jeudi 26 juillet 2012

Tu te lèves... - Paul Eluard (1895-1952)

Tu te lèves l'eau se déplie
Tu te couches l'eau s'épanouit

Tu es l'eau détournée de ses abîmes
Tu es la terre qui prend racine
Et sur laquelle tout s'établit

Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits
Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de l'arc-en-ciel,
Tu es partout tu abolis toutes les routes

Tu sacrifies le temps
À l'éternelle jeunesse de la flamme exacte
Qui voile la nature en la reproduisant

Femme tu mets au monde un corps toujours pareil
Le tien

Tu es la ressemblance
 

Paul Eluard (Facile) 1935



Paul Eluard
Paul Eluard, Paul Eugène Grindel de son vrai nom , poète français, est l'une des figures majeures du surréalisme. Il nait en 1895 à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. En 1912, il est obligé d'interrompre ses études pour rétablir une santé gravement menacée par la tuberculose. Il est néanmoins mobilisé  en tant qu'infirmier militaire en 1914.

Si les premiers poèmes d'Eluard sont encore influencés par la littérature de Jules Romains, ils révèlent surtout les sentiments d'horreur et de pitié qu'ont pu inspirer à un poète désormais en quête de pacifisme les spectacles quotidiens de la guerre:  le Devoir et l'Inquiétude (1917),  Poèmes pour la paix (1918).

En 1919, il s'engage sans réserve dans les activités du groupe surréaliste et sur la voie de l'expérimentation littéraire. Comme la plupart des autres écrivains surréalistes, Eluard montre un intérêt très vif pour les arts plastiques, notamment la photographie et la peinture. Ses recueils sont d'ailleurs souvent illustrés par des artistes appartenant à la "constellation surréaliste", auxquels il consacre, en retour, des poèmes (A Pablo Picasso, 1944) ou des essais.

Son adhésion au groupe ne l'empêche cependant jamais d'affirmer son goût et son respect pour la poésie du passé - à laquelle il dédie plusieurs anthologies : "Première Anthologie vivante de la poésie du passé" (1951) - ni de défendre son esthétique propre, marquée par une grande clarté et une grande simplicité d'expression, mais aussi par un classicisme - parfaitement assumé - sur le plan formel.

Très vite, Eluard s'impose au sein du groupe comme le poète de l'amour et des émotions. Sa relation tourmentée avec Gala, une jeune Russe rencontrée en 1913 dans un sanatorium suisse et qu'il épouse en 1916, lui inspire le recueil Capitale de la douleur (1926). Gala le quittera pour Salvador Dalí en 1930. C'est au cours d'un voyage autour du monde qu'il fait la rencontre de Maria Benz, dite Nusch, qui devient sa nouvelle épouse et sa muse : elle lui inspire certains de ses plus beaux poèmes d'amour (l'Amour, la poésie, 1929 ; la Vie immédiate, 1932). La mort brutale de Nusch, en 1946, le plonge de nouveau dans le désespoir (Le temps déborde, 1947), puis il se remarie en 1949 avec Dominique (Odette Lemort, 1914-2000), saluant cette renaissance dans son recueil le Phénix(1951). Pour Eluard, le poème d'amour n'est ni un exercice de style ni un simple hommage amoureux; il est une célébration du rôle intercesseur de la Femme, cet être qui constitue pour le poète un lien entre le monde et l'univers poétique : son inspiratrice. Les femmes muses et les espoirs idéologiques constituent les deux engagements existentiels et poétiques de Paul Eluard.

Entré au Parti communiste en 1926, avec la plupart des surréalistes, Paul Eluard en est exclu en 1933. Il n'en continue pas moins de militer pour une poésie sociale et accessible à tous: "les Yeux fertiles" (1936),  "Cours naturel" (1938), "Donner à voir" (essai 1939). Poète résolument engagé, il prend ses distances avec le surréalisme, rompt avec le mouvement en 1938, pour revenir définitivement dans les rangs du Parti communiste en 1942. Choqué par le massacre de Guernica en 1937, il prend position en faveur de l'Espagne républicaine ("la Victoire de Guernica", Cours naturel, 1938), puis s'engage dans la Résistance. Membre d'un réseau clandestin, animateur du Comité national des écrivains (CNE). 

Il fait de la poésie l'instrument d'un combat contre la barbarie en publiant plusieurs ouvrages dans la clandestinité. Tout d'abord Poésie et Vérité (1942), qui comprend le célèbre poème "Liberté", largué par les avions de la RAF en milliers de tracts sur la France occupée. On peut aussi citer les Sept Poèmes d'amour en guerre (1943) et Au rendez-vous allemand (1944). Après la guerre, il poursuit dans la voie de la poésie politique procommuniste (Poèmes politiques, 1948).

Dans ses écrits politiques, comme dans les autres recueils poétiques de cette période: "Poésie ininterrompue I" (1946) , "Corps mémorable" (1947), "Poésie ininterrompue II, posthume" (1953). Le langage de la poésie d'Eluard dépasse l'automatisme pur et ne se contente pas de mettre au jour le minerai de l'inconscient. Il cherche à rendre évidentes des associations de mots, d'images, qui pourtant échappent à tout lien logique. Car si "la terre est bleue comme une orange" (L'Amour, la poésie), c'est que, pour le poète, tout est possible à qui sait "voir". C'est en affranchissant la pensée de ses limites qu'il découvre l'absolu poétique. Chez Eluard, la parole affirme: "J'ai la beauté facile et c'est heureux" (Capitale de la douleur).

En avril 1948, Paul Eluard et Picasso sont invités à participer au Congrès pour la paix à Wroclaw (Pologne). En juin, Eluard publie des poèmes politiques préfacés par Louis Aragon. L'année suivante, au mois d'avril, c'est en tant que délégué du Conseil mondial de la paix, que Paul Eluard participe aux travaux du congrès qui se tient à la salle Pleyel à Paris. Au mois de juin, il passe quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur le mont Grammos face aux soldats du gouvernement grec. Puis il se rend à Budapest pour assister aux fêtes commémoratives du centenaire de la mort du poète Sándor Petőfi. Il y rencontre Pablo Neruda. 

En septembre, il est à Mexico pour un nouveau congrès de la paix. Il rencontre Dominique Lemort avec qui il rentre en France. Ils se marieront en 1951. Eluard publie cette même année le recueil Le Phénix entièrement consacré à la joie retrouvée. En 1950, avec Dominique, il se rend à Prague pour une exposition consacrée à Vladimir Maïakovski, à Sofia en tant que délégué de l'association France-URSS, et à Moscou pour les cérémonies du 1er Mai.

En février 1952, Paul Eluard est à Genève pour une conférence sur le thème "La Poésie de circonstance". Le 25 février, il représente "le peuple français" à Moscou pour commémorer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Victor Hugo. Le 18 novembre 1952 Paul Eluard succombe à une crise cardiaque à son domicile. Ses obsèques ont lieu le 22 novembre au cimetière du Père-Lachaise. Le gouvernement refuse les funérailles nationales. L'écrivain Robert Sabatier déclare:  "Ce jour-là, le monde entier était en deuil ".


Ses principales œuvres

Premiers poèmes 1913
Le Devoir 1916
Le Devoir et l'Inquiétude, 1917, avec une gravure sur bois par André Deslignères
Pour vivre ici 1918
Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux  1920
La courbe de tes yeux  1924
Une vague de rêve 1924
Mourir de ne pas mourir 1924
Au défaut du silence 1925
Capitale de la douleur 1926
Les Dessous d'une vie ou la Pyramide humaine 1926
L'Amour la Poésie 1929
Ralentir travaux 1930, en collaboration avec André Breton et René Char
À toute épreuve 1930
Défense de savoir 1932
La Vie immédiate 1932
La Rose publique 1935
Facile 1935
Les Yeux fertiles 1936
Quelques-uns des mots qui jusqu'ici m'étaient mystérieusement interdits, GLM, 1937
Cours naturel 1938
La victoire de Guernica 1938
Donner à voir 1939
Poésie et vérité 1942
Liberté 1942
Avis 1943
Les Sept poèmes d'amour en guerre 1943
Au rendez-vous allemand 1944
Poésie ininterrompue 1946
Le Cinquième Poème visible 1947
Notre vie 1947
A l'intérieur de la vue 1947
La Courbe de tes yeux 1947
Le temps déborde 1947
Le Phénix 1951


Citations de Paul Eluard

"J'ai vécu comme une ombre et pourtant j'ai su chanter le soleil."

"C'est le mérite de la poésie qui a mille petites portes de planches pour une porte de pierre, mille sorties au jour le jour pour une gloire triomphale."

"Voir le monde comme je suis, non comme il est."

"Jeunesse ne vient pas au monde elle est constamment de ce monde."

"La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent pas."

"C'est la douce loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères."

"Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel."

"Marcher en soi-même est comme un châtiment : l'on ne va pas loin."

"Il faut toujours abuser de sa liberté."

"Tes yeux sont livrés à ce qu'ils voient Vus par ce qu'ils regardent."

"Vous marchez sans but sans savoir que les hommes Ont besoin d'être unis d'espérer de lutter Pour expliquer le monde et pour le transformer."

"Il n'y a qu'une vie c'est donc qu'elle est parfaite."

"Je tiens le flot de la rivière comme un violon."

"J'ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence pour me préoccuper des coupables qui clament leur culpabilité."

"Un rêve sans amour est un rêve oublié."

"Adieu tristesse Bonjour tristesse Tu n’es pas tout à fait la misère Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent Par un sourire."

"Nous avons inventé autrui Comme autrui nous a inventé Nous avions besoin l'un de l'autre."

"Le bonheur est un seul bouquet : confus léger fondant sucré."
 
"J'ai eu longtemps un visage inutile, mais maintenant j'ai un visage pour être aimé, j'ai un visage pour être heureux."

"Le tout est de tout dire et les mots me manquent."

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