mardi 28 février 2012

Socrate (-470/-399)

Buste de Socrate (-470/-399)
Socrate est un philosophe de la Grèce antique, considéré comme l’un des inventeurs de la philosophie morale et politique. Il n’a cependant laissé aucune œuvre écrite ; sa philosophie s’est transmise par l’intermédiaire de témoignages indirects (en particulier par les écrits de ses disciples Platon et Xénophon).

Fils d'un sculpteur et d'une sage-femme, Socrate naquit en 470 avJC, à l'âge d'or de la république athénienne - au temps de Périclès, d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide et d'Aristophane. On sait peu de choses de sa jeunesse et de son éducation. Il débuta comme tailleur de pierre et sculpteur, et on dit qu'il travailla sur l'Acropole. Il épousa Xanthippe, dont le caractère acerbe et querelleur devint proverbial. Ils eurent plusieurs enfants, puis il en eut deux autres avec une seconde épouse, Myrto. Socrate joua pleinement son rôle de citoyen d'Athènes. Il servit avec honneur comme hoplite durant la guerre du Péloponnèse et il prit part aux fonctions officielles de la cité, obtenant même en une occasion la présidence du prytanée.

Toutefois, son occupation principale était d'interroger ses concitoyens d'une manière irritante pour les amener à réfléchir. En dépit de la franche opposition qu'il manifesta aux trente tyrans (soutenus par Sparte après la  défaite d'Athènes), il parvint à rester en vie.

Vers 435 avJC, il commença à enseigner, dans la rue, dans les gymnases, les stades, les échoppes, au gré des rencontres. Vivant pauvrement, n’exerçant aucun métier, il parcourait les rues d’Athènes vêtu plus que simplement et sans chaussures, dialoguant avec tous, en cherchant à les rendre plus sages par la reconnaissance de leur ignorance: "Ce que je ne sais pas, je ne crois pas non plus le savoir". Il prétend avoir reçu pour mission d’éduquer ses contemporains: c’est Apollon "qui lui avait assigné pour tâche de vivre en philosophant, en se scrutant lui-même et les autres".

Quatre ans après la révolte de -403, qui rétablit la démocratie dans la ville, il fut accusé de corrompre la jeunesse, de négliger les dieux et d'en introduire de nouveaux dans la cité (cette dernière accusation fait peut-être référence au "démon", ou voix intérieure divine, qu'il évoquait quelquefois).

Plusieurs membres de la classe dirigeante athénienne affirmèrent voir en lui un esprit pervertissant les valeurs morales traditionnelles et donc un danger pour l’ordre social. En avril 399 avJC, Socrate se vit accuser par le poète Mélétos, ainsi que deux de ses amis (l'orateur Lycon et Anytos, des deux crimes suivants, découpés en trois chefs d'accusation:

- Ne pas reconnaître les dieux que reconnaît la cité: Selon ses accusateurs, Socrate nie les dieux. Cette accusation doit être mise en relation avec la remise en question générale induite par la sophistique.
- Introduire "des divinités nouvelles": Socrate croyait en un démon personnel, une voix ou un signe qui le prévenait. Mais il est loin d’être clair qu'il lui attribuait une nature divine.
- Corrompre les jeunes gens: il enseigne les deux faits cités ci-dessus (d’autant que certains de ses disciples ont été de mauvais citoyens, comme Alcibiade, Critias, Charmide).

Socrate fut déclaré coupable et condamné à boire du poison, forme traditionnelle de la peine de mort à Athènes. Bien qu'il eût pu aisément s'enfuir, il choisit de subir sa peine, but la cigüe et mourut d'une mort lente et douloureuse.

Jacques-Louis David -  La mort de Socrate (1787), Metropolitan Museum of Art de New York


Socrate n'écrivit rien. Ce que nous savons de lui, de ses méthodes et de ses idées vient des œuvres de ses contemporains - principalement Platon, mais aussi Xénophon, soldat et historien, ainsi que l'auteur comique Aristophane. Dans sa pièce de théâtre "Les Nuées", il ridiculise Socrate. Xénophon, lui, le représente dans ses écrits avec respect comme un vieux sage qui donne des conseils et prône une morale simpliste. Dans les dialogues de Platon, nous trouvons un esprit interrogateur, précis, rigoureux, rationnel, qui s'adonne au sarcasme, fait preuve d'une extrême modestie et ne cesse de questionner les gens sur leurs opinions et leurs croyances fondamentales. C'est ce Socrate-là qui a changé la philosophie et que l'on peut considérer comme le penseur le plus innovant et le plus influent de tous les temps.


La méthode socratique

Sa contribution la plus importante à la pensée occidentale est peut-être la méthode dialectique (consistant à  répondre à une question par une question) d’investigation, connue comme la méthode de l’élenchos, ou contre-examen, qu’il applique largement à l’examen de concepts moraux centraux tels que le Bien et la Justice, concepts qu’il utilise constamment sans les définir réellement.
La méthode consiste à poser des questions de façon à faire apparaître les confusions ou les contradictions de l'interlocuteur. Selon cette méthode, une série de questions est posée pour aider une personne ou un groupe à déterminer leurs croyances présupposées et l’étendue de leur savoir. La méthode socratique est une méthode négative par élimination d’hypothèses: les meilleurs hypothèses sont ainsi fondées en identifiant clairement et en éliminant celles qui mènent à des contradictions. C’est ainsi que Socrate a dit un jour: "Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres".

Le Socrate de Platon se présente moins comme quelqu'un qui enseigne que comme celui qui, à l'instar d'une sage-femme, amène les autres à accoucher de la vérité par leurs propres efforts. C’est pourquoi Socrate est sans cesse considéré comme le père de la philosophie politique, de l’éthique ou philosophie morale, et comme source de tous les thèmes principaux de la philosophie occidentale en général.


Socrate et les sophistes

Socrate ne rejette pas toute la sophistique, qu'il considère comme un art royal. Mais il procède à une distinction entre la fin et les moyens. La fin de la sophistique est de faire des hommes capables de bien parler et de bien agir, capables de gérer les affaires publiques et les affaires domestiques. Socrate approuve ce but. Il est entièrement d’accord avec les sophistes pour dire que l’homme ne doit s’occuper que des affaires qui le concernent (ce qui concerne l’homme en tant qu’homme et sa culture). L’idée que se font les sophistes de l’instruction est ainsi de cultiver en l’homme des facultés universelles. Cependant, au contraire des sophistes, Socrate ne valorise pas l’homme pour la raison que les dieux n’existent pas: ce sont au contraire les limites de l’homme relativement au divin qui imposent que l’on s’occupe de cultiver nos facultés dans les bornes de ce qui nous est donné.

Quant aux moyens de la sophistique, qui consistaient en l’exercice et la routine, non pas en l’art, il les rejette. Pour Socrate, aucun bien n'est un bien si l'on n'en sait pas l'usage. Pour éprouver la valeur de ses moyens, Socrate part du principe que le signe d’une capacité acquise est le savoir. Or, le signe du savoir est la capacité à transmettre ce que l’on sait. Socrate entreprend donc d’interroger les sophistes sur la nature du juste, du pieux, de la vertu, etc., et il trouve que ces sophistes ne répondent pas d’une manière satisfaisante et se trouvent souvent en contradiction avec eux-mêmes. Socrate impute ces défauts aux lacunes théoriques de la sophistique et il soulève plusieurs difficultés inhérentes à cette pratique:

- une communication purement technique ne suscite pas l’art, mais l’imitation ignorante du disciple.
- un art ne peut être une fin pour lui-même car, en lui-même, il ne rend personne meilleur.
- en conséquence, pratiquée en tant que pure technique, la sophistique est une routine qui produit indifféremment des choses bonnes ou des choses mauvaises.
- le résultat de la sophistique est donc la routine dénuée de savoir théorique, l’ignorance, le hasard.
- cette pratique de l’art est non seulement nuisible, mais elle est impossible : on ne peut rien apprendre par la seule pratique, et ses conséquences sur l’éducation et la politique ne peuvent qu’être catastrophiques.

En conclusion, l’art suppose la science. Alors que les physiologues, selon Socrate, ont eu l’idée de la science sans la matière, les sophistes ont eu l’idée de la matière, mais sans la science. Il apparaît ainsi une conception de la sagesse qui, en réunissant l’art et la science, serait capable de se suffire à elle-même et de former les hommes, et dans laquelle se trouverait le bonheur véritable. Telle est la signification du "Connais-toi toi-même".


Connais-toi toi-même

Empruntée à l'inscription gravée au fronton du temple d'Apollon à Delphes, que l’on devrait à l'un des sept sages présocratiques: le philosophe Chilon de Sparte, on peut douter que la devise invite à s'observer, se connaître soi-même en tant que particulier ; il s'agit bien plutôt de s'observer en tant qu'être pensant, en s’élevant au-dessus de ses sentiments particuliers et de ses opinions qui ne sont toujours qu’une illusion de données ; cette connaissance-conscience ou conscientiel est d’ailleurs la seule qui soit à notre portée. La science de l’Être des physiologues est en effet une chimère ; il reste à connaître ou observer l’homme, mais cette science de l’homme moral est d’une infinie complexité, sa recherche ne semble pas pouvoir prendre fin :

L’ignorance ou l'aveuglement de soi-même fait l’homme dépendant et esclave de ses opinions ou données. En revanche, la connaissance ou l'observation de notre nature, de ce que nous sommes, nous rend libres et capables de nous suffire à nous-mêmes. C’est là proprement que se constitue l’idée d’une science morale dont l'observation nous rend heureux. Mais cette science socratique soulève plusieurs difficultés relatives à la méthode.


La définition

On attribue à Socrate l’invention de l'interprétation ou de la définition ; la détermination du concept serait alors ce en quoi consiste la science, et il suffirait d’appliquer cette idée abstraite de la science au domaine de l’expérience. Toute sa pensée peut se résumer, selon l’historien de la philosophie Édouard Zeller, à la refondation de la philosophie sur le général - ou concept - comme objet de la science. Son œuvre principale fut donc une invention théorique, Socrate recherche l'essence des choses, mais sans la placer en dehors du monde comme le fera Platon.

Mais cette interprétation de Zeller fait de la méthode socratique quelque chose d’antérieur à l’éthique ; cela est sans doute vrai pour Platon et pour Aristote lui-même. Mais dans le cas de Socrate, l’interprétation demande que l’on parte de ce qui pour lui faisait question, et non de l’utilisation qui a été faite ultérieurement de sa pensée. Or, pour Socrate, la question est de savoir de quelle manière une science peut être une science qui aurait pour objet la vertu et le bonheur. Les aspects scientifique et moral ne sont donc pas séparables, ni ontologiquement, ni chronologiquement.


Le critère

Le critère du savoir ou de l'observation par le savoir de l'observation est pour Socrate l’accord avec soi-même et avec les autres. c’est dans ce rapport de l’esprit à lui-même que réside la certitude de la connaissance-conscience. La science a pour objet le général. En conséquence, l’analyse morale porte sur ce qu’il y a de commun à des actions, et non sur l’action elle-même. Par exemple: par quoi une action juste est-elle dite juste ? Nous avons une notion du juste, puisque nous l’utilisons pour qualifier certaines actions particulières. Et ce sont des notions de ce type qui permettent l’accord des esprits par le dialogue au-delà des querelles sur les mots. La connaissance est certitude, ce ne sont pas des données. Savoir c'est être certain. Il n'y a pas de savoir sans connaissance, sans certitude. Pour obtenir une certitude, on doit être capable d'observer, de connaître. Moins l'individu a de certitude sur un sujet quelconque, moins on peut dire qu'il considère ce sujet sainement.


Tailler la pierre


On n'a pas assez considéré que Socrate a été le fils d'un tailleur de pierres et que lui-même s'est adonné à la sculpture. Pourtant cet univers éclaire singulièrement son mode de pensée. La recherche de la forme (notamment humaine) par les deux méthodes apparemment antinomiques mais qui se rejoignent à la "peau" de l'œuvre terminée : à savoir le modelage et la taille correspondent mot à mot (particulièrement pour la deuxième, pénible et lente) à la méthode socratique de recherche de la vérité. 

La méthode de la taille présuppose la recherche lente par élimination des scories, de la vérité sous-jacente et cachée du corps limité enfermé au sein d'un amas de possibles limités, cerné par une infinité d'erreurs possibles. Et il faut insister sur le fait que dans la taille, toute erreur (en trop) par l'enlèvement non réfléchi d'un éclat irréparable, détruit par un seul geste irréfléchi ou hasardeux la vérité de toute l'œuvre. 

Enfin le regard limité à l'enveloppe extérieure singulière présuppose la connaissance ordonnée du contenu caché mais nécessaire que l'on  sent être commun à tous les modèles.


Citations de Socrate

"Connais-toi toi-même."

"Dans tous les cas, mariez-vous. Si vous tombez sur une bonne épouse, vous serez heureux ; et si vous tombez sur une mauvaise, vous deviendrez philosophe, ce qui est excellent pour l'homme."

"Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde."

"Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien."

"Un trésor de belles maximes est préférable à un amas de richesses."

"Mieux vaut encore subir l'injure que la commettre."

"Que voulez-vous que je lui apprenne ? Il ne m'aime pas."

"Il n'y a point de travail honteux."

"Le bonheur c'est le plaisir sans remords."

"Si un âne te donne un coup de pied, ne lui rends pas."

"Le temps malgré tout a trouvé la solution malgré toi."

"On compte plus facilement ses moutons que ses amis."

"Un homme qui a faim n'examine pas la sauce."

"Ce qui fait l'homme, c'est sa grande faculté d'adaptation."

"Vous pouvez cacher aux autres une action répréhensible, mais jamais à vous-même."

"Nul n'est méchant volontairement."

"Le mal vient de ce que l'homme se trompe au sujet du bien."

"Une vie sans examen ne vaut pas la peine d'être vécue."

"Ceux qui désirent le moins de choses sont les plus près des dieux."

"Existe-t-il pour l'homme un bien plus précieux que la Santé ?"

"La première clé de la grandeur est d'être en réalité ce que nous semblons être."

"Nous ne nous approchons de la vérité que dans la mesure où nous nous éloignons de la vie."

"Les gens qu'on interroge, pourvu qu'on les interroge bien, trouvent d'eux-mêmes les bonnes réponses."

"La sagesse commence dans l'émerveillement."

  

jeudi 16 février 2012

Penser par soi-même

J'ai reçu un coup de fil d'un collègue à propos d'un étudiant. Il estimait qu'il devait lui donner un zéro à une question de physique, alors que l'étudiant réclamait un 20.
Le professeur et l'étudiant se mirent d'accord pour choisir un arbitre impartial et je fus choisi. Je lus la question de l'examen: "Montrez comment il est possible de déterminer la hauteur d'un building à l'aide d'un baromètre" 

 
L'étudiant avait répondu:

"On prend le baromètre en haut du building, on lui attache une corde, on le fait glisser jusqu'au sol, ensuite on le remonte et on calcule la longueur de la corde. La longueur de la corde donne la hauteur du building."

L'étudiant avait raison vu qu'il avait répondu juste et complètement à la question. D'un autre côté, je ne pouvais pas lui mettre ses points: dans ce cas, il aurait reçu son grade de physique alors qu'il ne m'avait pas montré de connaissances en physique. J'ai proposé de donner une autre chance à l'étudiant en lui donnant six minutes pour répondre de nouveau à la question avec l'avertissement que pour la réponse il devait utiliser ses connaissances en physique. 
Après cinq minutes, il n'avait encore rien écrit. Je lui ai demandé s'il voulait abandonner mais il répondit qu'il avait beaucoup de réponses pour ce problème et qu'il cherchait la meilleure d'entre elles. Je me suis excusé de l'avoir interrompu et lui ai demandé de continuer. Dans la minute qui suivit, il se hâta pour me répondre:

"On place le baromètre à la hauteur du toit. On le laisse tomber en calculant son temps de chute avec un chronomètre. Ensuite en utilisant la formule : x=gt²/2, on trouve la hauteur du building."

A ce moment, j'ai demandé à mon collègue s'il voulait abandonner. Il me répondit par l'affirmative et donna presque 20 à l'étudiant. En quittant son bureau, j'ai rappelé l'étudiant car il avait dit qu'il avait plusieurs solutions à ce problème.

"Hé bien, dit-il, il y a plusieurs façon de calculer la hauteur d'un building avec un baromètre. Par exemple, on le place dehors lorsqu'il y a du soleil. On calcule la hauteur du baromètre, la longueur de son ombre et la longueur de l'ombre du building. Ensuite, avec un simple calcul de proportion, on trouve la hauteur du building."

Bien, lui répondis-je, et les autres.

"Il y a une méthode assez basique que vous allez apprécier. On monte les étages avec un baromètre et en même temps on marque la longueur du baromètre sur le mur. En comptant le nombre de trait, on a la hauteur du building en longueur de baromètre. C'est une méthode très directe. Bien sûr, si vous voulez une méthode plus sophistiquée, vous pouvez prendre le baromètre à une corde, le faire balancer comme un pendule et déterminer la valeur de g au niveau de la rue et au niveau de toit. A partir de la différence de g la hauteur de building peut être calculée. De la même façon, on l'attache à une grande corde et en étant sur le toit, on le laisse descendre jusqu'à peu près le niveau de la rue. On le fait balancer comme un pendule et on calcule la hauteur du building à partir de la période de précession."
Finalement, il conclut :

"Il y a encore d'autres façons de résoudre ce problème. Probablement la meilleure est d'aller au sous-sol, frapper à la porte du concierge et lui dire:  J'ai pour vous un superbe baromètre si vous me dites quelle est la hauteur du building ..."

J'ai ensuite demandé à l'étudiant s'il connaissait la réponse que j'attendais. Il a admis que oui mais qu'il en avait marre du collège et des professeurs qui essayaient de lui apprendre comment il devait penser.

Pour l'anecdote, l'étudiant était Niels Bohr (Prix Nobel Physique en 1922) et l'arbitre se nommait Ernest Rutherford (Prix Nobel Chimie vers 1908).

jeudi 9 février 2012

Mircea Eliade (1907-1986)

Mircea Eliade (1907-1986)

Mircea Eliade (13 mars 1907 à Bucarest - 22 avril 1986 à Chicago) est un historien des religions, mythologue, philosophe et romancier roumain. Il parlait et écrivait couramment cinq langues (roumain, français, allemand, italien et anglais) et savait lire aussi l'hébreu, le persan et le sanskrit, mais la majeure partie de ses travaux universitaires a été écrite d'abord en roumain, puis en français et en anglais.

Mircea Eliade est considéré comme l'un des fondateurs de l'histoire moderne des religions. Savant studieux des mythes, Eliade élabora une vision comparée des religions, en trouvant des relations de proximité entre différentes cultures et moments historiques. Au centre de l'expérience religieuse de l’homme, Eliade situe la notion du "Sacré".

Sa formation comme historien et philosophe l'a amené à étudier les mythes, les rêves, les visions, le mysticisme et l'extase. En Inde, Eliade étudia le yoga et lut, directement en sanscrit, des textes classiques de l'hindouisme qui n'avaient pas été traduits dans des langues occidentales.

Auteur prolifique, il cherche à trouver une synthèse dans les thèmes qu'il aborde (excepté dans son Histoire des religions, qui reste purement analytique). De ses documents est souvent souligné le concept de "Hiérophanie", par lequel Eliade définit la manifestation du transcendant dans un objet ou dans un phénomène de notre cosmos habituel.

Vers la fin du vingtième siècle, quelques textes d'Eliade nourrissent la vision gnoséologique de mouvements religieux, apparus avec la contre-culture des années 1960.

Mircea Eliade a grandi dans une famille chrétienne orthodoxe. En 1921, à l'âge de 14 ans, il publie son premier article Comment j’ai découvert la pierre philosophale. Il s'intéresse très tôt à la philosophie, la philologie et l'étude des langues étrangères.

Il s'inscrit à la faculté de philosophie de l'université de Bucarest en 1925. C'est alors qu'il subit l'influence de Nicolae C. Ionescu qui était alors assistant professeur de logique et de mathématique et journaliste. L'engagement de ce confrère à l'extrême-droite fut critiqué et cette fréquentation a contribué à ternir la réputation d'Eliade.

Il consacre son mémoire de maîtrise à la Renaissance italienne et, en particulier, aux philosophes Marsile Ficin et Giordano Bruno. L'humanisme de la Renaissance est demeuré une influence majeure dans les travaux d'Eliade.

De récentes recherches sur l'engagement politique d'Eliade telles celles d'Alexandra Laignel-Lavastine et de Daniel Dubuisson ont mis au jour qu'Eliade était chef de file de la Jeune Génération roumaine dès 1927, que ses articles dans la revue Vremea et le quotidien Cuvintul ont contribué à donner une assise philosophique au "Mouvement Légionnaire" (Garde de fer) de Codreanu. On le voit alors ennemi des Lumières, des francs-maçons, des régimes démocratiques "d'importation étrangère", du bolchévisme, partisan de "l'insurrection ethnique" contre les minorités locales et "l'invasion juive".

En 1928, il fait la connaissance, à l'Université de Bucarest, d'Émile Cioran et Eugène Ionesco, prélude à une longue amitié qui se poursuit par la suite en France.

Après l'obtention d'une licence de philosophie en 1928, il part pour l'Inde à l'âge de vingt et un ans. Il séjourne durant trois ans à Calcutta (Bengale occidental, Inde) où il prépare son doctorat. Ce voyage est pour lui une véritable initiation qui marquera ses travaux ultérieurs. Il rentre en Roumanie en décembre 1931 et commence la rédaction de sa thèse sur le yoga qui deviendra Le Yoga, immortalité et liberté.

En 1933, il devient docteur en philosophie. De 1933 à 1940, il enseigne la philosophie indienne à l'Université de Bucarest.

Dans la revue Vremea ("Le Temps" en roumain) du 10 septembre 1936, publie des écrits anti-maçonniques. Il suggère un rapprochement entre la "mentalité" des francs-maçons et celle des communistes russes qu'il juge "monovalente" et "abstraite".

En mars 1940, lorsque les "Chemises vertes" arrivent au pouvoir sous la dictature militaire et antisémite de Ion Antonescu Eliade est nommé attaché culturel du régime auprès de la légation royale de Roumanie à Londres. Il remplit la même fonction de janvier 1941 jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale à l'ambassade du Portugal, à Lisbonne. Il rédige alors un livre à la gloire de "L'État chrétien et totalitaire" de Salazar.

A l'automne 1945, il s'installe à Paris et Georges Dumézil l'invite à la Ve section de l'École pratique des hautes études pour présenter les premiers chapitres de ce qui deviendra plus tard son Traité d'histoire des religions.

La même année, il rédige en roumain Les Prolégomènes à l'histoire des religions, qui paraîtront par la suite en français sous le titre de Traité d'histoire des religions (1949) avec une préface de Dumézil. En 1949, il se fait particulièrement connaître du public français avec la parution de son essai sur Le Mythe de l'éternel retour (Gallimard).

En 1956, il fait paraître son ouvrage le plus célèbre, Le Sacré et le Profane (Gallimard, 1956).
  

samedi 4 février 2012

La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix (1798-1863)

La Liberté guidant le peuple est un tableau d'Eugène Delacroix représentant les trois glorieuses, présenté au public au Salon de Paris de 1831. Il a été reproduit sur des timbres postaux français et, de 1978 à 1997, sur le billet de banque de cent franc français.

Il est également devenu un symbole de la France, de la démocratie et de la République.

La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix - Musée du Louvre

Delacroix ne fit jamais de politique, contrairement à la plupart des grands écrivains ou peintres du début dix-neuvième siècle, et le terme de révolutionnaire lui déplaisait fort, même et peut-être surtout dans le domaine de l’art. Mais il est, comme tous les esprits généreux, épris de liberté.

C’est pourquoi en 1830, après les Trois Glorieuses, il campa cet admirable symbole de la Liberté s’élevant sur la barricade, dans la fumée de la bataille qui se déroule devant Notre-Dame ; blanche et droite, elle brandit le drapeau tricolore, entraînant derrière elle tout le peuple de Paris, du bourgeois au gamin des rues. Le tableau, exposé au Salon de 1831, fut acheté par le roi Louis-Philippe.