jeudi 28 avril 2011

La Grande Muraille de Chine (-221)

Si le terme "Grande Muraille" désigne aujourd'hui principalement les fortifications érigées pendant la dynastie Ming, plusieurs murailles construites lors des dynasties précédentes ont porté ce titre, les frontières de la Chine évoluant avec le temps.

La Grande Muraille de Chine près de Pékin, sous la neige

Traditionnellement, on divise l'histoire de la construction de la Grande Muraille en deux parties :

- l'une précédant l'unification de la dynastie Qin (221 avJC) lors de la période des Printemps et des Automnes et la période des Royaumes Combattants, où les divers états et royaumes qui divisaient la Chine érigent des murs de terre à leurs frontières ;

- l'une commençant lors de l'unification de la dynastie Qin, où l'empereur Shi Huangdi débute la construction d'un grand mur de "dix mille lieues de long" à la frontière nord.


En 220 avJC, sous Qin Shihuangdi, des sections de fortifications antérieures ont été reliées pour former un système de défense unifié contre les invasions venant du nord. La construction s'est poursuivie sous la dynastie des Ming (1368-1644), alors que la Grande Muraille de Chine est devenue la plus grande structure militaire du monde. Son importance historique et stratégique ne peut rivaliser qu'avec sa signification architecturale. Ce site a été inscrit au patrimoine mondial en 1987. − Comité du patrimoine mondial, UNESCO.

La construction de la Grande Muraille a commencé aux IXe et VIIIe siècles avJC, et elle s'est poursuivie pendant plus de 2 000 ans. Si on faisait le total de toutes ses constructions et de ses divers tronçons qui s'étirent dans la vaste région de la Chine du Nord et du Centre, la Grande Muraille s'étendrait sur une longueur de plus de 50 000 km (100 000 li). En effet, les registres historiques montrent que depuis les Royaumes combattants, plus de 20 États féodaux et dynasties impériales ont commencé la construction de murs de défense. En d'autres mots, on a utilisé plus de briques, de pierres et de terre qu'il n'en faut pour construire une route moderne de dix mètres de largeur et de cinquante centimètres d'épaisseur et qui ferait dix fois le tour de la planète. Ces données stupéfiantes font que la Grande Muraille mérite bien sa réputation de "huitième merveille du monde".

La Grande Muraille de Chine


Un exploit de l'histoire humaine

La construction de la Grande Muraille remonte à la dynastie des Zhou, au IXe siècle av. J.-C., alors que l'empereur Xuandi a fait bâtir des murs de défense dotés de tourelles pour protéger le pays des Barbares du Nord. Durant les Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), les seigneurs ont aussi fait construire leurs murs pour préserver leur portion de pays. À cette époque, la longueur des murs n'était pas très élevée, de quelques centaines à quelques milliers de mètres seulement. Pour les distinguer des 10 000 li construits par les empereurs Qin, les historiens les qualifient de « murs pré-Qin ».

En 221 av. J.-C., l'empereur des Qin a conquis les six autres États et a unifié le pays. Pour renforcer cette unité et préserver la paix que les Hun tentaient de perturber, il a envoyé le général Meng Tian pour écarter ces envahisseurs, et il a mobilisé 300 000 travailleurs pour relier les murs des six États. La Grande Muraille des Qin commençait dans l'ouest, dans la province du Gansu, pour traverser la région autonome hui du Ningxia, les provinces du Shaanxi et du Shanxi, la région autonome de Mongolie intérieure et les provinces du Hebei et du Liaoning pour se terminer dans le fleuve Yalu. Elle s'étendait donc sur 5 000 km ou 10 000 li (7.300 km selon d'autres sources).

La Grande Muraille de Chine sous la neige

L'empereur Wudi des Han a également fait effectuer différentes constructions de la Grande Muraille pour protéger les régions le long du grand coude du fleuve Jaune. La Grande Muraille des Han a atteint 10 000 km. On peut découvrir ses vestiges le long d'une ligne allant de la région autonome ouïgoure du Xinjiang à la province du Hebei. La route de la Soie longeait la muraille pour la moitié de son trajet. La construction de la muraille a aussi continué pendant les dynasties suivantes. Étant donné les invasions des Tartares et des Oïrats mongols, la dynastie des Ming a commencé des travaux de rénovation qui ont duré 200 ans. La Grande Muraille que l'on voit aujourd'hui est pour l'essentiel la muraille des Ming, allant de Shanhaiguan (la passe Shanhai), à l'est, à Jiayuguan (la passe Jiayu), à l'ouest, sur une longueur de 5 660 km. Durant le règne de l'empereur Kangxi des Qing, la construction de grande envergure a pris fin, mais certains ouvrages ont continué au plan local. On peut dire que la construction de la Grande Muraille n'a jamais été interrompue complètement en 2 000 ans, soit de l'époque des Royaumes combattants à la dynastie des Qing.

Les registres historiques indiquent que, durant la dynastie des Qin, la construction a rassemblé des centaines de milliers de paysans, en plus des 300 000 à 500 000 soldats mobilisés, et au plus fort des travaux, il y a eu quelque 1,5 million de personnes.


Un système de défense complet

La Grande Muraille n'est pas seulement un mur, mais un système de défense intégré de divers murs, tours de guet et tours de feu de signalement sous le contrôle d'échelons militaires définis. Par exemple, sous les Ming, il y avait neuf sections relevant de différentes responsabilités militaires que l'on qualifiait de "Neuf Défenses vitales aux frontières". On assignait un commandant, relevant directement du ministère national de la Défense, à chaque défense. En tout, environ un million de soldats ont été déployés le long de la Grande Muraille pour préserver la nation. Au cours des 2 000 ans de construction de la muraille, le peuple chinois a appris beaucoup sur les ouvrages de défense (harmonisation avec la topographie, localisation des forces militaires, matériaux de construction, etc.)

La Grande Muraille de Chine - Chemin de ronde

Le format des murs a varié selon les exigences de la topographie et de la défense. Dans les plaines et les passages stratégiques, les murs étaient très hauts et solides, alors qu'ils étaient bas et étroits dans les montagnes élevées et abruptes pour réduire les coûts en argent et en labeur. Dans les lieux qualifiés "d'impossibles", les crêtes de montagnes tenant lieu de murs étaient incluses, et on les a qualifiés de "murs de montagne abrupte"; dans d'autres cas, ces crêtes étaient découpées en falaises et on en parlait comme des "murs de montagne coupée".

Dans certains endroits comme Juyongguan ou le tronçon de Badaling, règle générale, les murs ont sept à huit mètres de haut, quatre à cinq mètres d'épaisseur dans leur partie supérieure et six à sept mètres dans le bas. À l'intérieur de la partie supérieure, il y a un rempart parapet d'un mètre qui empêchait les soldats de tomber, des créneaux de deux mètres de haut, ainsi que des orifices pour tirer ou lancer des pierres. Dans les sections stratégiques, la partie supérieure est bloquée par une série de murs transversaux pour empêcher l'ennemi de grimper. Durant la dynastie des Ming, le général Qi Jiguang, célèbre pour avoir défait des pirates japonais, a amélioré beaucoup le système de défense de la Grande Muraille, en y ajoutant des tours de guet et des entrepôts d'armes et de munitions.

La Grande Muraille de Chine - Tour de défense


Les passes sont des points stratégiques défensifs tout au long de la muraille. Un dicton révèle: "Un seul soldat dans une passe suffit à stopper une armée", ce qui illustre bien leur importance. La Grande Muraille des Ming avait près de 1 000 passes, et les principales villes à proximité supervisaient des passages de moindre importance, tels que la dizaine de ceux près de Shanhaiguan.

Les tours de feu de signalement formaient l'un des composants essentiels du système de défense et un moyen efficace de transmettre les informations militaires. Bien que ce moyen eut été utilisé bien avant, la Grande Muraille en a tiré un meilleur parti et l'a perfectionné. On utilisait la fumée comme signal durant le jour et le feu, la nuit. Le nombre des envahisseurs était rapporté en utilisant un nombre spécial de feux ou de fumée. Durant les Ming, des sons d'explosion ont été ajoutés pour renforcer l'effet.

En tant que système de défense, la Grande Muraille traverse des montagnes, des déserts et des prairies, des falaises et des rivières et harmonise sa structure à la complexité de la topographie. C'est une merveille d'architecture ancienne. Dans le désert, où le sable est abondant et où les pierres et les briques étaient inexistantes, la Grande Muraille des Han a ingénieusement combiné le conglomérat résistant à la pression avec les branches de saule rouge qui résistent à l'étirement. Dans le plateau de lœss, la Muraille a été construite à partir de terre battue ou de briques d'argile. Durant les Ming, on a empilé des pierres, des briques ou les deux. La surface était pavée, de manière à ce que l'herbe ou les arbres ne poussent pas dans les interstices. Les douves protégeaient la muraille contre les effets néfastes des pluies.


Un trésor culturel et un monument commémoratif

La Grande Muraille est un jalon de l'histoire de Chine qui illustre la culture et l'art qui se sont déployés pendant plus de 2 000 ans. En plus des ouvrages architecturaux typiques de la muraille, il y a également quantité de poèmes, chants, histoires et opéras locaux qui s'y rapportent. En outre, depuis sa construction, la Grande Muraille a été le témoin de nombreuses scènes héroïques. On y a livré des batailles illustres, et la perte de la Grande Muraille a souvent donné lieu à des renversements de dynasties. Ces batailles célèbres ont engendré bon nombre de personnages héroïques, tant sur le plan militaire que politique, ce qui a grandement enrichi la valeur culturelle de cette ancienne architecture. Aujourd'hui, les touristes du pays et de l'étranger sont encouragés à escalader la Grande Muraille par ces lignes : "Celui qui n'a pas escaladé la Grande Muraille n'est pas un homme véritable."

La Grande Muraille de Chine



La Grande Muraille est la plus longue construction humaine au monde.

Elle parcourt environ 6 700 kilomètres. Des études par satellite ont montré que de nombreux segments, d'une longueur totale d'environ 1 000 kilomètres, étaient de nos jours enfouis sous terre.

Sa largeur varie entre 5 et 7 mètres en moyenne et sa hauteur entre 5 et 17 mètres. Elle est ponctuée de tours de guet et de bastions sur toute sa longueur. Elle est impressionnante sur les milliers de kilomètres proches de Pékin, la capitale. Elle se réduit ailleurs et ressemble à une imposante levée de terre à certains endroits.

Contrairement à une idée reçue, cette construction, n'est pas visible à l'œil nu de la Lune. La muraille n'est pas plus large qu'une autoroute, et aucune autoroute n'est visible de la station spatiale internationale.

Cependant le débat est de savoir si la muraille est visible depuis une orbite basse. L'astronaute américain Eugene Cernan affirme qu'on peut l'apercevoir à une distance de 160 à 320 km d'altitude. D'après l’astronaute Leroy Chiao à l’issue de son séjour de six mois dans la station spatiale internationale, elle est bien visible depuis l'espace, par beau temps et à l'œil nu. L'information, avec cliché à l’appui, a fait la une du quotidien China Daily, contredisant le taïkonaute Yang Liwei qui avait assuré, lors de son séjour spatial en 2003, n'avoir vu aucune trace de la muraille.

La Grande Muraille a également été prise en photo par le satellite de l'Agence spatiale européenne Proba en mars 2004, à une hauteur de 600 km d'altitude, et son ombre serait observable par un œil humain avec un soleil suffisamment bas sur l'horizon sur cette partie de la Terre.

Visite virtuelle de la Grande Muraille de Chine: ici
Cet article est en majorité issu du site http://www.chine-informations.com
Une quantité d'informations supplémentaires sur le site Bienvenue sur le site de la Grande Muraille de Chine

mardi 26 avril 2011

Vivre pleinement sa vie

Imaginez que chaque matin, une banque vous ouvre un compte de 86 400 euros. Simplement il y a deux règles à respecter:

- Première règle: tout ce que vous n'avez pas dépensé dans la journée vous est enlevé le soir. Vous ne pouvez pas tricher, ne pouvez pas virer cet argent sur un autre compte, ne pouvez que le dépenser. Mais chaque matin au réveil, la banque vous ouvre un nouveau compte, avec à nouveau 86 400 euros pour la journée.
- Deuxième règle: la banque peut interrompre ce "jeu" sans préavis. A n'importe quel moment, elle peut vous dire que c'est fini, qu'elle ferme le compte et qu'il n'y en aura pas d'autre.

Que feriez-vous ? Vous dépenseriez chaque euro à vous faire plaisir, et à offrir quantité de cadeaux aux gens que vous aimez. Vous feriez en sorte d'utiliser chaque euro pour apporter du bonheur dans votre vie et dans celle de ceux qui vous entourent, n'est-ce pas ?

Cette banque magique, nous l'avons tous, c'est le Temps !

Chaque matin, au réveil, nous sommes crédités de 86 400 secondes de vie pour la journée, et lorsque nous nous endormons le soir, il n'y a pas de report. Ce qui n'a pas été vécu dans la journée est perdu, hier vient de passer. Chaque matin, cette magie recommence. Nous jouons avec cette règle incontournable: la banque peut fermer notre compte à n'importe quel moment, sans aucun préavis. A tout moment la vie peut s'arrêter.

La vie est courte, même pour ceux qui passent leur temps à la trouver longue...
Alors, que faisons nous de nos 86 400 secondes quotidiennes ?

Extrait de "Et si c'était vrai" de Marc Levy


Pour réaliser la valeur d'une année, demandez à un étudiant qui a doublé son année.
Pour prendre conscience de la valeur d'un mois, demandez à une mère qui a accouché prématurément.
Pour connaître la valeur d'une semaine, demandez à l'éditeur d'un hebdomadaire.
Pour connaître la valeur d'une heure, demandez aux amoureux qui sont temporairement séparés.
Pour comprendre la valeur d'une minute, demandez à une personne qui a manqué son train.
Pour réaliser la valeur d'une seconde, demandez à qui vient juste d'éviter un accident.
Pour comprendre la valeur d'une milliseconde, demandez à celui ou celle qui a gagné une médaille d'argent aux Olympiques.

lundi 25 avril 2011

Sigmund Freud (1856-1939)

Sigmund freud
Sigmund Freud, né Sigismund Schlomo Freud le 6 mai 1856 à Freiberg, Moravie (Autriche, aujourd'hui Příbor, en République tchèque), et mort le 23 septembre 1939 à Londres, est un médecin neurologue autrichien, fondateur de la psychanalyse. 

Lorsqu'il a trois ans, la famille de Sigmund Freud s'enfuit à Leipzig en raison des émeutes antisémites qui font rage à Freiberg. Elle s'installe à Vienne, où il fait ses études. Il y demeure jusqu'au moment de l'Anchluss, l'annexion par l'Allemagne de l'Autriche, en 1938. Tenté tout d’abord par le droit, il opte finalement pour la médecine peu avant son entrée à l'université de Vienne en 1873.

En 1876, en troisième année de médecine, Freud commence des recherches sur la physiologie et la pathologie du système nerveux au laboratoire de physiologie dirigé par le médecin allemand Ernst Wilhelm Von Brücke. Il rencontre alors le clinicien Josef Breuer et les deux hommes deviennent amis. 

Freud obtient son diplôme de médecin en 1881, au terme de son année de service militaire. En 1885, il part pour Paris afin de suivre les leçons du neurologue Charcot à La Salpêtrière. Il découvre alors la pathologie de l'hystérie, d'abord auprès de Charcot, puis à Nancy auprès du médecin Hyppolyte Bernheim, hostile à l'hypnose et partisan de la suggestion à l'état de veille. Par ailleurs, Josef Breuer lui rapporte qu'une de ses patientes, Anna O., suggère elle-même au cours de séances de demi-hypnose une méthode d'analyse, qu'elle appelait "talking cure" (traitement par la parole) ou encore "ramonage de cheminée". Pour Freud, c'est le début d'un mode d'investigation nouveau.

En 1886, Freud quitte Paris et ouvre à Vienne un cabinet médical spécialisé dans les maladies nerveuses. Défenseur des théories peu orthodoxes de Charcot sur l'hystérie et l'hypnothérapie, il se heurte à la vive opposition du corps médical viennois dont il va inspirer la méfiance durant toute sa vie. Sa méthode thérapeutique est alors encore classique: pour soigner les hystériques, il a recours à l'électrothérapie et à l'hypnose. La première étude que publie Freud, Une conception de l'aphasie, étude critique, paraît en 1891; mais cet ouvrage marque la fin d'un parcours dans une voie qu'il va abandonner complètement pour une nouvelle approche qu'il vient de découvrir et à laquelle il donne, en 1896, le nom de "psychanalyse".


Sofa de Freud - Freud Museum, Londres

On peut situer la naissance de la psychanalyse à la date de la publication de l'œuvre commune de Freud et de Josef Breuer, les Études sur l'hystérie (1895), qui présente l'étude d'un cas devenu célèbre, celui d'Anna O. Dans cet ouvrage, les symptômes de l'hystérie sont attribués à des manifestations d'énergie émotionnelle, associée à des traumatismes psychiques oubliés et passés dans l'inconscient depuis l'enfance. La thérapie consiste à user de l'hypnose pour pouvoir amener le patient à rappeler et à réactiver l'expérience traumatique. Elle permet ainsi de libérer par la catharsis les émotions à l'origine des symptômes. La publication de cet ouvrage marque le début de la théorie psychanalytique mais suscite également l'hostilité durable de la médecine officielle.

En 1896, la mort de son père pousse Freud à faire une autoanalyse au cours de laquelle il découvre chez lui-même ce qu'il voit chez ses patients : la force des souvenirs oubliés et les modifications de l'affectivité. La correspondance qu'il entretient avec son ami, le médecin et biologiste allemand Wilhelm Fliess, témoigne de ses découvertes.

Entre 1895 et 1900 Freud approfondit la plupart des concepts qui vont constituer le fondement de la pratique et de la doctrine psychanalytiques. Peu après la publication de ses études sur l'hystérie, Freud abandonne l'hypnose comme méthode cathartique, sous l'impulsion d'une de ses malades, Elisabeth von R. Il lui substitue la technique de la libre association des idées à laquelle il demande à sa patiente de se livrer, en lui demandant de ne rien censurer. Cette démarche doit laisser paraître les processus inconscients à l'origine des troubles névrotiques. Grâce à elle, entre autres, Freud découvre l'existence de certains mécanismes psychiques: notamment le refoulement, mécanisme psychologique inconscient par lequel le souvenir d'événements pénibles ou menaçants est maintenu hors du champ de la conscience, et la résistance, définie comme l'opposition inconsciente à la prise de conscience des expériences refoulées afin d'éviter l'angoisse qui en résulterait. Ainsi, en utilisant les libres associations de sa patiente pour la guider dans l'interprétation des rêves et des lapsus, Freud reconstitue le fonctionnement des processus inconscients.

C'est à partir de l'analyse des rêves qu'il élabore sa théorie de la sexualité infantile et découvre en 1897, le complexe d'Œdipe, qui est l'attachement amoureux et hostile de l'enfant pour le couple parental (haine du père/amour de la mère), attachement qui se résout par l'identification. C'est aussi à cette époque qu'il élabore la théorie du transfert, processus par lequel les attitudes affectives établies au départ envers des figures parentales dans l'enfance sont reportées («transférées») plus tard sur d'autres êtres qui entourent le sujet. Durant cette période allant de 1897 à 1900, marquée par la parution de l'Interprétation des rêves (1900), l'une de ses œuvres majeures, Freud jette les bases de la majorité des ouvrages qui vont suivre, notamment la Psychopathologie de la vie quotidienne (1901) et le Mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient(1905). Dans l'Interprétation des rêves, Freud analyse divers rêves qu'il avait faits durant les trois années de l'autoanalyse commencée en 1897. Ce livre définit et fait fonctionner les concepts fondamentaux qui sous-tendent la technique et la doctrine psychanalytiques. Il démontre notamment que grâce à la méthode des associations libres, l'analyste peut découvrir au travers du contenu manifeste du rêve son contenu latent, qui représente la réalisation d'un désir.

Pendant la lecture endormi - William Powell Frith

La psychanalyse devient alors à la fois une pratique et une théorie. En effet, la transformation du contenu manifeste du rêve en contenu latent, de même que la superposition de deux désirs antagonistes chez l'hystérique, se situent dans une théorie générale de la personnalité, que Freud appelle appareil psychique. On retrouve chez tout être humain un processus au cours duquel s'inscrivent dans sa mémoire des éléments de sa vie, puis ils s'effacent de la conscience sous l'effet du refoulement, qui est la répression imposée notamment par le père à l'indicible ou à l'infaisable, puis le refoulé réapparaît dans le rêve, dans le symptôme. Le premier topique ou mode de représentation du fonctionnement psychique de Freud, dont les instances sont le conscient, le préconscient et l'inconscient, est né au cours de ces années-là.

En 1902, Freud est nommé professeur titulaire à l'université de Vienne. Mais le monde médical continue à considérer son œuvre avec hostilité. Ses ouvrages suivants, Psychopathologie de la vie quotidienne (1904) et Trois Essais sur la théorie de la sexualité (1905), ne font que creuser le fossé entre lui et la psychiatrie officielle viennoise. Freud continue donc à élaborer seul les concepts de la psychanalyse, entouré cependant de quelques médecins.

Dès 1906, Freud constitue un petit groupe de dix-sept élèves et disciples, qui se réunissent chaque mercredi. Parmi eux se trouvent les psychiatres autrichiens William Stekel et Alfred Adler, le psychologue autrichien Otto Rank, et les psychiatres suisses Bleuler et Jung. L'adhésion de ce dernier à la psychanalyse constitue d'abord pour Freud un important enjeu, celui de pouvoir sortir la psychanalyse de son cadre viennois et juif. Freud confie à ce psychiatre protestant la direction de l'Association psychanalytique internationale (API).

Freud crée l'API en 1910. Tandis que le mouvement prend de l'ampleur, gagnant de nouveaux adhérents à travers l'Europe et les États-Unis, Freud doit se soucier du maintien de l'unité doctrinale et fait face aux dissensions et aux déviations. Il doit d'abord se séparer d'Adler et de Jung avec qui il a fait une tournée de conférences aux États-Unis. En fait, Adler et Jung, chacun de leur côté, élaborent de nouveaux fondements théoriques, en désaccord avec la place fondamentale donnée par Freud à la sexualité dans l'origine de la névrose.

Entre 1910 et 1920, Freud poursuit la recherche théorique au travers de sa pratique; il fait paraître les Cinq Leçons sur la psychanalyse (1909), un texte connu sous le titre «le Président Schreber» (1911), Totem et Tabou (1912), dans lequel Freud tente une recherche anthropologique sur les origines de l'humanité, l'Introduction à la psychanalyse (1916-1917) et Deuil et Mélancolie (1917). C'est au cours de cette période qu'il définit la spécificité du comportement de l'analyste face au patient, à savoir la règle fondamentale, selon laquelle la demande du patient, qui s'exerce au travers du transfert, ne doit pas recevoir de réponse de l'analyste, pour que l'analysant puisse opérer une "régression" vers son passé et trouver les affects à l'origine du symptôme.

Un changement apparait en 1920 dans la doctrine freudienne, avec la parution de son ouvrage Au-delà du principe de plaisir. Il introduisit dans sa conception la notion de «pulsion de vie», qu'il appelle Eros et la «pulsion de mort», qu'il nomme Thanatos. Dès lors, le ça, le moi et le surmoi constituent les trois instances de la personne. Cette conception nouvelle se révèle opératoire dans les ouvrages tels que le Moi et le Ça (1923) et Inhibition, Symptôme et Angoisse (1926). Freud multiplie également les tentatives pour expliquer et populariser la psychanalyse, notamment dans Ma vie et la psychanalyse (1925) et Abrégé de psychanalyse (1938).

Freud cherche également à constituer une vision globale de l'homme qui s'apparente davantage à une anthropologie qu'à une philosophie. Dès avant le début de la Première Guerre mondiale, il tente de dresser un tableau de l'humanité primitive dans Totem et Tabou. Il entend trouver une origine phylogénétique à la psyché de l'homme, à la constitution du moi par la "castration" en évoquant la mise à mort du chef de la «horde primitive» par ses fils. Il renoue avec cette approche anthropologique après la Première Guerre mondiale, notamment dans l'Avenir d'une illusion (1927), Malaise dans la civilisation (1930) et Moïse et le monothéisme (1939). Pour Freud, la religion maintient par la notion de sacrifice une culpabilité permanente de l'humanité.

Atteint dès 1923 d'un cancer de la mâchoire qui nécessite un traitement continu et douloureux et quantité d'opérations chirurgicales, il réussit à continuer, malgré ses souffrances, à pratiquer, élargir et diffuser la psychanalyse. Mais la montée du nazisme le guette: ses œuvres sont brûlées à Berlin en 1934. Lorsque les Allemands occupent l'Autriche en 1938, Freud s'enfuit avec sa famille à Londres, où il meurt le 23 septembre 1939 à l'âge de 83 ans. Il ne connaîtra jamais le sort réservé par les nazis à ses quatre sœurs, exterminées dans les camps de concentration. A sa demande, et avec l’accord d’Anna Freud, Max Schur, son médecin personnel, lui a injecté une dose mortelle de morphine. Son corps est incinéré au cimetière de Golders Green et les derniers hommages sont remis par le docteur Ernest Jones au nom de l'Association internationale de psychanalyse et par l'écrivain Stefan Zweig, le 26 septembre. Le récit de sa longue maladie est fait dans le détail par Max Schur. Après la mort d'Anna Freud, en 1982, la maison qui avait accueilli la famille en exil devient le Freud Museum.


Son œuvre : la psychanalyse

La contribution essentielle de Freud est la création d'une approche entièrement nouvelle de la personne humaine. La psychanalyse — dont l'idée a évoluée depuis ses débuts, en 1896, aux derniers exposés de la plume de Freud, en 1930 — regroupe trois acceptions. Le terme désigne en effet d'abord une certaine méthode d'investigation du psychisme inconscient, mais aussi une méthode de traitement (la cure psychanalytique), et, plus généralement une conception psychologique globale touchant à la conception même de l'homme. « Par la triple voie du personnel, du pathologique et du culturel, c'est de l'insu de l'âme humaine qu'il cherche à devenir l'interprète ». Du point de vue de sa méthode d'approche, son objet étant l'inconscient, la psychanalyse est une discipline centrée sur l'observation et non sur l'expérimentation ; elle est donc une « science phénoménale » rattachée à la médecine et à la psychiatrie mais possédant auprès de celles-ci une autonomie toute relative. En outre, il a fondé une nouvelle discipline médicale et élaboré des méthodes thérapeutiques fondamentales. Dans l'histoire des idées, la psychanalyse constitue une des théories à la fois les plus influentes et les plus décriées. Karl Popper, un adversaire déclaré de la psychanalyse, appelle celle-ci un ensemble théorique irréfutable («infalsifiable»), dont on ne peut que tout prendre ou tout laisser et qui ne progresse pas: c'est un hommage incontestable tout autant qu'une critique. Mais les innombrables continuateurs de la psychanalyse, comme en France Jacques Lacan, qui lança le mot d'ordre de «retour à Freud», témoignent du caractère révolutionnaire de l'œuvre de Freud sur l'ensemble de l'évolution des sciences humaines.

Avec sa conception novatrice de l'inconscient, Freud a permis une nouvelle compréhension des névroses et, au-delà, de la psyché. Les travaux historiques d'Ernest Jones et, plus récemment, d'Henri F. Ellenberger rappellent que le concept d'inconscient est antérieur à Freud, mais précisent que ce dernier est un précurseur par sa manière de théoriser l'inconscient. Le mouvement psychanalytique s'est développé d'abord en référence à Freud et à ses proches partisans, puis en opposition à ses détracteurs, tant internes (Jung, Adler, Rank parmi les principaux) qu'externes (le milieu psychiatrique et médical notamment).

Les pulsions sexuelles sont conçues par Freud comme une énergie, qu'il nomme « libido » (le désir  en latin). Ces pulsions sont susceptibles de maintes transformations et adaptations selon la personnalité et l'environnement. La libido est en effet essentiellement plastique et son refoulement est le plus souvent à l'origine des troubles psychiques alors que sa sublimation explique les productions culturelles, intellectuelles et artistiques de l’humanité. La doctrine freudienne de la libido a souvent été critiquée comme étant un « pansexualisme » matérialiste. Constituant le socle de la métapsychologie freudienne, le concept de libido, décrit dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1920) est corrélatif à celui de pulsion.

Freud est le premier à élaborer une théorie d'une sexualité infantile avec, d'abord, la théorie de la séduction. L'idée de sexualité infantile est surtout formalisée en 1905 dans l'ouvrage Trois essais sur la théorie sexuelle, mais elle se fait sur la base des travaux précédents, en particulier de la théorie de la séduction, abandonnée en 1897, et par laquelle il démontre la sexualité infantile à travers son aspect pulsionnel. Il y décrit l'existence d'une opposition radicale entre sexualité primaire et adulte, marquée par le primat du génital, et sexualité infantile, où les buts sexuels sont multiples et les zones érogènes nombreuses, à tel point que Freud est souvent considéré comme le découvreur de la sexualité de l'enfant. Progressivement, entre 1913 et 1923, cette thèse se trouve remaniée par l'introduction de la notion de "stades prégénitaux", précédant l'instauration du stade génital proprement dit, et qui sont le stade oral, le stade anal et le stade phallique. Freud propose ainsi d'expliquer l'évolution de l'enfant à travers des caractères pulsionnels d'ordre sexuel qui vont évoluer au travers de plusieurs stades psycho-affectifs, pour aboutir ensuite à la sexualité génitale adulte. C'est aujourd'hui une base théorique importante en psychologie ou en psychiatrie.

Selon Freud, l'"interprétation des rêves est la voie royale qui mène à l'inconscient". Les rêves sont, dans le modèle psychanalytique, des représentations de désirs refoulés dans l’inconscient par la censure interne (le surmoi). Les désirs se manifestent dans le rêve de manière moins réprimée qu'à l'état de veille. Le contenu manifeste du rêve est le résultat d'un travail intrapsychique qui vise à masquer le contenu latent, par exemple un désir œdipien. En cure de psychanalyse, le travail repose sur l'interprétation à partir du récit (contenu manifeste) du rêve. Les associations du patient sur son rêve permettent de révéler son contenu latent. Le travail du rêve repose sur quatre procédés. 

Tout d'abord, le rêve condense, comme s'il obéissait à un principe d'économie. En une seule représentation sont concentrées plusieurs idées, plusieurs images, parfois des désirs contradictoires. Deuxièmement, le rêve est décentré et le désir déformé est fixé sur un autre objet que celui qu'il vise, ou sur de multiples objets jusqu'à l'éparpillement. Il y a un déplacement de l'accent affectif. Par ailleurs, le rêve est une illustration du désir en ce qu'il ne l'exprime, ni en mots, ni en actes, mais en images ; ici joue le symbole : la représentation substitutive de l'objet et du but du désir est parfois typique et d'usage universel. Enfin, le rêve est aussi le produit d'une activité également inconsciente, mais très proche de l'activité vigile en ce qu'elle s'efforce de lui donner une apparence de vraisemblance, d'organisation, de logique interne.

Le Cauchemar - Johann Heinrich Füssli,  (1790-1791)

Pour Freud, la culture désigne l'ensemble des institutions qui éloignent l'individu de l'état animal. Elle désigne les pensées, la raison, le langage, les sciences, les religions, les arts, tout ce qui a été créé par l'être humain. La nature correspond aux émotions, aux instincts, pulsions et besoins. L’être humain lutte en permanence contre sa nature instinctuelle et ses pulsions, qu'il tente de réfréner afin de vivre en société, sans quoi l’égoïsme universel amènerait le chaos. Pourtant, Freud opère une confusion constante dans ses écrits entre la civilisation d'une part et la culture d'autre part. Son processus de développement s'assimile à celui de la psychogenèse. Ainsi, plus le niveau de la société est élevé, plus les sacrifices de ses individus sont importants. En imposant la frustration sexuelle surtout, la civilisation a une action directe sur la genèse des névroses individuelles. L'homme occidental en particulier n'est pas heureux et le texte de 1929, Malaise dans la civilisation, soutient la thèse que la culture est la cause principale de névrose et de dysfonctionnements psychiques. Par les règles claires qu’elle lui impose, la culture protège l'individu, même si elle exige des renoncements pulsionnels conséquents. Ces contraintes peuvent expliquer qu’il existe une rage et un rejet – souvent inconscients – vis-à-vis de la culture. En contrepartie, la culture offre des dédommagements aux contraintes et sacrifices qu'elle impose, à travers la consommation, le divertissement, le patriotisme ou la religion.

Dans l'essai « Une difficulté de la psychanalyse » publié en 1917, et dans ses conférences d'introduction à la psychanalyse, écrites pendant la Première Guerre mondiale, Freud explique que l'humanité, au cours de son histoire, a déjà subi « deux grandes vexations infligées par la science à son amour propre ». La première, explique-t-il, date du moment où Nicolas Copernic établit que « notre Terre n'est pas le centre de l'univers, mais une parcelle infime d'un système du monde à peine représentable dans son immensité ». La deuxième, selon lui, a lieu quand la biologie moderne – et Darwin au premier chef – « renvoya l'homme à sa descendance du règne animal et au caractère ineffaçable de sa nature bestiale ». Il ajoute : « La troisième vexation, et la plus cuisante, la mégalomanie humaine doit la subir de la part de la recherche psychologique d'aujourd'hui, qui veut prouver au Moi qu'il n'est même pas maître dans sa propre maison, mais qu'il en est réduit à des informations parcimonieuses sur ce qui se joue inconsciemment dans sa vie psychique ».

Se disant « incroyant », en dépit de sa culture juive, Freud est critique vis-à-vis de la religion et estime que l’être humain y perd plus qu’il n’y gagne par la fuite qu’elle propose. Selon lui, l’humanité doit accepter que la religion n’est qu’une illusion pour quitter son état d’infantilisme, et rapproche ce phénomène de l’enfant qui doit résoudre son complexe d’Œdipe : "ces idées, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà: l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait".

La critique qualifiée de polémique, en raison du nombre et la spécialité des intervenants, semble atteindre son apogée lors de la publication d'un ouvrage collectif : Le Livre noir de la psychanalyse, corpus d'articles publié sous la direction de Catherine Meyer. La plupart des points critiques sont abordés, de la scientificité de la psychanalyse à la personnalité de Freud, en passant par la fabrication suspectée de cas psychopathologiques. Cet ouvrage a suscité de vives réactions dans divers milieux psychiatriques, thérapeutiques et psychanalytiques, relançant ainsi des conflits d'intérêts sous-jacents. Michel Onfray, philosophe publie au mois d'avril 2010 un livre critique sur Freud intitulé Le Crépuscule d'une idole : L'affabulation freudienne dans lequel il reproche à Freud d'avoir généralisé son cas personnel, d'avoir signé une dédicace à Benito Mussolini, et aussi d'avoir écrit "L'homme, Moïse et le monothéisme" en plein essor du nazisme et de l'antisémitisme. Onfray reprend les habituelles critiques déjà connues et développées avant lui, en utilisant une grille d'interprétation d'inspiration nietzchéenne.


Citations de Sigmund Freud

"Nous ne savons renoncer à rien. Nous ne savons qu'échanger une chose contre une autre."

"Chaque rêve qui réussit est un accomplissement du désir de dormir."
L'interprétation des rêves

"Après trente ans passés à étudier la psychologie féminine, je n'ai toujours pas trouvé de réponse à la grande question : Que veulent-elles au juste ?"

"La liberté individuelle n'est nullement un produit culturel."
Totem et tabou

"L’humour ne se résigne pas, il défie."

"Le diable n'est pas autre chose que l'incarnation des pulsions anales érotiques refoulées."

"On ne devient pas pervers, on le demeure."

"Le diable est encore le meilleur subterfuge pour disculper Dieu."
Malaise de la civilisation

"L'inconscient s'exprime à l'infinitif."

"Le rêve est le gardien du sommeil."
Extrait de l’Introduction à la psychanalyse

"Des pensées surgissent subitement dont on ne sait d’où elles viennent : on n’est pas capable non plus de les chasser."

"La psychanalyse par elle-même n'est ni pour ou contre la religion ; c'est l'instrument impartial qui peut servir au clergé comme au monde laïque lorsqu'il n'est utilisé que pour libérer les gens de leur souffrance."
Extrait d'une lettre au Pasteur Pfister

"Le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction vers l'objet et le but sexuel de deux courants, celui de la tendresse et celui de la sensualité."
Extrait des Trois essais sur la théorie sexuelle

"L'humour a non seulement quelque chose de libérateur, mais encore quelque chose de sublime et d'élevé."

"Le premier homme à jeter une insulte plutôt qu’une pierre est le fondateur de la civilisation."

"La conscience est la conséquence du renoncement aux pulsions."
Malaise dans la civilisation

"Au fond, personne ne croit à sa propre mort, et dans son inconscient, chacun est persuadé de son immortalité."

"Les femmes, c'est le continent noir."

"Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, à tout le moins, voir clairement les obscurités."

"Le maintien de la civilisation offre la possibilité d'obtenir de chaque nouvelle génération une nouvelle transformation des penchants, condition d'une civilisation meilleure."
Extrait des Essais de psychanalyse

"Autrui joue toujours dans la vie de l'individu le rôle d'un modèle, d'un objet, d'un associé ou d'un adversaire."
Essais de psychanalyse

"Les qualités de l'objet sexuel, nous les nommerons : excitantes."
Trois essais sur la théorie sexuelle

"La joie de satisfaire un instinct resté sauvage est incomparablement plus intense que celle d'assouvir un instinct dompté."
Extrait du Malaise dans la civilisation

"Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons."
Malaise dans la civilisation

"L'accumulation met fin à l'impression de hasard."

"L'opposé du jeu n'est pas le sérieux mais la réalité."

"Quoique vous fassiez, vous ferez mal !"

"Chez la fille, il n'est pas de désir plus grand que celui de protection par le père."

"L'activité sexuelle s'est d'abord étayée sur une fonction servant à conserver la vie, dont elle s'est rendue indépendante."

"Ce qui caractérise toutes les perversions, c'est qu'elles méconnaissent le but essentiel de la sexualité, c'est-à-dire la procréation."

"Etre normal, c'est aimer et travailler."

"L'homme a un instinct sadique, et la femme un instinct masochiste, lesquels sont inconscients, donc incontrôlables."
Sexualité et psychologie de l'amour

"Le rêve ne pense ni ne calcule ; d’une manière générale il ne juge pas : il se contente de transformer."
"Le bonheur est un rêve d'enfant réalisé dans l'âge adulte."

"On a beau rêver de boissons : quand on a réellement soif, il faut se réveiller pour boire."
Introduction à la psychanalyse

"Non, la science n'est pas une illusion. Mais ce serait une illusion de croire que nous puissions trouver ailleurs ce qu'elle ne peut pas nous donner."
L'Avenir d'une illusion

"Les souvenirs oubliés ne sont pas perdus."
Cinq leçons sur la psychanalyse

"Le rêve est la satisfaction d’un désir."

"Celui qui est parvenu à accepter sans critique toutes les absurdités que lui offrent les doctrines religieuses, et même à fermer les yeux sur leurs mutuelles contradictions, n’est pas quelqu’un dont la faiblesse de pensée doive nous surprendre outre mesure. Or nous n’avons pas d’autres moyens pour dominer nos pulsions que notre intelligence. Comment peut-on attendre de personnes qui se trouvent sous la domination d’interdits de penser qu’ils accèdent à l’idéal psychologique, au primat de l’intelligence?"

"Il serait certes très beau qu'il y eut un Dieu créateur du monde et une Providence pleine de bonté, un ordre moral de l'univers et une vie future, mais il est cependant très curieux que tout cela soit exactement ce que nous pourrions nous souhaiter à nous-mêmes."
L'avenir d'une illusion
   

Carpe Diem - Horace (-65 avJC - 8 avJC)

Hérité de la tradition antique, Carpe diem se traduit souvent par "Cueille le jour sans te soucier du lendemain". Littéralement, cette phrase signifie "Cueille le jour présent et sois le moins confiant possible en l'avenir". Elle est tirée de vers latins du poète Horace, intéressé par l'épicurisme et le stoïcisme (Odes, I, XI - "A Leuconoé"). Elle résume le poème qui le précède et dans lequel Horace cherche à persuader Leuconoé de profiter du moment présent et d'en tirer toutes les joies, sans s'inquiéter ni du jour ni de l'heure de sa mort.

Rendu célèbre auprès du grand public depuis l'Antiquité, l'extrait Carpe diem fait l'objet d'une mauvaise interprétation: traduit par "Profite du moment présent" est compris comme une incitation à l'hédonisme le plus fort, peut-être le plus aveugle, il perd tout rapport avec le texte original, qui au contraire, incite à bien savourer le présent (sans toutefois récuser toute discipline de vie) dans l'idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître. La maxime Carpe Diem figure fréquemment sur les cadrans solaires.

C'est donc un hédonisme d'ascèse, une recherche de plaisir ordonnée, raisonnée, qui doit éviter tout déplaisir et toute suprématie du plaisir. C'est un hédonisme a minima: c'est un épicurisme. Détaché du passé à l'égard duquel il ne sait éprouver que de la gratitude, confiant dans l'avenir qu'il a su priver de la vaine espérance, le sage est décidé à vivre au présent. Non pour y assouvir un appétit de plaisirs, mais pour atteindre la sérénité de la vertu. Pourtant ce qui pourrait donner lieu à une célébration de la vie immédiate devient dès le XVI° siècle prétexte à une leçon morale: l'évocation de l'élan vital manifesté par la nature entière, élan que la jeune femme aimée, insensible à la parole poétique, a le tort de ne pas vouloir partager, s'accompagne d'une méditation sur la mort et les ravages du temps.

Salvador Dali - Montre molle au moment de la première explosion (1954)


"On ne possède jamais rien qu’un peu de temps" Eugène Guillevic (1907-1997), "Exécutoire"

Le temps s’écoule, inexorablement. Synonyme de vie, il disparaît en même temps qu’il se donne. Il est ce qui permet tout changement, toute évolution. Mais peut-on vraiment posséder le temps ?  Pas de la manière dont on possède un objet. On ne peut l’enfermer ni le stocker. Il est fugace: il nous échappe dès qu’on croit l’attraper. S’il existe bien une chose sur laquelle l’homme n’a pas d’emprise, c’est le temps. La vie peut prendre fin à tout instant. Le peu de temps qui nous est octroyé doit nous inciter à en profiter, telle est la leçon du "Carpe Diem". Gardons les yeux ouverts sur le présent. Vivre chaque instant comme si c’était le dernier... Tel est l’enseignement que nous pouvons retenir de cette citation d'Eugène Guillevic.


Eugène Guillevic
Né à Carnac en 1907, le "poète breton d'expression française", comme il se définissait lui-même, a publié son premier recueil, Requiem, en 1938. Son deuxième recueil, Terraqué lui apporta la consécration dès 1942. Auteur de quelque vingt recueils, il a reçu le grand prix de poésie de l'Académie française en 1976 et le grand prix national de poésie en 1984. Il est décédé en mars 1997.

Après avoir passé un baccalauréat de mathématiques il est reçu au concours de 1926 dans l'administration de l'Enregistrement (Alsace, Ardennes). Nommé en 1935 à Paris rédacteur principal à la Direction Générale au  Ministère des Finances et des Affaires économiques, il est affecté en 1942 au Contrôle économique. Il appartient de 1945 à 1947 aux Cabinets des ministres communistes François Billoux (Economie nationale) puis Charles Tillon (Reconstruction). En 1947 après l'éviction des ministres communistes, il réintègre l'Inspection Générale de l'Économie où il s'occupe notamment d'études de conjoncture et d'aménagement du territoire, jusqu'à sa retraite en 1967.

Il devient dès avant guerre l'ami de Jean Follain qui l'introduit dans le groupe Sagesse. Puis il appartient au groupe de l'École de Rochefort. Catholique pratiquant jusque vers trente ans, il devient sympathisant communiste au moment de la Guerre d'Espagne, adhère en 1942 au Parti communiste alors qu'il se lie à Paul Éluard et participe aux publications de la presse clandestine (Pierre Seghers, Jean Lescure). Il demeure, malgré bien des réticences sur la fin des années 60, fidèle à son engagement jusqu'en 1980.

Après une période de résistance, de rébellion contre l'ordre social et l'ordre des choses, s'esquisse un retour à l'interrogation, une tentative d'apprivoiser le monde et son silence. Refusant la métaphysique, il choisit l'ici, qu'il explore sans fin, passionnément. Sa poésie est concise, franche comme le roc, rugueuse et généreuse, tout en demeurant suggestive. Sa poétique se caractérise aussi par son refus des métaphores, auxquelles il préfère les comparaisons, jugées moins mensongères.

Eugène Guillevic est l'un des poètes majeurs de notre temps, avec une œuvre dépouillée, cristalline et forte, traduite en plus de quarante langues dans 60 pays. Pour lui, la poésie permettait de maîtriser "l'inquiétante étrangeté des choses". Sa langue dans de courts textes, était précise, dépouillée et travaillée au point qu'un critique avait qualifié sa poésie, d'aiguë et brillante comme un rocher breton.

L'éloge de la fatigue - Robert Lamoureux (1920-2011)

Vous me dites, Monsieur, que j'ai mauvaise mine,
Qu'avec cette vie que je mène, je me ruine,
Que l'on ne gagne rien à trop se prodiguer,
Vous me dites enfin que je suis fatigué.


Oui je suis fatigué, Monsieur, et je m'en flatte.
J'ai tout de fatigué, la voix, le coeur, la rate,
Je m'endors épuisé, je me réveille las,
Mais grâce à Dieu, Monsieur, je ne m'en soucie pas.
 

Ou quand je m'en soucie, je me ridiculise.
La fatigue souvent n'est qu'une vantardise.
On n'est jamais aussi fatigué qu'on le croit !
Et quand cela serait, n'en a-t-on pas le droit ?

Je ne vous parle pas des sombres lassitudes,
Qu'on a lorsque le corps harassé d'habitude,
N'a plus pour se mouvoir que de pâles raisons...
Lorsqu'on a fait de soi son unique horizon...
 

Lorsqu'on a rien à perdre, à vaincre, ou à défendre...
Cette fatigue-là est mauvaise à entendre ;
Elle fait le front lourd, l'oeil morne, le dos rond.
Et vous donne l'aspect d'un vivant moribond...

Mais se sentir plier sous le poids formidable
Des vies dont un beau jour on s'est fait responsable,
Savoir qu'on a des joies ou des pleurs dans ses mains,
Savoir qu'on est l'outil, qu'on est le lendemain,
 

Savoir qu'on est le chef, savoir qu'on est la source,
Aider une existence à continuer sa course,
Et pour cela se battre à s'en user le coeur...
Cette fatigue-là, Monsieur, c'est du bonheur.

Et sûr qu'à chaque pas, à chaque assaut qu'on livre,
On va aider un être à vivre ou à survivre ;
Et sûr qu'on est le port et la route et le quai,
Où prendrait-on le droit d'être trop fatigué ?
 

Ceux qui font de leur vie une belle aventure,
Marquant chaque victoire, en creux, sur la figure,
Et quand le malheur vient y mettre un creux de plus
Parmi tant d'autres creux il passe inaperçu.

La fatigue, Monsieur, c'est un prix toujours juste,
C'est le prix d'une journée d'efforts et de luttes.
C'est le prix d'un labour, d'un mur ou d'un exploit,
Non pas le prix qu'on paie, mais celui qu'on reçoit.

C'est le prix d'un travail, d'une journée remplie,
C'est la preuve, Monsieur, qu'on marche avec la vie.

Quand je rentre la nuit et que ma maison dort,
J'écoute mes sommeils, et là, je me sens fort ;
Je me sens tout gonflé de mon humble souffrance,
Et ma fatigue alors est une récompense.

Et vous me conseillez d'aller me reposer !
Mais si j'acceptais là, ce que vous me proposez,
Si j'abandonnais à votre douce intrigue...
Mais je mourrais, Monsieur, tristement... de fatigue.


Robert Lamoureux


L'éloge de la fatigue - Robert Lamoureux


Robert Lamoureux
Robert Lamoureux, né le 4 janvier 1920 à Saint-Mandé dans le département de la Seine, est un acteur, humoriste, auteur dramatique, réalisateur, parolier et scénariste français.

Robert Lamoureux commence sa carrière au cabaret, où il interprète ses propres chansons et récite des monologues cocasses. Il fut un des précurseurs de ce qu'on appelle aujourd'hui le stand-up bien avant les comiques actuels se vantant d'importer ce style scénique en France. En bon saltimbanque, Robert Lamoureux touchera par la suite à toutes les facettes du spectacle : music-hall, disque, radio, théâtre… Il est l'auteur de pièces de boulevard et a reçu un grand prix du disque avant que le cinéma s'intéresse à lui. Il connaît de gros succès dans les années 1950, avec des comédies dignes du théâtre de boulevard où il impose un personnage mince, séduisant et drôle.


A Leuconoé - Horace (-65 avJC - 8 avJC)

Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé; et n'interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu'il arrive! Que Jupiter t'accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier    

qui heurte maintenant la mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie.  Pendant que nous parlons, le temps jaloux s'enfuit. Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain. 


Version latine:  

Tu ne quaesieris (scire nefas) quem mihi, quem tibi finem di dederint, Leuconoe, nec Babylonios
temptaris numeros. Vt melius quicquid erit pati! Seu pluris hiemes seu tribuit Iuppiter ultimam,

quae nunc oppositis debilitat pumicibus mare Tyrrhenum, sapias, uina liques et spatio breui
spem longam reseces. Dum loquimur, fugerit inuida aetas: carpe diem, quam minimum credula postero.



Horace, Odes, Livre I, Poème XI


Horace
Horace (en latin Quintus Horatius Flaccus) est un poète romain né à Vénose dans le sud de l'actuelle Italie, le 8 décembre -65 et mort à Tibur le 27 novembre -8.

Horace est le fils d'un affranchi de Venusia, aux frontières de l'Apulie et de la Lucanie, qui exerçait le métier de coactor, c'est-à-dire de caissier des ventes aux enchères. Le jeune Horace est âgé de sept ans lorsque son père s'installe à Rome afin de lui assurer une éducation soignée. Mais il gardera un souvenir pour le moins mitigé de ses leçons avec le grammairien Lucius Orbilius Pupillus. Horace a environ dix-huit ans lorsque son père l'envoie à Athènes, pour y couronner son cursus par l'étude du grec et de la philosophie. Horace est justement en Grèce lors de l'assassinat de Jules César en 44 avJC. Il s'enrôle alors dans l'armée des "Libérateurs" et se fait si bien remarquer de Brutus que celui-ci lui confie le commandement d'une légion.

Lors de la première bataille de Philippes (première semaine d'octobre 42 avJC), les troupes de Brutus s'emparent du camp d'Octave, qui échappe de peu à la capture. Mais lors du second combat, le 22 octobre, Octave et Marc Antoine sont vainqueurs. Brutus se suicide. Horace fait partie des fuyards.

Quand une amnistie est accordée aux vaincus, Horace retourne en Italie, où il apprend la mort de son père et la confiscation de ses propriétés. Réduit à la pauvreté, il achète une place de scribe auprès d'un questeur, ce qui ne veut pas dire qu'il ait renoncé à la lutte contre l'autocratie. Il se met à la poésie. Rapidement, il se lie d'amitié avec Virgile. Vers 38 avJC, Virgile et Lucius Varius Rufus le présentent à Mécène, confident d'Octave, protecteur des arts et des lettres, poète à ses heures. Mécène le prend sous sa protection, l'introduit dans les cercles politiques et littéraires (de là des recitationes), et lui offre une villa près de Tibur.

En 17 av. J.-C., sa réputation littéraire est bien établie et c'est à lui que revient l'honneur de composer le Chant séculaire (Carmen Saeculare) qu'interprètent solennellement, à l'occasion des Jeux séculaires, des chœurs mixtes d'enfants choisis parmi l'élite de la noblesse romaine.

Il meurt en 8 avJC, quelques mois seulement après Mécène qui, sur son lit de mort, l'aurait encore recommandé à Auguste.

En dépit de sa grande difficulté, l'œuvre d'Horace a eu une influence non négligeable sur la littérature latine. Il est admiré, cité et repris par de nombreux auteurs, dont Jérôme, Sidoine Apollinaire ou Prudence, parfois au prix de malentendus ou de contresens, comme en témoigne par exemple le détournement de la fameuse devise "Carpe diem", ou de la non moins célèbre formule "Aurea mediocritas" ("juste milieu précieux comme l'or "), tirées respectivement des Odes, et des Satires.

 
Les Odes, poèmes lyriques de la volupté de vivre

Les Odes furent publiées en 23 ou 22 av. J.-C. pour les trois premiers livres et en 12 ou 7 av. J.-C. pour le quatrième. Dans cette œuvre, Horace se surpasse, là où il mérite le mieux le "laurier delphique" (Odes, III, 30), c'est dans la maîtrise du contenu. En apparence, rien de plus hétéroclite que les Odes, où semblent interférer de manière aléatoire la sphère privée et la sphère publique, les amours et la politique, le monde grec et le monde latin, la mythologie et l'actualité la plus brûlante, l'épicurisme poussé jusqu’au sybaritisme, et un stoïcisme aiguisé jusqu’à l'ascétisme et à un renoncement presque monacal avant la lettre.

Horace a trouvé un ton – il s'agit sans doute d'une certaine distance établie entre le poète et l'objet du poème – qui assure grâce, consistance à tout ce qu'il confie à sa strophe. Non pas un monde de marbre : les attitudes sont pleines de souplesse, et les sentiments souvent ondoyants. On dirait plutôt une luminosité amicale, un silence sûr et non intimidant, comme si, de fait, l'éternité, ce paroxysme de présence, était toute proche. C'est cette attitude émerveillée, contemplative en somme, qui a déconcerté les romantiques. Dans cette vision uniformément belle, la réussite du lyrisme horatien est d'avoir rendu la saveur distincte des moments les plus fugitifs, irremplaçables, perdus à jamais si un regard n'a su les recueillir. La vie est brève, le monde est plein de choses précieuses. Cueille ton aujourd'hui ; il est fleur. Carpe diem.

Citations d'Horace

"Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur."
Extrait de Epîtres

"La force sans l'intelligence s'effondre sous sa propre masse."
Extrait de Odes

"Il y a une mesure en toute chose. Il est en tout un juste milieu."
Extrait de Satires

"Quel que soit ton conseil, qu'il soit bref."

"Jouis du jour présent, sans te fier le moins du monde au lendemain."

"Parmi les fous, on craint d'être fou."

"Il emporte tous les suffrages, celui qui mêle l'utile à l'agréable."

"La parole qui vous échappe ne peut être rattrapée."

"Qui a confiance en soi conduit les autres."

"Commencer, c'est avoir à moitié fini."
Extrait de Livre I

"Les peintres et les poètes ont toujours eu le droit de tout oser."

"La mort rattrape ceux qui la fuient."

"La patience rend tolérable ce qu'on ne peut empêcher."

"Ne s'étonner de rien est presque la seule et unique chose qui puisse donner et conserver le bonheur."

"Sauver un homme malgré lui, c'est quasiment le tuer."

"Si nous sommes dans la joie, gardons-nous de porter nos pensées au-delà du présent."

"Tandis que nous parlons, le temps jaloux aura fui ; Cueille le jour, sans te fier le moins du monde au lendemain."
Extrait de Odes

"La résignation allège tous les maux sans remède."
Extrait de Odes

"Le loup attaque de la dent, le taureau de la corne."
Extrait de Satires

"Chasse la nature à coups de fourche, elle reviendra toujours au pas de course."
Extrait de Epîtres

"Celui qui ajourne le moment de bien vivre, attend comme les paysans que la rivière ait fini de couler."
Extrait de Epîtres

"Les tours les plus hautes font les plus hautes chutes."

"Mêle à la sagesse un grain de folie ; il est bon quelquefois d'oublier la sagesse."
Extrait de Livre IV

"Nul homme n'est sans défauts : le meilleur est celui qui en a le moins."

"L'arc n'atteint pas toujours la cible qu'il menace."
Extrait de l' Art poétique

"Il faut essayer de soumettre les circonstances et non s'y soumettre."
Extrait de Epîtres

"Fuir le vice est le commencement de la vertu."
Extrait de Epîtres

"Quand l'amphore est à sec, les amis se dispersent."
Extrait de Odes

"Pourquoi, dans une vie si courte, visons-nous audacieusement des buts si nombreux ?"
Extrait de Odes

"L'envieux maigrit de l'embonpoint des autres."

"Faute d'art, la crainte d'un mal nous conduit à un vice."
Extrait de l'Art poétique

"Rarement nous pouvons découvrir un homme qui dise avoir vécu heureux, et qui, son temps fini, quitte la vie content comme un convive rassasié."
Extrait des Odes et Epodes

"Gagne d'abord de l'argent ; la vertu vient après."

"Ne charge pas tes épaules d'un fardeau qui excède tes forces."

"Le pin le plus haut est celui que le vent agite le plus souvent."

"Si le vase n'est pas propre, tout ce qu'on y verse aigrit."

"S'habiller à sa taille, et se chausser à son pied : voilà la sagesse."

"Si tu veux que je pleure, il faut d'abord que tu pleures."

"Celui qui vit dans la crainte, ne sera jamais libre."

"En voulant éviter un défaut, les sots se jettent dans le défaut contraire."

"Avoir plu aux puissants n'est pas le plus haut mérite."

"Courir au-delà des mers, c'est changer de climat, mais non changer de cœur."

"Nous sommes trompés par l'apparence du bien."

"Soyez content de votre sort, ami, c'est là la sagesse."

"Souvent même la crainte de la mort pénètre les humains d'une telle haine de la vie qu'ils se donnent volontairement la mort dans l'excès de leur détresse, oubliant que la source de leurs peines est cette crainte elle-même."

"Dans les difficultés, garde ton âme égale ; Et, parmi la prospérité, Sache avec même probité T'interdire une joie insolente et brutale."
Extrait de Odes et Epodes

"Exercer bonnement le métier qu'il sait faire, Voilà, je crois, pour chacun la meilleure affaire."

"C'est des vaillants et des bons que naissent les braves."
Extrait des Odes

"La fortune ici-bas ne change point les mœurs."

"L'homme d'honneur n'a pas de rempart aussi sûr qu'une âme sans remords et qu'un cœur toujours pur."

"Sans un travail énorme et toujours obstiné L'existence aux mortels n'a jamais rien donné."
Extrait des Satires

"Nulle félicité n'est de tout point parfaite."

"Notre mentalité diffère avec notre âge."

"Triste, on hait le joyeux ; folâtre, on hait le triste."

Le bonheur est le chemin

On se persuade souvent soi-même que la vie sera meilleure après s'être marié, après avoir eu un enfant, et ensuite, après en avoir eu un autre... Plus tard, on se sent frustré, parce que nos enfants ne sont pas encore assez grands et on pense que l'on sera mieux quand ils le seront. On est alors convaincu que l'on sera plus heureux quand ils auront passé cette étape. On se dit que notre vie sera complète quand les choses iront mieux pour notre conjoint, quand on possédera une plus belle voiture ou une plus grande maison, quand on pourra aller en vacances, quand on sera à la retraite...

La vérité est qu'il n'y a pas de meilleur moment pour être heureux que le moment présent. Si ce n'est pas maintenant, quand serait-ce? La vie sera toujours pleine de défis à atteindre et de projets à terminer. Il est préférable de l'admettre et de décider d'être heureux maintenant qu'il est encore temps.

Pendant longtemps, j'ai pensé que ma vie allait enfin commencer, "La vraie vie"! Mais il y avait toujours un obstacle sur le chemin, un problème qu'il fallait résoudre en premier, un thème non terminé, un temps à passer, une dette à payer. Et alors la vie allait commencer !  Jusqu'à ce que je me rende compte que ces obstacles étaient justement ma vie.

Cette perspective m'a aidé à comprendre qu'il n'y a pas un chemin qui mène au bonheur. Le bonheur est le chemin...


Ainsi passe chaque moment que nous avons et plus encore: quand on partage ce moment avec quelqu'un de spécial, suffisamment spécial pour partager notre temps et, que l'on se rappelle que le temps n'attend pas.

Alors, il faut arrêter d'attendre de terminer ses études, d'augmenter son salaire, de se marier, d'avoir des enfants, que ses enfants partent de la maison ou, simplement, le vendredi soir, le dimanche matin, le printemps, l'été, l'automne ou l'hiver, pour décider qu'il n'y a pas de meilleur moment que maintenant pour être heureux.

Le bonheur est une trajectoire, et non pas une destination !

Il n'en faut pas beaucoup pour être heureux. Il suffit juste d'apprécier chaque petit moment et de le sacrer comme l'un des meilleurs moments de sa vie:

- Tomber amoureux,
- Rire jusqu'à en avoir mal au ventre, ou des crampes aux mâchoires,
- Trouver un tas de nouveaux méls sur sa boîte quand on revient de vacances,
- Conduire vers des paysages magnifiques en terre inconnue,
- Se coucher dans son lit en écoutant la pluie tomber dehors,
- Sortir de la douche et s'essuyer avec une serviette toute chaude,
- Réussir son dernier examen,
- Avoir une conversation intéressante,
- Retrouver de l'argent dans un pantalon que l'on n'a pas porté depuis des lustres,
- Rire de soi-même,
- Rire sans raison particulière,
- Entendre accidentellement quelqu'un dire quelque chose de bien sur soi,
- Se réveiller en pleine nuit en se rendant compte que l'on peut encore dormir quelques heures,
- Écouter une chanson qui nous rappelle un moment chéri,
- Se faire de nouveaux amis,
- Voir contents les gens que l'on aime,
- Rendre visite à un vieil ami et se rendre compte que les choses n'ont pas changé entre vous,
- Admirer un coucher de soleil,
- Se faire tranquillement masser le dos et s'endormir paisiblement,
- Sentir un vent doux et frais nous caresser la joue,
- Entendre dire que l'on nous aime et vivre paisiblement tous les petits moments qui nous réchauffent le cœur et l'âme.

Texte anonyme issu de la Sagesse Internet

dimanche 24 avril 2011

La naissance de Vénus - Sandro Botticelli (1444/45-1510)

Alessandro di Mariano di Vanni Filipepi, dit Sandro Botticelli, est un peintre né entre le 1er mars 1444 et le 1er mars 1445, dans le quartier d'Ognissanti à Florence, où son père était tanneur. Il meurt en mai 1510 dans la maison de la Via della Porcellenna où il a travaillé toute sa vie.

Ce peintre est connu pour ses allégories. Son étude de l'Antiquité gréco-romaine fait partie de ses humanités (apprentissage). Peintre intellectuel dont le public est composé des courtisans d'un haut niveau de culture, autant que richissimes, il peint de nombreux tableaux sur le mode de la référence à la mythographie hellénique pour en tirer des allusions fines destinées à ses amateurs. Son thème général de travail est la représentation de la femme, sur laquelle il porte un regard nouveau, tout en la magnifiant et la rendant sublime: les amateurs de son art de son époque n'ont jamais pu égaler une telle splendeur dans la finesse des traits et la représentation charnelle.

La naissance de Vénus, (1485), 172cm x 278 cm, Galerie des Offices, Florence.

Dans "La Naissance de Vénus", panneau peint vers 1485, la déesse est représentée nue, de face, en pied, grandeur nature. Commandé par Lorenzo di Pier Francesco de Médicis, parent de Laurent de Médicis, comme pendant du "Triomphe du Printemps", ce tableau était destiné à décorer sa villa de Castello, proche de Florence. Seuls pouvaient l'admirer les amis de son propriétaire, des néoplatoniciens amateurs de mythologie gréco-romaine et souvent collectionneurs de statues antiques, que la nudité ne pouvait choquer.

Dans cette allégorie, Botticelli représente une Vénus pudique. Elle semble douce et fragile. Le port de la tête, et le basculement du bassin dans le sens contraire sont un signe d'élégance antique. Les peintres de la Renaissance aiment imiter l'art de l'antiquité gréco-romaine. Dans ce tableau la Vénus ressemble à une statue antique. La couleur et la texture de sa peau font penser à du marbre.

Le modèle de la Vénus, Simonetta Vespucci, était la femme de Marco Vespucci et la maîtresse de Julien de Médicis, et considérée comme la plus belle femme de son époque. Décédée de pneumonie à l'âge de 22 ans en 1476, tous les portraits célèbres de Botticelli la représentant sont posthumes.

Déesse de la beauté et de l'amour, la Vénus nue de Botticelli est au contraire très chaste, se couvrant d'une main la poitrine, dissimulant de l'autre son pubis derrière une mèche de sa longue chevelure flottant au vent. En outre, le peintre a estompé la pointe des seins et le nombril de sa Vénus, et il lui a donné de plus un regard rêveur qui supprime toute équivoque de l'esprit du spectateur. Loin d'avoir voulu peindre une Venus Erotica, Botticelli a peint la Venus Humanitas des platoniciens, pour lesquels la contemplation de la beauté donnait aux hommes une image de la perfection divine. Une copie du personnage central de la Naissance de Vénus a été réalisé se découpant sur un fond brun par l'atelier de Botticelli, modèle dont devait s'inspirer ultérieurement Lorenzo di Credi pour peindre sa propre Vénus.

Vénus, née de l'écume de la mer, navigue sur une coquille. Dans le récit mythologique, la coquille Saint-Jacques fut le premier abri de Vénus et de Cupidon. Les dieux du vent, dont Zéphyr, poussent Vénus sur le rivage grâce à leur souffle. Flore, la déesse du printemps,  l'accueille sur le rivage. Elle tient dans ses mains un grand habit ouvert afin de couvrir Vénus, encore dénudée.

Le sujet est tiré de la littérature grecque et romaine, et en particulier de l'écrivain romain Ovide dont les métamorphoses connaissent un grand succès du XIVe au XVIIe siècle. On pense généralement que le peintre a voulu représenter la naissance de l'humanité.

samedi 23 avril 2011

Coucher avec elle - Robert Desnos (1900-1945)

Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
 

Coucher avec elle
Pour l'amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
 

Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l'un à l'autre
Pour se confondre
 

Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n'a pesé sur l'âme
Et le corps des amants
Le mensonge d'une tache originelle


Coucher avec elle — Robert Desnos  "Fortunes" (1942)


Robert Desnos
Robert Desnos est un poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libéré du joug de l'Allemagne nazie.

Son œuvre comprend un certain nombre de recueils de poèmes publiés de 1923 à 1943 - par exemple Corps et biens (1930) ou The Night of loveless nights (1930) - et d'autres textes sur l'art, le cinéma ou la musique, regroupés dans des éditions posthumes.

Autodidacte et rêvant de poésie, Robert Desnos est introduit vers 1920 dans les milieux littéraires modernistes et rejoint en 1922 l'aventure surréaliste. Il participe alors de manière éclatante aux expériences de sommeils hypnotiques et publie avec Rrose Sélavy (1922-1923) ses premiers textes qui reprennent le personnage créé par Marcel Duchamp.

Dans les années 1924-1929, Desnos est rédacteur de La Révolution surréaliste mais rompt avec le mouvement quand André Breton veut l'orienter vers le Communisme. Il travaille alors dans le journalisme et, grand amateur de musique, il écrit des poèmes aux allures de chanson et crée avec un grand succès le 3 novembre 1933, à l'occasion du lancement d'un nouvel épisode de la série Fantômas à Radio Paris la Complainte de Fantômas .

Le poète devient ensuite rédacteur publicitaire mais concerné par la montée des périls fascistes en Europe, il participe dès 1934 au mouvement frontiste et adhère aux mouvements d'intellectuels antifascistes, comme l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires ou, après les élections de mai 1936, le "Comité de vigilance des Intellectuels antifascistes"

En 1940, après la défaite il redevient journaliste pour le quotidien Aujourd'hui, et dès juillet 1942, fait partie du réseau de Résistance AGIR. Il poursuit ses activités de Résistance jusqu'à son arrestation le 22 février 1944. Il est déporté à Buchenwald et passe par d'autres camps avant de mourir à Theresienstadt, en Tchécoslovaquie : épuisé par les privations et malade du typhus, il y meurt le 8 juin 1945, un mois après la libération du camp par les Russes. La dépouille du poète est rapatriée en France, et Robert Desnos est enterré au cimetière du Montparnasse à Paris.

Paul Eluard, dans le discours qu'il prononça lors de la remise des cendres du poète, en octobre 1945 écrit: "Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues."

La Grande Ivresse - Paul Fort (1872-1960)

Par les nuits d'été bleues ou chantent les cigales,
Dieu verse sur la France une coupe d'étoiles.
Le vent porte à ma lèvre un goût du ciel d'été!
Je veux boire à l'espace fraîchement argenté.

L'air du soir est pour moi le bord de la coupe froide
où, les yeux mi-fermés et la bouche goulue
je bois, comme le jus pressé d'une grenade,
la fraîcheur étoilée qui se répand des nues.

Couché sur un gazon dont l'herbe est encor chaude
de s'être prélassé sous l'haleine du jour,
oh! Que je viderais, ce soir, avec amour,
la coupe immense et bleue où le firmament rôde!

Suis-je Bacchus ou Pan? Je m'enivre d'espace
et j'apaise ma fièvre à la fraîcheur des nuits.
La bouche ouverte au ciel où grelotte les astres
que le ciel coule en moi! Que je me fonde en lui!

Enivré par l'espace et les cieux étoilés,
Bayron et Lamartine, Hugo, Shelley sont mort.
L'espace est toujours là; il coule illimité;
à peine ivre il m'emporte, et j'avais soif encore!

Paul Fort (Ballades Françaises)



Paul Fort
Jules Jean Paul Fort, né à Reims (Marne) le 1er février 1872 et mort le 20 avril 1960 à Montlhéry (Essonne), est un poète et dramaturge français.

Paul Fort A dix-sept ans, Paul Fort fonde le théâtre d'Art (qui deviendra celui de l'Œeuvre), essentiellement poétique et symboliste, qui s'oppose tumultueusement au Théâtre-Libre d'Antoine; on y joue Marlowe, Maeterlinck, Mallarmé, Verlaine, etc.

En 1897, paraît au Mercure de France, le premier volume de ses Ballades françaises. S'inspirant de l'histoire de la France, de ses héros, de ses légendes, et reprenant les thèmes éternels de la poésie, Paul Fort a trouvé un ton et une forme (la strophe où la prose se mêle aux vers sans distinction typographique) qu'il exploite avec une émouvante continuité dans cinquante-quatre volumes, jusqu'à sa mort.

 
En 1905, il crée la revue Vers et Prose qu'il dirige avec Paul Valery: des œuvres des écrivains les plus importants de l'époque (Laforgue, Jarry, Apollinaire, Carco, Gide, Claudel, etc.) y paraîtront jusqu'en 1914. Il contribue à "lancer" Montparnasse et reçoit le titre de Prince des Poètes en 1912. Son goût pour l'histoire se prête bien au théâtre : ses pièces se regroupent sous le titre Chroniques de France (Louis Xl, curieux homme, 1922; Ysabeau, 1924). Il contribua à donner au quartier du Montparnasse, à Paris, sa renommée artistique.

Paul Fort est commandeur de la Légion d'honneur. Il fut l'un des principaux membres du jury du Prix Jeunesse. Sa simplicité, son enthousiasme, sa gaieté (il avait un goût prononcé pour le calembour) restent liés à sa silhouette célèbre. Il est l'auteur d'une œuvre poétique abondante mêlée de symbolisme, de simplicité et de lyrisme, utilisant le plus souvent le verset. Paul Fort fréquenta quelques-uns des écrivains et poètes les plus connus de son temps : Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, Pierre Louÿs, André Gide. Quelques-uns de ses poèmes furent mis en musique et chantés par Georges Brassens : Le Petit cheval, La Marine, Comme hier, Si le bon Dieu l'avait voulu.

Paul Fort est mort le 20 avril 1960. Il repose à Montlhéry dans sa propriété d'Argenlieu.

vendredi 22 avril 2011

Louis Pasteur (1822-1895)

Louis Pasteur
Louis Pasteur, né à Dole (Jura) le 27 décembre 1822 et mort à Marnes-la-Coquette (Seine-et-Oise) le 28 septembre 1895, est un scientifique français, chimiste et physicien de formation, pionnier de la microbiologie. 

Elève à l'école primaire, puis au collège d'Arbois, c'est à Besançon que Pasteur fut reçu au baccalauréat Es Lettres, puis Es Sciences. Admis à l'Ecole Normale Supérieure, en 1843, Pasteur était plutôt destiné à une carrière d'enseignant. Adepte de la démarche expérimentale, il préférait emmener ses élèves sur le terrain plutôt que donner des cours en amphithéâtre.

Professeur à Strasbourg, doyen de la faculté des Sciences de Lille, directeur des études scientifiques à l'Ecole Normale Supérieure, il ne tolérait aucun écart de discipline de la part de ses élèves. Néanmoins, il était très apprécié pour la qualité de son enseignement, privilégiant toujours l'apprentissage par l'expérimentation.

Tout au long de sa vie, il mena de front ses recherches, ses fonctions dans l'enseignement et sa vie familiale. Pasteur a mené simultanément des recherches dans plusieurs domaines: cristallographie, fermentation, existence de microbes, maladies animales, vaccins... Ses travaux sont à l'origine de l'essor de la chimie de synthèse, de la pasteurisation, du fondement de toute la technique microbiologique et de l'immunologie.


Un cursus impressionnant

1822 : Naissance de Louis Pasteur.
1831 : Pasteur est élève au collège d’Arbois.
1839 : Départ de Louis Pasteur pour le Collège Royal de Besançon.
1840 : Reçu bachelier ès lettres à Besançon. Maître d’études au Collège de Besançon.
1842 : Bachelier ès Sciences mathématiques à Dijon.
1843 : Admis à l’École normale supérieure.
1845 : Licencié ès sciences.
1846 : Nommé professeur de physique au Lycée de Tournon (Ardèche) mais reste à l’École normale supérieure comme agrégé préparateur. Études des cristaux.
1847 : Docteur ès sciences.
1848 : Nommé professeur de physique au Lycée de Dijon puis professeur suppléant de Chimie à la Faculté des sciences de Strasbourg. Recherches sur le dimorphisme. Communication historique sur le dédoublement du paratartrate de soude et d’ammoniaque.
1849 : Mariage de Pasteur avec Mlle Marie Laurent, fille du recteur de l’Université de Strasbourg.
Recherches sur les propriétés spécifiques des deux acides qui composent l’acide racémique.
1851 : Mémoire de Pasteur sur les acides aspartique et malique.
1852 : Nouvelles recherches sur les relations qui peuvent exister entre les formes cristallines, la composition chimique et le sens de la polarisation rotatoire.
1853 : Pasteur est nommé Chevalier de l’Ordre Impérial de la Légion d’Honneur. Il reçoit le prix de la Société de Pharmacie de Paris pour la synthèse de l’acide racémique. Note sur la découverte de la transformation de l’acide tartrique en acide racémique. Découverte de l’acide tartrique inactif.
1854 : Pasteur est nommé doyen de la Faculté des sciences a Lille.
1855 : Début des études sur la fermentation. Présentation à Lille d’ un mémoire sur l’alcool amylique.
1856 : Début des recherches sur la fermentation alcoolique.
1857 : Nommé administrateur de l’École normale supérieure et directeur des études scientifiques de cette école. Mémoire sur la fermentation lactique. Mémoire sur la fermentation alcoolique.
1858 : Installation de son laboratoire dans les combles de l’École Normale supérieure à Paris,  rue d’Ulm.  Début des recherches de Pasteur sur les générations dites "spontanées".
1859 : Prix de physiologie expérimentale de l’Académie des sciences pour ses travaux sur les fermentations.
1860 : Prélèvements d’air à Arbois pour l’étude du problème des générations dites "spontanées". Examen de la doctrine des générations dites "spontanées".
1861 : Reçoit le prix JECKER de l’Académie des sciences pour ses recherches sur les fermentations. Publication dans le bulletin de la Société chimique de Paris de l’ensemble de ses résultats sur le vinaigre.
1862 : Élection à l’Académie des sciences (section minéralogie). Études sur le rôle des mycodermes dans la fermentation acétique. Reçoit le prix ALHUMBERT pour ses recherches sur la génération spontanée
1863 : Napoléon III demande à Pasteur d’étudier les maladies des vins. Études sur les vins, de I’influence de l’oxygène de l’air sur la vinification. Nommé professeur de géologie, physique et chimie appliquées, à l’École des Beaux-Arts.
1864 : Installation à Arbois d’un laboratoire pour ses recherches sur les vins.
1865 : Dépose un brevet pour l’invention d’un procédé de conservation et d’amélioration des vins par chauffage modéré à l’abri de l’air (pasteurisation). Études des maladies des vers à soie.
1866 : Publication de : "Études sur le vin". Publication d’un essai sur l’oeuvre scientifique de Claude Bernard.
1867 : Création d’un laboratoire de chimie physiologique à l’École normale supérieure. Nommé professeur de chimie organique à la Sorbonne. Reçoit le Grand Prix de l’Exposition universelle pour ses études sur le vin. Démission de ses fonctions administratives à l’École normale supérieure.
1868 : Diplôme de Docteur en médecine de l’Université de Bonn. Pasteur est atteint d’une hémiplégie gauche. Est nommé Commandeur de la Légion d’Honneur. Publication des études sur le vinaigre
1870 : Publication des études sur les maladies des vers à soie.
1871 : Recherches sur de nouveaux procédés de fabrication et de conservation de la bière.
1873 : Élu membre de l’Académie de médecine.
1876 : Publication de "Etudes sur la bière".
1877 : Note sur l’altération de l’urine. Études sur la maladie du charbon. Études sur la septicémie.
1878 : Nommé Grand Officier de la Légion d’Honneur. Publication du mémoire "La théorie des germes et ses applications à la médecine et à la chirurgie". Met au point le vaccin contre le choléra des poules à l’aide d’un microbe atténué. Recherches sur la gangrène, la septicémie et la fièvre puerpérale.
1879 : Note sur la peste. Découverte de l’ immunisation au moyen de cultures atténuées.
1880 : Nommé membre de la Société centrale de médecine vétérinaire. Communication sur les maladies virulentes (Pasteur expose le principe des virus-vaccins). Début des recherches sur la rage.
1881 : Nommé Grand-Croix de la Légion d’Honneur. Met au point le  vaccin contre la maladie du charbon. Travaux sur la fièvre jaune près de Bordeaux. Élu membre de l’Académie française.
1882 : Note sur la péripneumonie contagieuse des bêtes à cornes. Études du rouget des porcs.
1883 : Met au point avec Thuilllier le vaccin contre le rouget du porc.
1884 : Communication sur les microbes pathogènes et les virus-vaccins au Congrès de Copenhague. Pasteur expose le principe général des vaccinations contre les maladies virulentes.
1885 : Première vaccination antirabique chez l’homme.
1887 : Élu Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences. Victime d’une seconde attaque d’hémiplégie.
Premières expériences de destruction des lapins par le microbe du choléra des poules.
1888 : Inauguration de l’Institut Pasteur.  voir Site internet
1895 : Mort de Pasteur à Villeneuve-l’Étang.




Les travaux de Louis Pasteur

De 20 à 40 ans: Pasteur est essentiellement un physicien et un chimiste

* 1847 : travaux sur la dissymétrie moléculaire

Après plusieurs années de recherche où il associe la cristallographie, la chimie et l'optique, Pasteur établit qu'il y a parallélisme entre la forme extérieure d'un cristal, sa constitution moléculaire et son action sur la lumière polarisée. Les cristaux dissymétriques font dévier la lumière polarisée, les cristaux qui ont un plan de symétrie ne la dévient pas.

Il formule une loi fondamentale : "seuls les produits nés sous l'influence de la vie sont dissymétriques, cela parce qu'à leur élaboration président des forces cosmiques qui sont elles-mêmes dissymétriques". La dissymétrie est la grande ligne de démarcation entre le monde organique et le monde minéral. Ce sont les travaux de Pasteur qui furent à l'origine d'une nouvelle science la stéréochimie (ou chimie de l'espace)

Il provoque également l'essor de la chimie de synthèse.

* 1855/1857 : travaux sur les fermentations

C'est en observant des cristaux de paratartrate que Pasteur avait découvert la dissymétrie moléculaire et c'est également en examinant une solution d'acide paratartrique qu'il s'était aperçu que, sous l'effet d'une moisissure, cet acide avait fermenté et qu'il s'était dissocié : on ne trouvait plus dans le liquide fermenté que l'acide tartrique gauche, l'acide tartrique droit avait été décomposé "désassemblé". Ainsi, une substance inactive sur la lumière polarisée (acide paratartrique) était devenue active (acide tartrique gauche) sous l'influence d'une fermentation

Donc, puisque toute substance active provient de la nature vivante, la fermentation au lieu d'être une oeuvre de mort, telle que le croyait le chimiste Liebig, est une oeuvre de vie puisque seule la vie est génératrice de substances actives sur la lumière polarisée. C'est le premier chaînon qui le mènera, par une suite logique de ses études, de la dissymétrie moléculaire aux fermentations puis aux maladies contagieuses.

* 1857/1862

Il étudie les fermentations lactique et alcoolique et démontre que: "toute fermentation est due à la présence d'un micro-organisme; à chaque fermentation correspond un ferment particulier."
Il constate également que, pour étudier une fermentation, il faut: "préparer un milieu de culture approprié au ferment et stérile; ensemencer ce milieu avec une trace de ferment à l'état de pureté."
C'est l'origine de toute la technique microbiologique.

En étudiant le mécanisme des fermentations qui l'a conduit à affirmer le rôle et la spécificité d'action des micro-organismes, Pasteur a fait une oeuvre de chimiste-biologiste.

De 40 à 55 ans: Pasteur devient un biologiste.

Il élabore la théorie des germes et anéantit la doctrine de la génération spontanée. A la suite de ses premières découvertes, il se demande d’où proviennent les micro-organismes, agents de la fermentation. Naissent-ils de germes semblables à eux ou apparaissent-ils spontanément dans les milieux fermentescibles ? C’était toute la question de la génération spontanée qui se posait. Pasteur, après des luttes mémorables contre ses contradicteurs (Pouchet), pouvait affirmer, par les expériences les plus variées, dans son mémoire de 1862, que : "les poussières de l’atmosphère renferment des germes d’organismes "inférieurs", toujours prêts à se développer et à se multiplier; les liquides les plus putrescibles restent inaltérés si on a la précaution de les mettre à l’abri du contact de ces germes. "La génération spontanée est une chimère" (Pasteur)

Il se demande ensuite comment s’opèrent les fermentations, comment agissent les ferments. Il découvre une nouvelle classe d’êtres vivants, capables de vivre à l’abri de l’air, en étudiant la fermentation butyrique. Il propose le terme de "anaérobie" pour le ferment qui a la propriété de vivre sans air, le terme "aérobie" étant donné au micro-organisme qui exige la présence de l’oxygène libre pour se développer. La fermentation est la conséquence de la vie sans air. Les travaux sur les fermentations amènent Pasteur à appliquer la méthode microbiologiste à l’industrie et à l’agriculture.

Il étudie la formation du vinaigre et la transformation de l'alcool en acide acétique par un micro-organisme, le Mycoderma aceti, qui fixe l'oxygène de l'air sur l'alcool. Il montre aux vinaigriers comment obtenir un vinaigre d'une qualité constante.

    * Les maladies du vin

En étudiant les ferments parasites de cette boisson, Pasteur démontre que chaque maladie est due à un ferment particulier. Par un chauffage particulier à 55°, il est possible de mettre les vins à l'abri des maladies. Cette méthode, appliquée à tous les liquides altérables, est connue dans le monde entier sous le nom de "Pasteurisation". La pasteurisation du vin, bien que des dégustateurs opérant à l'aveugle eussent conclu qu'elle n'altérait pas le bouquet, n'eut cependant pas un grand succès et fut abandonnée avant la fin du XIXe siècle. La pasteurisation du lait, en revanche, à laquelle Pasteur n'avait pas pensé (c'est le chimiste allemand Franz von Soxhlet qui, en 1886, proposa d'appliquer la pasteurisation au lait), s'implanta durablement.

    * La bière

Les altérations de la bière sont produites par des micro-organismes apportés par les poussières de l'air. Pasteur enseigne aux brasseurs à préserver les moûts des souillures et à chauffer la bière à 55° pour prévenir les maladies

    * Maladies des vers à soie

En 1865, la sériciculture, non seulement en France mais aussi en Italie, en Autriche, en Asie Mineure, est minée par une maladie : la pébrine. Pasteur constate au microscope que les vers atteints de cette maladie ont des corpuscules brillants et que ces corpuscules sont responsables de la maladie. Il montre que la maladie est héréditaire, qu'elle est contagieuse. Il découvre une autre maladie, la flacherie, qui met en évidence la notion de "terrain" particulier pour que la maladie se déclare. Il triomphe de la maladie pratiquement par l'invention du grainage cellulaire. Les travaux de Pasteur ont un intérêt considérable : pour la première fois, sont résolus scientifiquement les problèmes de l'hérédité et de la contagion, et établies des règles de prophylaxie. C'est une préface à ses études sur les maladies contagieuses et à la théorie des germes.

De 55 à 65 ans: Pasteur met la microbiologie au service de la médecine et de la chirurgie.

    * 1877 : études sur les maladies infectieuses

    * découverte de la cause des furoncles et de l’ostéomyélite : le staphylocoque
    * découverte du microbe de l’infection puepépérale : le streptocoque
    * découverte du pneumocoque

    * 1880 : méthode de l'atténuation de la virulence des microbes

    * le choléra des poules (par vieillissement au contact de l'oxygène de l'air)
    * le charbon des moutons (culture de la bactéridie charbonneuse à 43° atténuée par l'oxygène de l'air)

    * 1881 : les vaccinations: le choléra,  le charbon, le rouget du porc

Par l'application de sa méthode :

    * à l'étude des maladies infectieuses (agents microbiens)
    * à leur prévention (asepsie)
    * et à leur prophylaxie par immunisation (vaccination)

Pasteur a fondé l'immunologie.

    * 1880-1885 : La rage

Pasteur est en pleine possession de sa méthode expérimentale. Il étudie la rage. Il veut isoler le germe mais ne le trouve pas. La rage est une maladie du système nerveux. Il cultive un "micro-organisme" invisible sur une moelle de lapin et en fixe la virulence. Il applique à l’homme la méthode d’atténuation des moelles virulentes, le 6 juillet 1885, à  Joseph Meister.

    * 14 novembre 1888 : inauguration de l'Institut Pasteur par Sadi Carnot.


Citations de Louis Pasteur

"La science n'a pas de patrie."
Extrait de Discours d'inauguration de l'Institut Pasteur

"Ayez le culte de l'esprit critique."

"Savoir s'étonner à propos est le premier pas fait sur la route de la découverte."

"La grandeur des actions humaines se mesure à l'inspiration qui les fait naître."

"Ce sont les Grecs qui nous ont légué le plus beau mot de notre langue : le mot " enthousiasme" - du grec "en théo", un Dieu intérieur."

"Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène."

"La chance ne sourit qu'aux esprits bien préparés."

"Le meilleur médecin est la nature : elle guérit les trois quarts des maladies et ne dit jamais de mal de ses confrères."

"Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours."

"Ce n'est pas la profession qui honore l'homme mais c'est l'homme qui honore la profession."

"Il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres."

"Jeunes gens ! Ne vous laissez pas atteindre par le septicisme dénigrant et stérile, ne vous laissez pas décourager par la tristesse de certaines heures qui passent sur une nation !"

"Ma philosophie est toute du cœur et point de l'esprit."

"Après la mort, la vie reparaît sous une autre forme, et avec des propriétés nouvelles."