et impermanent. En réalité, pour comprendre ce dont nous avons l'expérience au moyen des sens, nous devons passer par une connaissance de l'éternel et de l'immuable. Par exemple, ce qui est beau varie d'une personne à l'autre, et pour chacune se modifie dans le temps. Comment pourrions-nous former et utiliser le concept de beau s'il n'y a rien que nous puissions désigner unanimement comme beau ? Pour résoudre cette difficulté, Platon fait appel à la notion de forme. Ce sont les idées parfaites et immuables dont les choses existantes ne sont que l'ombre approximative et imparfaite. Quand nous trouvons une chose belle, nous considérons qu'elle participe de la forme «beauté». On peut avoir l'expérience de ce monde des formes ou des idées, mais uniquement par la raison, uniquement en étant philosophe. La forme la plus éminente est celle de bien, de laquelle toutes les autres découlent et par laquelle nous pouvons les connaître.

Politique

Ce raisonnement conduit directement à la théorie politique de Platon. Si seul le philosophe peut accéder à l'authentique réalité, seul le philosophe est capable de diriger la cité. La description de la constitution idéale, qu'il expose dans La République, introduit l'idée d'un philosophe roi (homme ou femme, car Platon considérait que les deux sexes avaient les mêmes capacités), qui dès sa naissance est préparé à remplir sa fonction. De la même façon, les autres fonctions sont remplies par des gens qui ont été formés à leurs tâches respectives.

Les mythes

Platon utilise le mythe à plusieurs reprises dans son oeuvre pour approcher la description du monde. Il indique que cette description est difficile : si, pour connaître une chose, il faut connaître sa causalité, comment connaître l'acte créateur de la cause ? L'acte de connaissance doit en effet être le reflet d'un acte créateur qui est inconcevable : comment, dans ce cas, parler de l'origine du monde ? L'acte créateur n'est-il pas au-delà de tout discours rationnel ? Pourtant, l'acte créateur fonde la possibilité de la rationalité.

C'est ainsi que Platon se demande comment parler de l'origine du monde sensible, puisque la connaissance dialectique, qui articule les formes intelligibles, est ici inopérante. On ne peut parler du monde que par un discours qui lui ressemble : un mythe vraisemblable, apparenté au sensible. Le mythe vraisemblable décrit une situation en transposant dans l'espace et le temps les relations que la pensée conçoit, sans pouvoir les exposer dialectiquement. Le mythe doit donc être interprété, il ne doit pas être confondu avec la réalité. Il faut traduire en rapport d'idées ce que le mythe a assemblé en fait.

L'allégorie de la caverne

Dans la République, l'allégorie de la caverne illustre la conception platonicienne de la condition humaine. Nous sommes ces prisonniers enchainés, emprisonnés dans nos propres corps qui ne perçoivent sur le mur que des ombres déformées. Notre expérience n'est pas la réalité, mais ce qui est dans notre esprit. Le monde réel, celui des formes parfaites et immuables, existe à l'extérieur de la caverne. Ce n'est que par la raison que nous pouvons en avoir l'expérience.

Les écrits de Platon constituent toujours l'une des œuvres les plus riches et les plus fascinantes de toute l'histoire de la philosophie. Il est considéré comme le père de toute la philosophie occidentale.

Oeuvre de Platon

Alcibiade majeur (ou Premier Alcibiade, De l'Homme)
Hippias mineur (ou Second Hippias, Du faux)
Ion (De l'Iliade)
Lachès (Du courage)
Charmide (De la sagesse morale)
Protagoras (Des sophistes)
Euthyphron (De la piété)
Gorgias (De la rhétorique)
Ménon (De la vertu)
Apologie de Socrate
Criton (Du devoir du citoyen)
Euthydème (De l'éristique)
Lysis (De l'amitié)
Ménexène (De l'oraison funèbre)
Cratyle (Du langage)
Phédon (De l'âme)
Le Banquet (De l'amour)
La République (De la justice)
Phèdre (Du Beau)
Théétète (De la science)
Parménide (Des Idées)
Le Sophiste (De l'Être)
Le Politique (De la royauté)
Critias (De l'Atlantide)
« Lettre VII »
Philèbe (Du plaisir)
Timée
Les Lois (De la législation)

Quelques citations
           
"L'homme est la mesure de toute chose."
Extrait de "Théétète"

"Ce n'est pas parce qu'on craint de la commettre, mais c'est parce qu'on craint de la subir que l'on blâme l'injustice."

"Le plus grand mal, à part l'injustice, serait que l'auteur de l'injustice ne paie pas la peine de sa faute."

Extrait de "Gorgias"

"La victoire sur soi est la plus grande des victoires."

"Donne et tu recevras."

"L'amour est aveugle."

"En toutes choses les extrêmes sont rares, les choses moyennes très communes."

"La connaissance des mots conduit à la connaissance des choses."

"Le Temps est l'image mobile de l'éternité immobile."

"L'essentiel n'est pas de vivre, mais de bien vivre."

Extrait de "Criton"

"Le plus grand mal, à part l'injustice, serait que l'auteur de l'injustice ne paie pas la peine de sa faute."
Extrait de "Gorgias"

"La plupart des hommes au pouvoir deviennent des méchants."

"Entre amis, tout est commun."

Extrait de "Gorgias"

"Garde-toi de donner par force aux enfants l'aliment des études, mais que se soit en le mêlant à leur jeux, afin d'être encore plus capable d'apercevoir quelles sont les inclinations naturelles de chacun."

"On peut en savoir plus sur quelqu'un en une heure de jeu qu'en une année de conversation."

"La simplicité véritable allie la bonté à la beauté."

Extrait de "La République"

"Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien ; le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."
Extrait de "La République"
           
"La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée."
Extrait du poème "La Musique"

"Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique."

"L'excès de liberté ne peut tourner qu'en excès de servitude pour un particulier aussi bien que pour un état."

Extrait de "La République"

"Dieu, toujours, fait de la géométrie."

"Ce n'est pas de vivre selon la science qui procure le bonheur ; ni même de réunir toutes les sciences à la fois, mais de posséder la seule science du bien et du mal."

"L'opinion est quelque chose d'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance."

Extrait de "La République"
           
"Chacun, parce qu'il pense, est seul responsable de la sagesse ou de la folie de sa vie, c'est-à-dire de sa destinée."

"Il faut aller à la vérité avec toute son âme."

"Tout corps couché prend la ligne de l'horizon de l'âme. L'endormi devient le réveillé de l'ombre."

"La vie est un court exil."

"Le corps est le tombeau de l'âme."
Extrait de "Cratyle"

"La réalité est à la fois multiple et une, et dans sa division elle est toujours rassemblée."
"C'était un homme sage celui qui inventa Dieu."

"Le sage parle parce qu'il a quelque chose à dire, le fou parce qu'il a à dire quelque chose."

"Les vrais philosophes s'exercent à mourir, et ils sont, de tous les hommes, ceux qui ont le moins peur de la mort."

"L'âme trouve son repos en dormant peu, le coeur dans le peu d'inquiétudes et la langue dans le silence."

"Il ne dépend que de nous de suivre la route qui monte et d'éviter celle qui descend."

"La justice de l'intelligence est la sagesse. Le sage n'est pas celui qui sait beaucoup de choses, mais celui qui voit leur juste mesure."

"
L'un des préjudices d'avoir refusé de prendre part à la vie politique est que vous finissez par être gouverné par vos subordonnés."

"
Tant que les philosophes ne deviendront pas rois dans les cités, ou que ceux que nous appelons présentement rois et dirigeants ne deviendront pas des philosophes sérieux et véritables... les maux des États ne cesseront pas, ni même ceux du genre humain, et la société idéale que nous venons de décrire ne pourra jamais se réaliser ou voir la lumière du jour"
Extrait de "La République"
   

mercredi 30 mars 2011

Salon de l’Art Fantastique Européen (SAFE) 2011

Affiche du salon 2011
Suite à la fondation du mouvement des « Héritiers de Dali » en juin 2004 à Lyon, les Thermes du Mont-Dore accueille l’Art Fantastique Européen. Dans cette station auvergnate engoncée dans ses montagnes veloutées de neige, des peintres réputés originaires de toute l’Europe ont présenté des toiles inédites consacrées à un thème donné. Le fac-similé du « Livre de l’Apocalypse » constitue le pivot de cette manifestation de très haut niveau artistique. 

Douze artistes, qui ont exposé leurs œuvres sur le salon : Siegfried Zademack - invité d'honneur (D), Angerer der Aeltere (D), Michel Barthelemy (B), Alain Bazard (F), Gilles Chambon (F), Marc Desmullier (F), Monica Fagan (GB), David Lefebvre (F), Christian Lepere (F), Michael Maschka (D), Fabrizio Riccardi (I), Olga Vichneva (RUS).

Salon de l'Art Fantastique Européen
du 12 février au 12 mars 2011
Thermes du Mont-Dore - 1 Place du Panthéon
63240 - Le Mont-Dore

Monica Fagan
C’était la seconde fois que Monica Fagan présentait ses œuvres. Cette peintre est une figure emblématique de la peinture fantastique d’inspiration surréaliste. Dans cet univers qui lui est tout à fait particulier, on retrouve parfois des thèmes chers à Dali ou Magritte.

D'origine irlandaise par son père, Monica Fagan est née en Angleterre, dans une région du Yorkshire. Boursière de la ville de  Sheffield, elle vient en France à l'âge de 18 ans pour suivre des cours de dessin et de peinture à l'école des Beaux-Arts de Rennes.

Site internet de Monica Fagan



Les antipodes - Monica Fagan - Huile et feuille d'or sur bois (100 cm x 65 cm)

"Le symbolique interfère dans cet imaginaire où la pureté et l’eau, la nudité et le marbre, les drapés et les damiers effectuent d’étranges mariages, de subtiles symbioses que le pinceau traduit avec une assurance résolue, conscient même de servir de support à une œuvre lentement mûrie qui va son chemin, sans hâte ni pillage, porteuse dans la continuité plastique et imaginative, des germes de ses prochaines métamorphoses."
Bertrand Duplessis « Connaissance des Hommes »


Sa peinture, à travers une solide technique fine et précise, fait transparaître un monde onirique troublant peuplé par un bestiaire mythologique, des femmes mystérieuses et masquées qui évoluent entre les symboles telles des déesses romantiques. Ces femmes ne sont pas sans rappeler les prémonitions paranoïaques-critiques de Dali, qui tend à démontrer que dans un monde différent, à la fois proche et inespéré, la femme sera l’avenir de l’homme.

Ces femmes costumées présentées par Monica Fagan sont l’incarnation romantique d’une mise en scène  d’une énigmatique comédie humaine. Les penchants obsessionnels pour ces femmes-mannequins évoquent l’opéra, monde dans lequel Monica Fagan est très impliquée. Ses créations sont très reconnues sur la scène lyrique parisienne. Les décors et les costumes des « Noces de Figaro » et de « Cosi fan tutte » de Mozart, réalisées en 1997 et 1999 pour l’association « A l’Opéra » constituent une référence.

Une salle d’exposition permanente au Château de Ferrières en Seine et Marne lui est réservée depuis 1994. On peut également contempler ses toiles dans les musées de Melun et Fontainebleau.


La date fatidique - Monica Fagan - Triptyque huile sur bois (195 cm x 100 cm)

"Monica Fagan peint depuis sa naissance, et peut-être depuis plus longtemps encore. Elle peint depuis avant sa naissance. Le monde qu'elle nous offre en est la preuve, car elle ne peint que ce qu'elle a été. "  Je ne peux peindre sans avoir été ce que je peins " nous dit-elle. Monica Fagan est donc de ce monde d’ailleurs. Elle ne sait pas pourquoi elle peint mais elle sait qu’elle ne peint pas pour séduire. Elle peint pour se dire. Pour nous dire son ailleurs. Elle peint pour annoncer son monde, sûre d'elle, élue, lumineuse, habitée.
 
Sa peinture doit alors être sûre, précise et précieuse, fine et structurée, écrite. Sa peinture est une écriture. Pour dire. Pour mettre en scène ses musiques intérieures, ses musiques d'ailleurs. La technique irréprochable, de la sous-couche aux vernis, soutient le propos comme une grammaire soutient le vocabulaire. Nous sommes ici devant un langage peint.
 
Son imagerie onirique et son bestiaire incongru forment des paraboles qui sont autant de clefs de lecture pour comprendre le monde qu'elle veut nous dire. Et le symbolisme surréaliste pointilleux et obsessionnel est le langage précis et précieux d'accès à ce monde. Symbolisme parfois drolatique ou théâtral, souvent énigmatique, toujours pour mettre en scène la lumière. Mais elle doit nous faire entrer dans son monde par sa peinture-langage et elle utilise pour cela des subterfuges qui sont autant d'invitations : lumières-brouillards en contre-jour, dallages-en fuite qui s'avancent; femmes-voiles qui nous échappent, eaux-reflets qui nous assoiffent. Maniérisme ? Cette peinture-écriture est un chemin " ad luminem " .  Alors, si nous mettons le pied sur ce chemin, Monica Fagan nous guide vers ses eaux, symbolique de l'accomplissement, dans des décors où l'ombre sert la lumière.
 
Nous devrons laisser nos masques sur le rivage, à la frange des eaux qui meurent aux confins des chemins de dallage. Mais nous ne sommes pas seuls. La toile est habitée : ici, bustes obsessionnels et parfaits de femmes-mannequins qui nous attendent, promesse d'une sexualité chaste, romantisme débridé ; ici encore, débris de pierre, ruines de nous-mêmes, abandon obligatoire pour accéder au monde " faganien " ; ici  les formes et les objets s'humanisent, les pierres prennent corps ; là, au contraire, les corps se pétrifient ; ici,  l'arbre est chaussé d'un soulier, le violoncelle se fait femme ; là au contraire la femme devient arbre-mannequin. Monica Fagan nous dit une vie entre deux états, un passage entre matière et lumière. Ce passage obligé  se fera par l’eau, vraisemblable état intermédiaire : eau-écume absorbant la grève dallée, en plan incliné doux, peinte comme les miniatures de Jaïpur, au pinceau à un poil et à la loupe ; eau-source absorbant les parties basses des corps ; eau-réceptacle sans pareil de la lumière des cieux, immobile, lisse. 
Un monde de pureté. Car l'eau est symbole de pureté,  car le monde que Monica Fagan a visité pour nous, avant nous, est pur. Les licornes sont preuve-invitation malicieuse à cette pureté. Symbolisant la révélation divine, la licorne signe la pénétration du divin dans la créature. Sexualité chaste et pureté agissante. Initiation. Mais rien n’est donné. Voiles, brumes, masques et brouillards nous ramènent sans cesse  au doute : la vérité est insaisissable, comme un clin d'oeil . Le monde de Monica Fagan est celui d'une sublimation de la vie charnelle, lumières et ombres, à la fois sauvegarde de la virginité et fécondité.  Monde des contrastes et des contradictions, chair divinisée et invitante, monde dont les hommes sont apparemment et étrangement absents. Mais Monica Fagan ne peint que ce qu'elle a été ! Malicieuse...
 
Elle nous parle d’un monde qu’elle a connu et sa peinture est le témoignage qu'elle en rapporte. Les mots, même chantés, seraient inopérants. C’est donc un opéra de couleurs qu’elle nous propose comme décors de son message, de sa prophétie, car ce monde existe : il est un chant. Il est le chant à la lumière! La licorne le sait : son troisième œil relié au divin, symbole de l’alchimie spirituelle, est là pour nous le dire. Précisément et précieusement. Entrons dans ce monde qui n’attend plus que nous et laissons-nous guider. Les belles dames " faganiennes " nous invitent : sous leurs masques malicieux, elles ne sont pas la finalité de ce monde mais elles en sont les immaculées conceptrices. Les clefs.
Entrons..."

Vincent Bouton


video
Reportage SAFE 2011 - WebTv Vidéos Art sur moreeuw.com

lundi 28 mars 2011

Martin Luther King (1929-1968)

Martin Luther King
Né à Atlanta le 15 janvier 1929, Martin Luther King étudie la sociologie et la théologie. A 18 ans, il décide de devenir pasteur de l'Église baptiste, comme son père. En 1948, il termine ses études au Morehouse College, l'université noire de sa ville natale, et, en 1951, il entre au séminaire Crozer à Chester (Pennsylvanie). Ses origines bourgeoises l'ont protégé de la pauvreté, mais il a très tôt fait l'expérience de la discrimination raciale.

Il subit deux influences : celle du théologien Walter Rauschenbusch (1861-1918), dont les œuvres le persuadent qu'il faut appliquer les principes chrétiens aux problèmes sociaux et se préoccuper des âmes autant que des conditions socio-économiques qui agissent sur elles ; celle de Gandhi, dont il a dès son adolescence admiré la philosophie politique. Il reprend les idées de ce grand leader indien et devient lui aussi un adepte de la non-violence. Elevé dans une société régie par la ségrégation (sud des Etats-Unis), il va très vite lutter en faveur de l'intégration des noirs dans la société américaine.
Son action commence le 1er décembre 1955. Rosa Parks, une femme noire, est arrêtée pour avoir violé les lois ségrégationnistes de la ville en refusant de céder sa place dans un autobus à un homme blanc. Martin Luther King, témoin de la scène, mène le boycott des des transports publics de Montgomery.La population noire soutient le boycott et organise un système de covoiturage. Martin Luther est arrêté durant cette campagne qui dure 382 jours et qui devient extrêmement tendue à cause de ségrégationnistes blancs qui ont recours au terrorisme : la maison de Martin Luther King est attaquée à la bombe incendiaire. Les boycotters sont souvent attaqués physiquement et doivent faire face aux provocations du Ku Klux Klan. Mais l'ensemble des 40 000 noirs de la ville continuent de marcher, parfois jusqu'à 30 km, pour rejoindre leur lieu de travail. Le boycott se termine par une décision de la Cour suprême des États-Unis le 13 novembre 1956 déclarant illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles et autres lieux publics.
En 1957, il joue un rôle capital dans la fondation de la Southern Christian Leadership Conference (SCLC,). Il s'agit d'une organisation pacifique qui participe activement au mouvement pour les Droits Civiques en organisant les églises afro-américaines pour conduire des protestations non violentes. Martin Luther adhère à la philosophie de désobéissance civile non-violente utilisée avec succès en Inde par Gandhi. Rassemblements, marches, sit-in, manifestations et désobéissance civile, sont autant de moyens d'action qui recourent à la non-violence, pour la revendication des «Civil Rights» (droits civiques) de la population noire américaine.
Il expose en 1958 son point de vue sur la ségrégation raciale et la spirale d'inégalité et de haine qu'elle provoque dans le livre Stride toward freedom; the Montgomery story (« la marche vers la liberté ») : « Souvent, les hommes se haïssent les uns les autres parce qu'ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu'ils ne se connaissent pas ; ils ne se connaissent pas parce qu'ils ne peuvent pas communiquer ; ils ne peuvent pas communiquer parce qu'ils sont séparés. »

Le 28 août 1963, il prend la tête d'une marche sur Washington pour inciter le Congrès à voter la loi sur les droits civiques. S'adressant à plus de 200 000 personnes, devant le Lincoln Memorial, et à des millions de téléspectateurs, il prononce son célèbre discours I have a dream : « Je fais le rêve qu'un jour, jusqu'au fin fond de la Géorgie, du Mississippi et de l'Alabama, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront vivre ensemble comme des frères. »
Il parle de défendre des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité et de respect des différences. Son éloquence bouleverse un grand nombre d'Américains. Ce discours, resté célèbre dans l'histoire est devenu un véritable hymne à la solidarité et à l’espoir d’entente entre toutes les communautés. 

Martin Luther King - I have a dream - 
Discours du Lincoln Memorial - 28 août 1963

Mais Luther King doit aussi subir les attaques de ses adversaires. En l’espace de cinq ans, il doit faire face à une accusation de fraude fiscale, à un passage à tabac par la police, à une tentative d’assassinat mais aussi à plusieurs séjours derrière les barreaux. Mais face à la prison, il reçoit le soutien de grandes personnalités politiques : ainsi Kennedy intervient en faveur de sa libération en 1963.
Le 14 octobre 1964, Martin Luther King est âgé de 36 ans et  devient le plus jeune lauréat du Prix Nobel de la paix pour avoir mené une résistance non violente dans le but d'éliminer les préjudices raciaux aux États-Unis. Cette récompense traduit bien l'importance de l'engagement de cet homme charismatique en faveur des droits de l'homme et de la paix.
Mais deux menaces pèsent sur le mouvement de la non-violence. La première vient de la communauté noire elle-même. L'émeute qui éclate en 1965 dans un ghetto de Los Angeles montre que la jeunesse noire veut tout obtenir tout de suite. Auprès des Black Panthers, adeptes de la violence, King fait figure d'apôtre de la modération. La seconde menace est liée à la guerre du Viêtnam. Dès 1966, manifestant son opposition, King radicalise son action. La bourgeoisie noire, qui a toujours affiché son patriotisme, ne se reconnaît plus en lui. Le FBI commence à mettre Martin Luther King sur écoute en 1961, craignant que des communistes essayent d'infiltrer le mouvement des droits civiques. Aucune preuve n'étant trouvée, l'agence utilise certains détails enregistrés sur une durée de six ans pour essayer de le faire renvoyer de son rôle de dirigeant de l'organisation.

Le 4 avril 1968, Martin Luther King se trouve à Memphis, dans l'État du Tennessee, pour préparer une marche des pauvres sur Washington et soutenir une grève des éboueurs, en majorité noirs. En fin d'après-midi, il est assassiné sur le balcon de sa chambre d’hôtel à Memphis.

Survenant un peu plus de quatre ans après l'assassinat du président Kennedy, la disparition du défenseur charismatique des droits civiques des Noirs américains provoque une vive émotion et suscite des émeutes dans les ghettos, apportant une ultime preuve de sa popularité mais aussi de la fragile influence de sa doctrine.
Malgré menaces de mort et attentats, Il lutta toute sa vie contre la ségrégation et pour la justice sociale, donnant une impulsion décisive au Mouvement des Droits civiques. Sa ligne d'action, l'Evangile, sa méthode, la non-violence: «A votre force physique, nous imposerons notre force morale, disait-il à ses adversaires. Faites nous ce que vous voudrez, nous continuerons à vous aimer

Si sa mort prématurée l’a empêché d’agir contre la pauvreté, ses méthodes non-violentes ont certainement été fondamentales pour l’accomplissement de l’égalité des droits tout en évitant de  plonger le pays dans une guerre civile ou communautaire. Ayant toujours refusé de céder à la tentation de la violence, Martin Luther King s’est imposé au même titre que Gandhi comme le symbole d’une lutte qui ne laisse pas la place aux armes.


La pensée de Martin Luther King

Martin Luther King souligne que la non-violence n'est pas seulement une méthode juste, mais aussi un principe qui doit être appliqué à tous les êtres humains, où qu'ils soient dans le monde. La non-violence doit mener au pacifisme. Il invoque souvent la responsabilité personnelle pour développer la paix mondiale. Pour lui, le triomphe du bien sur le mal est inévitable, malgré les fréquents reculs et guerres de l'histoire
Il admet que cette opinion idéaliste et morale est difficile à tenir dans ce contexte historique, mais il souligne que la conscience et l'idéal de justice ne doivent pas reculer face à une opinion publique défavorable, au calcul politique ou à une tâche qui semble insurmontable Martin Luther King a écrit que sa première rencontre avec l'idée de désobéissance civile non-violente était en lisant "On Civil Disobedience" de Henry David Thoreau.

Au-delà de son combat pour l'égalité raciale, Martin Luther King a identifié que l'égalité raciale ne vient pas seulement des lois qui défendent la personne mais surtout de la façon dont cette personne se perçoit elle-même.
De par sa vocation de pasteur, Martin Luther King place la Bible au cœur de son message, considérant que l'humanité a été depuis trop longtemps « dans la montagne de la violence », qu'elle devait aller vers « la terre promise de justice et de fraternité ». Pour lui cet objectif est une mission divine car on « ne devait jamais se satisfaire d'objectifs inachevés […], toujours maintenir une sorte de mécontentement divin ». Cette volonté divine et ce message d'amour transmis par l'Évangile impliquent selon lui une volonté inébranlable face à l'adversité, « un esprit dur et un cœur tendre »

Martin Luther King considère que le pouvoir n'est pas quelque chose de mauvais en soit à partir du moment où il est compris et utilisé correctement, c'est-à-dire quand il n'est pas considéré comme l'opposé exact de l'amour. Une lutte pour le pouvoir sans amour ou conscience est donc vouée à l'échec,

Bien qu'homme de foi, Martin Luther est pour la laïcité et il approuve une décision de la Cour suprême d'interdire la prière dans les écoles publiques. Il commente que « cela ne cherche pas à mettre hors la loi la prière ou la croyance en Dieu. Dans une société pluraliste comme la nôtre, qui doit déterminer quelle prière doit être dite et par qui ? Légalement, constitutionnellement ou autre, l'État n'a certainement pas ce droit ».

Martin Luther King, sans préconiser un retour vers la simplicité volontaire ni devenir un critique du développement comme Gandhi, met en garde contre l'american way of life dont la course à la consommation et le matérialisme peuvent détourner l'homme de la cause du bien et de la spiritualité Pour lui, si la violence et la guerre deviennent si destructrices, c'est aussi parce que la vitesse du progrès scientifique a dépassé celle du développement de l'éthique et la morale, qui n'ont pu toujours restreindre ses applications négatives. Il souligne avec humour que « notre pouvoir scientifique a dépassé notre pouvoir spirituel. Nous avons des missiles guidés et des hommes désorientés. »

Des livres pour le connaître

La force d'aimer
La seule révolution
Révolution non-violente

Les citations de Martin Luther King

«Tant qu’un homme n’a pas découvert quelque chose pour lequel il serait prêt à mourir, il n’est pas à même de vivre
Discours à Detroit - 23 Juin 1963

«La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour.»

 «Si la mort physique est le prix à payer pour libérer mes frères blancs d’une mort spirituelle irrévocable, rien ne peut être alors plus rédempteur.»
Why we can’t wait

«Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui.»
Stride toward freedom

«J'ai le rêve qu'un jour mes quatre enfants vivront dans une nation où ils ne seront pas jugés pour la couleur de leur peau, mais pour leur caractère
Extrait du discours J'ai fait un rêve

«Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier.»
Lettre

«Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher.»
Wall Street Journal - 13 Novembre 1962

«L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut.»
Wall Street Journal - 13 Novembre 1962

«Un homme devrait faire son travail si parfaitement que les vivants, les morts, et ceux encore à naître ne puissent faire mieux.»
«Tout le monde peut être important car tout le monde peut servir à quelque chose
«A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis
«Faites le premier pas sur le chemin de la foi. Vous n’avez pas à le parcourir entièrement, juste à faire le premier pas.»
«Rien n’est plus tragique que de rencontrer un individu à bout de souffle, perdu dans le labyrinthe de la vie.»
The Measure of the man

 «Ce n'est qu'en aimant nos ennemis que nous pouvons connaître Dieu et faire l'expérience de sa sainteté.»
La Force d'aimer

«Tous les progrès sont précaires, et la solution d’un problème nous confronte à un autre problème.»
La Force d’aimer

«L’homme bon ne regarde pas les particularités physiques mais sait discerner ces qualités profondes qui rendent les gens humains, et donc frères.»
La Force d’aimer

«Une nation qui produit de jour en jour des hommes stupides achète à crédit sa propre mort spirituelle.»
La Force d’aimer

«Rien n’est plus dangereux au monde que la véritable ignorance et la stupidité consciencieuse.»
La Force d’aimer

«Tout ce que nous voyons n’est qu’une ombre projetée par les choses que nous ne voyons pas.»
The Measure of the man

«La non-violence est une arme puissante et juste, qui tranche sans blesser et ennoblit l’homme qui la manie. C’est une épée qui guérit.»
Why we can’t wait

«Ce n’est pas nous qui faisons l’histoire. C’est l’histoire qui nous fait.»
La Force d’aimer

«Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots.»
Discours - 31 Mars 1968

«La haine trouble la vie ; l’amour la rend harmonieuse. La haine obscurcit la vie ; l’amour la rend lumineuse.»

«Ce qui m'effraie, ce n'est pas l'oppression des méchants ; c'est l'indifférence des bons.»

video
Martin Luther King - I have a dream - 
Discours du Lincoln Memorial - 28 août 1963

mardi 22 mars 2011

La basilique de Santa Croce, Florence, Italie

La basilique de Santa Croce est située sur la Piazza Santa Croce, l'une des plus anciennes places de Florence. L'édification de la basilique débuta en 1294 sur les plans d'Arnolfo di Cambio et s'est achevée en 1443.  Il s'agit de la plus grande église franciscaine au monde. Elle s'éleve sur les fondations d'une petite église bâtie en 1252 par les frères peu de temps après la mort de saint François, hors des murs de la ville.

Basilique Santa Croce

La façade néogothique du XIXème siècle, dûe à Nicolo Matas, est entièrement recouverte de marbre blanc et vert de Prato. Sur le fronton, une énorme étoile de David porte l'anagramme du Christ. Cette étoile serait une référence à la religion hébraïque de l'architecte Nicolo Matas.

Santa Croce - détail du fronton

L'intérieur est en forme de croix égyptienne, c'est-à-dire en forme de "T". L'église comporte 3 nefs, séparées par des piliers octogonaux. L'architecte toscan Arnolfo a réalisé des prouesses architecturales, compte tenu des moyens techniques de son époque, pour élever une nef si grande (115m sur 38m), avec des parois si minces et des arcs très ouverts entre les piliers.

Santa Croce - Nef

Derrière une façade austère, l’imposante basilique de Santa Croce est un symbole prestigieux de la ville de Florence. Au cours de l'histoire, ce fut un lieu de rencontre pour les plus grands artistes, théologiens, religieux, hommes de lettres, humanistes et hommes politiques. Mais elle le fut également pour les puissantes familles qui, dans le bonheur comme dans l’adversité, participèrent à la création de l’identité de la Florence de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.

Son couvent offrit l’hospitalité à des personnages célèbres de l’histoire de l’Église, saint Bonaventure, saint Antoine de Padoue, saint Bernardin de Sienne, saint Louis d’Anjou, évêque de Toulouse. Elle fut aussi un lieu de repos et d’accueil pour plusieurs papes, Sixte IV, Eugène IV, Léon X, Clément XIV.

Avec son architecture gothique imposante, ses merveilleuses fresques, ses retables d’autel, ses précieux vitraux, ses nombreuses sculptures, cette église représente l’une des pages les plus importantes de l’histoire de l’art florentin dès le XIIIe siècle.

Santa Croce - Cloître
 
De nombreux dignitaires firent de Santa Croce leur dernière demeure, parfois à même le sol de la nef, pieuses sépultures pour racheter des péchés d'opulence. Ainsi la basilique de Santa Croce abrite-t-elle en son sein les tombeau de Galilée, Michel-Ange et Machiavel.


Le tombeau de Galilée

Tombeau de Galilée
Galilée est un physicien et astronome italien du XVIIe siècle, né à Pise le 15 février 1564 et mort à Arcetri, près de Florence, le 8 janvier 1642. Il est célèbre pour avoir jeté les fondements des sciences mécaniques ainsi que pour sa défense opiniâtre de la conception copernicienne de l'univers. Il est considéré comme le père de l'observation astronomique et de la physique moderne.

Galilée commence par démontrer plusieurs théorèmes sur le centre de gravité de certains solides dans son "Theoremata circa centrum gravitatis solidum" et entreprend en 1586 de reconstituer la balance hydrostatique d'Archimède. En même temps, il poursuit ses études sur les oscillations du pendule pesant.

Ardent défenseur du système de Nicolas Copernic (héliocentrisme), il s'est heurté à de vives critiques émanant des partisans du géocentrisme ainsi qu'à celles de l'Église catholique romaine.

Les méthodes de Galilée sont basées sur l'observation et l'expérience plutôt que sur l'autorité des partisans des théories géocentriques (qui s'appuient sur le prestige d'Aristote). Les partisans de la théorie géocentrique sont devenus les ennemis acharnés de Galilée et les attaques contre lui ont commencé dès la parution du "Sidereus Nuncius". Ils ne peuvent pas se permettre de perdre la face et ne veulent pas voir leur science remise en question.

Son livre "Dialogue sur les deux grands systèmes du monde" est à la fois une révolution et un scandale. Galilée y compare de façon impartiale à la fois le système aristotélicien et le système copernicien. Il est accusé de ne pas respecter une décision de justice, l'interdit de 1616, mettant à l'index les thèses de Copernic. En 1633, Galilée, malade  doit se rendre à Rome pour son procès, au cours duquel il est condamné à la prison à vie (peine immédiatement commuée en résidence à vie par le Pape Urbain VIII) et son ouvrage est interdit.

En janvier 1642, Galilée s'éteint à Arcetri, une petite colline au sud de Florence, à l'âge de 78 ans. Son corps est inhumé religieusement à Florence le 9 janvier dans le caveau familial de la basilique de Santa Croce de Florence. Un mausolée sera érigé en son honneur le 13 mars 1736.


Le tombeau de Michel-Ange

Tombeau de Michel-Ange
Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni dit, en français, Michel-Ange est un peintre, un sculpteur, un poète et un architecte italien de la Renaissance né le 6 mars 1475 à Caprese, en Toscane et mort le 18 février 1564 à Rome.

Michel-Ange, auteur des "Tombeaux des Médicis", de la "Chapelle Sixtine" et du "Dôme de Saint-Pierre", apparaît hautement comme le plus grand créateur d'art des temps modernes. Ayant reçu de la beauté antique une révélation de l'art, il donne à cet art une forme nouvelle et à la suite de la formule plastique des anciens il trouve la formule humaine des modernes.

Michel-Ange, sûr de lui-même, produit son œuvre jour à jour en suivant le développement de sa vie et le déroulement de la passion humaine, parti de la jeunesse du "David" et du charme de l'"Adonis mourant" pour arriver aux sensations extrêmes du "Moïse" et des "Prophètes de la Sixtine"; d'une maîtrise d'ailleurs qui devait être sans élèves, trop personnelle pour être un enseignement.

Michel-Ange était robuste, d'une grande simplicité et d'une indomptable énergie, tout à son travail, mangeant peu, dormant peu et se couchant souvent tout habillé; il disait à Condivi: «Quoique riche, j'ai toujours vécu en pauvre». Ayant trouvé la gloire à vingt ans, il travaille à travers toutes les difficultés qui lui viennent des choses et toutes les peines qui lui viennent des hommes dans la sublime vision de son art.

Michel-Ange meurt à Rome le 18 février 1564 à l’âge de 88 ans. Selon ses volontés, son corps est rapatrié à Florence, où il est enterré dans la basilique de Santa Croce, avec les honneurs nationaux.

La Création d'Adam - Michel Ange - Chapelle Sixtine - Rome

Tombeau de Nicolas Machiavel
Le tombeau de Nicolas Machiavel

Niccolò Macchiavelli (Niccolò di Bernardo dei Macchiavelli), en français Nicolas Machiavel est un penseur italien de la Renaissance, théoricien de la politique, de l'histoire et de la guerre. Il est né le 3 mai 1469 à Florence et est mort le 21 juin 1527 à Florence. Machiavel a donné en français naissance à plusieurs termes : « machiavélisme » et ses dérivés, qui font référence à une interprétation politicienne cynique de l’œuvre de Machiavel.
Secrétaire à la chancellerie de la République de Florence à partir de 1498, Machiavel remplira de nombreuses missions diplomatiques avant d'entrer en disgrâce, en 1512, lors de la prise de pouvoir par les Médicis. Il écrira Le Prince en exil, en 1513, qui ne sera publié qu'après sa mort.

Machiavel a fondé la science politique moderne, en y introduisant la liberté d'examen, l'esprit historique et critique, la méthode d'observation. Par là, il mérite la reconnaissance de la philosophie.

Mais, par malheur, la première application qu'il a faite de cette nouvelle méthode a été une doctrine détestable, qui a eu une trop grande part dans les malheurs et les crimes de la politique au XVIe siècle. On peut rejeter sur son temps la faute de cette doctrine; mais il ne faut ni la justifier, ni l'excuser.

En faire le suppôt des tyrans et un prévaricateur de la politique, ainsi que le voient ses critiques moraux, c’est feindre de ne pas comprendre un texte dense et réfléchi, résultat d’une expérience vécue et de lectures approfondies, dont le legs qu’il nous fit nous amène à repenser la politique d’une façon plus lucide et, en même temps, à choisir non seulement la liberté, mais les efforts nécessaires pour la garder.

L'opinon publique générale de son époque s'est accordé à condamner Machiavel. Comme si la révélation publique des ressorts du pouvoir le rendait responsable de sa corruption et des moyens de tous temps employés pour le conserver. En révélant ces mécanismes, éventuellement en recommandant leur usage lorsque la situation l'exige et que la faiblesse de caractère pourrait avoir des conséquences encore pires, Machiavel tentait de montrer une voie pour en sortir tout en n'évacuant jamais de ses raisonnements sa méfiance constante vis-à-vis de la nature humaine, c'est la naissance d'un point de vue unique d'un homme de terrain, d'un théoricien de génie. Malgré cette réputation entachée par la méconnaissance et l’Église, Machiavel tient une grande place dans la pensée politique.

Son corps repose dans la nef de la basilique de Santa Croce de Florence. Son tombeau est surmonté d'un personnage allégorique représentant la Diplomatie. L'inscription latine peut ainsi être traduite : "Pour un homme si grand, aucun éloge est suffisant !"

lundi 21 mars 2011

Lanza del Vasto (1901-1981)

Giuseppe Giovanni Luigi Enrico Lanza di Trabia, dit Joseph Lanza del Vasto, connu sous le patronyme de Lanza del Vasto  est né le 29 septembre 1901 à San Vito dei Normanni, Pouilles, (Italie).
Tout en préparant un doctorat de philosophie à Florence, Lanza del Vasto s'adonne à la poésie, au dessin et à la ciselure. En découvrant la Trinité de Thomas d'Aquin, il revient au christianisme qu'il avait oublié. Lanza del Vasto parcourt, à pied surtout, les chemins d'Italie et de France, visitant les hauts lieux en quête de vérités simples, d'évidences et de beauté.

En 1937 Lanza del Vasto rejoint Gandhi en qui il voit celui qui apporte une solution aux problèmes des hommes, ouvre les chemins de la Paix par la non-violence, propose une réponse aux excès et désordres, aux fureurs de la civilisation technicienne et mercantile.

En 1943 Lanza del Vasto publie le "Pèlerinage aux Sources" où il parle de sa rencontre avec Gandhi, mais aussi avec les sages et les ascètes de l'Inde.

En 1948 Lanza del Vasto se marie avec Chanterelle (Simone Gebelin) qui partage avec lui l'amour de la musique grégorienne et populaire. Il fonde une première communauté de l'Arche en Charentes, qu'il fermera deux ans plus tard devant les problèmes rencontrés. Il en profitera pour rejoindre Vinoba en Inde. Celui-ci parcourt le pays demandant de partager la terre avec ceux qui n'en ont pas.

En 1955, Lanza del Vasto reprend la vie communautaire à Bollène, dans la vallée du Rhône, en tenant compte des leçons de l'échec précédent. Il consacre sa vie à la communauté de l'Arche, à écrire son oeuvre philosophique et engagée. Il lance des actions non-violentes. Il jeûne à Rome 40 jours pour demander au Pape une condamnation claire des armes de destruction massive et une reconnaissance de la non-violence. Il jeûnera plusieurs fois quinze jours contre les tortures en Algérie, contre les essais nucléaires et en soutien aux paysans du Larzac.

Lanza del Vasto trouvera le temps de parcourir le monde sur tous les continents pour parler de la non-violence, de la vie intérieure, de l'Arche, pour alerter les hommes du risque d'un déluge fait de main d'homme qui pourrait nous emporter tous.

Lanza del Vasto est mort le 5 janvier 1981  Elche de la Sierra, Albacete, (Espagne). Son corps repose à la Borie Noble, dans l'Hérault.


Sa pensée

Lanza del Vasto, philosophe, artiste, poète et mystique chrétien contemporain, est un militant de la paix. Il s'est efforcé, toute sa vie durant, de faire prévaloir l'idée d'une « civilisation de l'Amour » sur les désordres sociaux.

Pour lui, si l'humanité s'est enlisée dans la violence et la dysharmonie, c'est qu'elle s'est coupée de sa source divine. Les conflits actuels procèdent, par conséquent, du « péché originel ». Ainsi, à travers les éléments symboliques de la Genèse, Lanza del Vasto comprend que l'humanité, probablement symbolisée par Adam, a commis l'erreur de manger le « fruit de l'arbre » situé « au milieu du jardin ». Autrement dit, elle a utilisé à des fins personnelles le trésor logé au fond de son être : la divine conscience créatrice.  L'humanité a connu ainsi le manque, le besoin matériel, l'envie de posséder, la jalousie… et le conflit avec l'Autre.

Ainsi, l'homme doit comprendre que son véritable besoin consiste à se donner. Car c'est en donnant qu'il permet à sa source divine intérieure de couler en lui et de l'abreuver. C'est en donnant qu'il devient une source d'eau pure pour l'Autre et qu'il s'ouvre à la sienne.

Les actes quotidiens accomplis dans cet esprit sont donc, pour Lanza del Vasto, un des moyens de rétablir en soi et autour de soi l'harmonie originelle. Cela nécessite d'aimer la matière et le corps comme un moyen de glorifier l'esprit, tout en faisant de ce dernier le Maître absolu.

Mais là où culmine le génie de Lanza del Vasto, c'est dans sa conception extrême du don de soi qui, selon lui, consiste également à stopper la négativité d'autrui en lui faisant prendre conscience de ses erreurs ou en les réparant à sa place dans le cas où il s'y refuserait…

A la suite de sa rencontre avec Gandhi qui en fit son disciple et le surnomma « Le serviteur de la paix », Del Vasto fonda avec son épouse « L'Arche », première communauté fraternelle œcuménique préconisant la purification intérieure et l'ordre social fondés sur le principe gandhien de la non-violence, sur l'Amour des autres et de la nature ainsi que sur la revalorisation des tâches quotidiennes.

En fait, la mystique de Lanza Del Vasto est des plus concrètes : elle consiste à vouloir raccommoder le tissu fraternel par la seule force de l'Amour. « Le pèlerinage aux sources » 


Quelques unes de ses œuvres

Le Pèlerinage aux sources: Cet ouvrage nous fait revivre de façon concrète la quête mystique d'un homme à la recherche de la vérité évangélique en un pays où l'on pratique les béatitudes prêchées par les Occidentaux. Une langue poétique et chaude nous rend intimes les divers événements-avènements que vit le pèlerin.

Approches de la vie intérieure: Ce livre constitue le cœur du message de Lanza del Vasto : "La Lumière, ou vérité ou Dieu ; le Moi ou vie intérieure ; le Toi ou respect, justice, charité, non-violence et attente active du Royaume des Cieux".

La trinité spirituelle: La Trinité, le nombre "trois", le nombre de la relation, est la structure de l'univers et de l'esprit humain. La Trinité spirituelle esquisse la voie philosophique du dépassement des tensions et des conflits dont la marque est le "deux". La triade résout les contradictions et conduit par palier jusqu'à la "Relation absolue" de la Trinité Divine.

Eloge de la vie simple : Principes et préceptes du retour à l'évidence : Procès de l'Occident et œuvre poétique, cet ouvrage ouvre les voies de la non-violence, du retour à la vie simple, à l'évidence perdue. "Évidence, c'est-à-dire authenticité : éprouver la vérité, comme on goûte l'eau d'une source".

Les quatre piliers de la paix: La vérité est une et universelle, affirmation qui l'amène à une réflexion oecuménique et à chercher les traces de cette vérité dans les religions dites païennes.

Judas: L'auteur rassemble dans l'intelligence du traître Judas "toutes les sortes d'hérésies". Il décrit son livre comme "un piège dont on doit se déprendre" 
 
Citations de Lanza del Vasto

"Donne tant que tu as. Quant tu n'as plus rien, demande. Donne à d'autres l'occasion de te faire du bien. C'est une secrète et très fine charité."

"Tais-toi beaucoup pour avoir quelque chose à dire qui vaille d'être entendu. Mais encore tais-toi pour t'entendre toi-même."

"La joie a la nature du plaisir et la profondeur de la douleur."
           
"L'amour est l'évidence de la vie."

"Tu veux un Monde meilleur, plus fraternel ? Et bien commence à le faire avec ceux qui le veulent. Fais-le en toi et autour de toi, fais-le avec ceux qui le veulent. Fais-le en petit et il grandira!"


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Lanza Del Vasto: De la non-violence et de Gandhi 1 et 2

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vendredi 4 mars 2011

Philosopher, c’est apprendre à mourir

Je ne tenterais pas de définir la mort, en regard de la difficulté philosophique de l’exercice. En effet nous ne pouvons parler avec assurance que de la vie, n’ayant aucune expérience de la mort.

Selon Epicure, la crainte de la mort est inutile et infondée: « la mort n’existe pas tant que nous vivons et nous n’existons plus quand elle est là ». Il conclut qu’il faut jouir de son existence mortelle et non souffrir à l’avance pour une idée dont nous ne savons strictement rien.

La philosophie d’Epicure apparaît séduisante. Néanmoins, il occulte tout le côté affectif. Il n’évoque aucunement la fin de la vie, la possible déchéance… Par ailleurs, il semble oublier que c’est bien souvent la mort des autres, qui nous angoisse et nous fait souffrir.

L’Homme se distingue du reste des créatures vivantes en ce sens qu’il est capable de penser sa propre fin. Il ne peut la représenter, mais il parvient à se l’imaginer. C’est cette représentation consciente, comme une élaboration du mental qui est caractéristique du rapport de l'homme à la mort.
 
C’est dans cette perspective qu’Heidegger écrit « seul l’homme meurt, l’animal périt ».

François-Xavier Bichat, médecin et biologiste français du XIXème siècle définissait la mort comme suit : « la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort ». Il exprimait ainsi le fait que, de manière naturelle, la mort n'existe pas en tant qu'état soudain et instantané. C’est un long et lent processus avec bien des étapes qui font que l'on est chaque jour un peu moins vivant.


 
La mort fait partie du cycle de la vie
 
Le cycle des saisons est ponctué par quatre moments majeurs qui marquent l’entrée dans les saisons. Il y a d’une part les équinoxes - deux jours dans l’année à six mois d’intervalle où le jour est aussi long que la nuit et d’autre part les solstices - deux jours dans l’année à six mois d’intervalle où, pour le premier, le jour est le plus long de l’année, et pour le second, la nuit est la plus longue.

L'origine du symbole des saisons résulte de la division de l'année solaire par les équinoxes de printemps et d'automne et par les solstices d'été et d'hiver. La succession des saisons marque les rythmes de la nature et de la vie de l'homme.

Le printemps, la naissance.
L'été, la maturité.
L'automne, le déclin.
L'hiver, la mort, suivie à nouveau du printemps symbolisant la renaissance éternelle.

La mort en tant que manifestation de la vie

Ce que la mort abolit, la naissance le régénère, le temps le transforme. D’un côté, nous savons que tout meurt, simultanément, nous savons aussi que tout vit et renaît sans cesse.

S’il meurt des milliers d’hommes chaque jour, il naît aussi chaque jour des milliers d’enfants. Il faut envisager le processus global de la manifestation de la vie.

Schopenhauer écrit : « La plante et l’insecte meurent à la fin de l’été, l’animal et l’homme après un petit nombre d’années : la mort fauche sans relâche. Mais malgré cela, oui, comme s’il n’en n’était nullement ainsi, tout est toujours présent en son lieu et à sa place, comme si rien n’était périssable. En tout temps la plante verdit, l’insecte bourdonne, l’animal et l’homme subsistent dans leur indestructible jeunesse, et nous retrouvons chaque été les cerises déjà mille fois dégustées ».

Schopenhauer indique par-là que la vie maintient l’Idée du cerisier, l’Idée de la vigne, l’Idée du chêne, l’Idée de l’écureuil, l’Idée de l’homme. Il faut que les individus d’une espèce se succèdent pour que le processus immortel de la vie se continue de génération en génération.

Ce qui est immortel de ce point de vue, c’est l’espèce, c’est l’Idée et non l’individu qui est une manifestation temporaire de cette Idée.

Dès lors, la mort ne constitue pas une négation de la vie, mais le moment d’un processus par lequel elle se maintient dans la durée. De la graine à l’arbre, de l’arbre à la fleur de la fleur au fruit du fruit à la graine et ainsi de suite.

Vie et mort se succèdent comme nuit et jour, car les cycles de l’éternelle nature ne cessent par un seul instant. La vie est une puissance prodigieuse, et tant qu’elle demeure, le champ du possible reste ouvert.

Voilà une façon résolument optimiste de considérer l’affirmation de Nietzsche : « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »
 

L’idée de la mort nous apprend à vivre

Si l'image de la mort est aussi prégnante dans notre société, c’est qu’elle doit avoir des vertus éducatives.

Elle jette une lumière décisive sur la vie, en inspirant notre conduite et notre pensée. En effet, penser à la mort fait s’évanouir toutes les vanités humaines et laisse l'homme seul, face à lui-même, lui rappelant la courte durée de son existence humaine, et la nécessité d'utiliser à bon escient les instants de vie qui lui sont accordés.

La symbolique de la mort  peut être choquante pour l'intellect, mais réconfortante dans son intime compréhension. Elle ne promet pas l’immortalité, mais elle invite l'initié à s'éveiller à la vie véritable.

Cicéron a écrit « Philosopher, c’est apprendre à mourir ». Le sage stoïcien présente une certaine résignation face aux événements qui ne dépendent pas de lui, en particulier la mort.

La mort ne donne rien à penser, mais par elle, nous pouvons tout repenser.  Ce n’est pas tant la mort qui doit nous obséder, mais plutôt la  qualité que nous voulons donner à notre vie.


 

mercredi 2 mars 2011

Qu'est ce que l'Humain ? 2-4

Une longue tradition philosophique construit le concept d’humanité en opposition à celui d’animalité. Seule créature à posséder la raison et le langage, il est également le seul à pouvoir se représenter sa propre fin, ce qui confère à l’Homme une dignité particulière.

Toutefois, par sa capacité d’être libre, l’Homme reste difficile à cerner. Trouver une définition impliquerait de pouvoir effectuer une synthèse par laquelle on caractériserait ce qui, en l’être humain, resterait toujours identique à lui-même. Chaque tentative de définition de l’Homme charrie son lot de croyances morales et d’idéologies politiques, d’autant plus puissantes qu’elles semblent soutenues par les certitudes scientifiques de leur époque.

Les représentations artistiques de l’homme au fil de l’histoire

Les premières représentations d’Hommes datent de la préhistoire. Se pensant lui-même comme un être ayant des besoins primaires (se nourrir, se reproduire), l’Homme a très vite conscience de l’inéluctabilité de sa propre mort. 

L’Antiquité voit apparaitre des représentations plus étoffées : Alors qu’en Egypte l’homme est représenté comme un être social, avec une religion, des croyances, des mythes et des superstitions, la Grèce s’attache à représenter l’Homme suivant des canons esthétiques qui définissent les proportions idéales du corps.

La Renaissance marque l’émancipation des pouvoirs de l’Eglise en vigueur au Moyen-âge. Léonard de Vinci avec l’Homme de Vitruve, place de façon symbolique et universelle l’Homme au centre du cosmos, microcosme au cœur du macrocosme.

A l’occasion des progrès scientifiques réalisés au XXème siècle, l’homme est  amené à ajuster la représentation qu’il se fait de lui-même. Les sondes Pioneer sont porteuses d’un message de paix rédigé à l’intention d’intelligences extra-terrestres. Il est édifiant de noter que ce message formulant une représentation de l’Homme s’appui sur des données anthropologiques et biochimiques. De même, le message des Sondes Voyager ou celui émis par le radiotélescope d’Arecibo reprennent ces données anthropologiques en y incluant des données génétiques et culturelles.

Il existe une étonnante similitude de démarche, entre cet Homme de Vitruve et les messages des programmes spatiaux : tous cherchent à définir l’Humain, et la place qu’il occupe dans l’Univers. Il est intéressant de constater que L’Homme est finalement le seul être vivant qui s’essaye au périlleux exercice de se définir lui-même…

L’Humain, animal rationnel ou animal spirituel ?

D’après Aristote, l’homme est un animal qui par nature doit exercer au mieux son intellect et sa raison. C'est par la conscience du juste et de l'injuste que l'homme de distingue des animaux sociaux. Toutefois le philosophe est conscient des limites cognitives de la raison humaine, ainsi que de la force des passions.

Blaise Pascal ne croit pas que la raison puisse gouverner efficacement les passions. Il discerne plutôt entre les deux ennemies une lutte sans merci et sans trêve. L’Homme est un animal toujours divisé et contraire à lui-même. Le philosophe émet l’hypothèse que l’Humain a perdu sa nature originelle, pour en avoir une pareille à celle des animaux. C’est par la spiritualité qui cherche à retrouver sa condition perdue.
 
L’Humain, un être porteur de dignité


Si l’Homme n’est pas en adéquation avec sa nature, c’est peut-être simplement parce qu’il est libre. C’est par ses seuls choix qu’il souscrit aux exigences de la morale, ou s’y soustrait. C’est cette capacité de s’élever par liberté au dessus de ses penchants animaux qui donne à l’Homme sa dignité.
L’homme apparait comme un être perfectible. Il a la nécessité et la responsabilité de s’accomplir, de se réaliser. Au "Connais-toi toi-même" de Socrate, répond le "Deviens qui tu es" de Nietzsche…

Conclusion

C’est toujours au nom de ce qu’est l’Homme ou de ce qu’il doit être que l’on prescrit ce qu’il faut faire et ne pas faire. L’idée d’humanité est donc le lieu de toutes les confusions et l’enjeu de toutes les querelles de légitimité.