jeudi 31 mai 2012

Je suis un Homme - Zazie (1964-)

Zazie - Album Totem (2007)
Je suis un homme de Cro-Magnon,
Je suis un singe ou un poisson
Sur la Terre en toute saison,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Je suis un seul puis des millions,
Je suis un homme au coeur de lion
A la guerre en toute saison,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Je suis un homme plein d'ambition,
Belle voiture et belle maison
Dans la chambre ou dans le salon,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Je fais l'amour et la révolution,
je fais le tour de la question
J'avance, avance à reculons,
Et je tourne en rond, je tourne en rond.

Tu vois, j'suis pas un homme,
Je suis le roi de l'illusion
Au fond, qu'on me pardonne,
Je suis le roi, le roi des cons.

Je fais le monde à ma façon, coulé dans l'or et le béton
Corps en cage, jeté en prison, moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Assis devant ma télévision, je suis de l'homme, la négation
Pur produit de consommation, oui, mon compte est bon
Mon compte est bon.

Tu vois, j' suis pas un homme, je suis le roi de l'illusion
Au fond, qu'on me pardonne, je suis le roi, le roi des cons.

C'est moi, le maître du feu, le maître du jeu, le maître du monde
Et vois ce que j'en ai fait, une Terre glacée, une Terre brûlée,
La Terre des hommes que les hommes abandonnent.

Je suis un homme au pied du mur, comme une erreur de la nature
Sur la Terre sans d'autres raisons, moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Je suis un homme et je mesure, toute l'horreur de ma nature
Pour ma peine, ma punition, moi je tourne en rond, je tourne en rond

Je suis un homme et je mesure, toute l'horreur de ma nature
Pour ma peine, ma punition, moi je tourne en rond, je tourne en rond
Moi je tourne en rond, je tourne en rond



video
Je suis un Homme (Album totem - 2007) - Zazie


Zazie, une artiste engagée

Zazie (1964-)

C'est en 1964 à Boulogne-Billancourt, que Isabelle Truchis de Varennes voit le jour, d'un papa architecte et d'une maman professeur de musique. Surnommée Zazie en référence au roman de Raymond Queneau "Zazie dans le métro", elle affirme rapidement son penchant pour le domaine artistique.

Elle commence des études de kinésithérapeute puis de langues étrangères (anglais, espagnol et japonais). Mais c'est dans le mannequinat que Zazie va travailler pendant quelques années, en défilant pour des grands noms de la haute couture (Yves St-Laurent, Lagerfeld, Kenzo...). Elle signe son contrat en 91 chez Phonogram.

Elle sort en 1992 son premier album Je, tu, ils, enregistré dans les studios de Peter Gabriel. A noter sa première collaboration avec Pascal Obispo sur le titre "Un, deux, trois, soleil". Elle écrit quasiment tous les textes et participe à la composition. Le single Sucré Salé est consacré l'année suivante meilleure révélation féminine aux Victoires de la Musique.

Le deuxième album Zen sort dans les bacs en 1995. Viennent ensuite les albums Made in love, Made in live, La zizanie, Zen - Made in Paris et Rodéo. Elle écrit aussi régulièrement pour ses amis chanteurs Johnny Hallyday, Isabelle Boulay, et Axel Bauer entre autres. En 2006 elle est nominée aux Victoires de la Musique dans la catégorie artiste interprète féminine de l'année. Elle répond toujours présente aux appels des associations humanitaires à l'instar des Enfoirés, Sol en Si. Elle a d'ailleurs composé le conte musical Sol en Cirque en 2005, avec l'aide de Vincent Baguian et de Jean-Marie Leau.

lundi 28 mai 2012

Fausses évidences sur la population mondiale - Gérard-François Dumont (1948-)

Démographie, que de poncifs on répand en ton nom...

"L’humanité connaît une natalité débridée". Non, car depuis plusieurs décennies les taux de natalité diminuent nettement et partout, sous l’effet de ce qu’il est convenu d’appeler la "transition démographique", période durant laquelle une population voit baisser une natalité et une mortalité auparavant très élevées.

"Il faut craindre une véritable explosion démographique". Qu’on se rassure: la bombe ne sautera pas. Le phénomène majeur du XXIème siècle ne sera pas la croissance rapide de la population, mais son
vieillissement.

"Nous allons vivre sur une Terre écrasée par la surpopulation". Non, à nouveau, car la concentration humaine sur de petits territoires, induite par l’urbanisation, entraîne le dépeuplement d’autres régions.

"Les vagues migratoires Sud-Nord vont nous submerger". C’est ignorer que les nouvelles logiques migratoires engendrent des mobilités dans tous les sens, dont de très importantes migrations Sud-Sud.


Densité de la population (Data from the G-Econ project, gecon.yale.edu/)

En somme, la "population mondiale" n’existe pas: elle est un agrégat sans signification, addition de réalités si différentes que l’évoquer revient à mélanger pommes et cerises. 

La Guinée et le Portugal ont pratiquement le même niveau de peuplement (respectivement 10,8 et 10,7 millions d’habitants). Faut-il en déduire que ces deux pays occupent une place semblable dans la démographie mondiale ? A leur sujet, tous les indicateurs divergent: le taux d’accroissement naturel de la Guinée, par exemple, est largement positif (+3%), celui du Portugal négatif (–0,1%).

Présenter les indicateurs démographiques de la population mondiale,c’est gommer les dynamiques propres: celles de pays à taux de natalité élevé et faible espérance de vie, comme le Niger et le Mali, ou celles de pays dont le taux de natalité est si faible qu’il ne compense pas le taux de mortalité, comme la Russie ou le Japon. Dans le cas nippon, la hausse sensible de la mortalité dans les années 2000 n’est pas due à des comportements mortifères ou à une détérioration du système sanitaire, mais exclusivement au vieillissement.

La situation est différente en Russie. Le monde est composé de populations diverses, aux indicateurs démographiques différents et aux modes de peuplement variés, comme le montrent les extraordinaires variations de la densité (de 1 141 habitants par km² au Bangladesh à 5,9 au Gabon). Là aussi: considérer l’agrégat moyen de cette variété, c’est se condamner à ne rien voir.

Le XXème siècle a été témoin d’une évolution sans précédent: le peuplement de la terre a quadruplé (de 1,6 milliard de personnes en 1900 à 6,1 milliards en 2000). Cette croissance résulta de l’addition de trois phénomènes. Dès la fin du XVIIIème siècle, certains pays de l’hémisphère Nord avaient commencé à connaître une baisse de la mortalité (infantile, infanto-adolescente et maternelle) qui, au XIXème puis au XXème siècle, s’est généralisée aux pays du Sud (en Inde, par exemple, à partir des années 1920). Les raisons: avancées médicales et pharmaceutiques, diffusion de comportements hygiéniques et progrès technique agricole ayant permis une alimentation plus régulière et plus variée. 

Durée de vie moyenne escomptée à l'age de 60 ans - France

En deux siècles, la part des nouveau-nés mourant avant l’âge de 1 an a baissé de 80 % en moyenne dans le monde, mais elle a été divisée par cinquante dans les pays les plus développés. La mortalité des jeunes enfants et des adolescents a diminué de manière encore plus forte, de même que celle des femmes en couches, avec pour résultat un changement dans la balance des sexes: le sexe dit "faible" est devenu démographiquement le plus fort.

Par ailleurs, les personnes âgées vivent plus longtemps, grâce à l’amélioration, depuis les années 1970, de la médecine et des infrastructures sanitaires. La mécanisation d’un certain nombre de tâches a en outre apporté de meilleures conditions de travail, contribuant à accroître l’espérance de vie, qui a presque doublé en un siècle (de 37 ans en 1900 à 69 ans en 2010).

La baisse sans précédent de la fécondité provoque une nette décélération démographique: le taux annuel moyen d’accroissement est passé du maximum historique de plus de 2% à la fin des années 1960 (nombre de pays se trouvaient alors au milieu de leur transition démographique) à 1,2% en 2010. En cinquante ans, la population mondiale a ainsi fortement augmenté: 2,5 milliards en 1950, 6,1 milliards en 2000. Selon la projection moyenne de l’Organisation des Nations unies (ONU), elle devrait s’élever à 9 milliards en 2050.

Faut-il pour autant parler de surnombre ? Si ces 9 milliards migraient en totalité aux États-Unis, laissant tout le reste de la Terre désert, la densité des États-Unis serait encore inférieure à celle de la région Ile-de-France...


Phénomène inédit, le vieillissement marquera le XXIème siècle

Il peut être mesuré soit par l’augmentation de la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus (5,2% en 1950, 7,6% en 2010 et 16,2% en 2050 selon les prévisions de l’ONU), soit par l’évolution de l’âge médian (24 ans en 1950, 29 ans en 2010 et environ 38 ans en 2050). Par le haut, l’accroissement de l’espérance de vie élargit le cercle du troisième âge. Par le bas, la baisse de la fécondité minore les effectifs des jeunes ; ses effets sont particulièrement importants dans les pays en phase d’hiver démographique, ceux dont la fécondité est depuis plusieurs décennies nettement en dessous du seuil de remplacement des générations (soit en moyenne 2,1 enfants par femme).

Dans le cas de ces pays, seule une relance considérable de la fécondité (et pas trop tardive, car le nombre de femmes en âge de procréer diminue sensiblement) ou des apports migratoires de populations jeunes et fécondes pourraient permettre d’atteindre le seuil de simple remplacement des générations.

Il faut aussi tenir compte de l’augmentation du nombre absolu de personnes âgées – ce que l’on appelle la "gérontocroissance": 130 millions en 1950, 417 millions en 2000, et ce nombre pourrait atteindre 1,486 milliard en 2050. Cette distinction entre vieillissement et gérontocroissance permet de saisir les évolutions très contrastées selon les pays. Dans certains, ces deux phénomènes n’évoluent pas de façon identique, sous l’effet, par exemple, d’un système migratoire apportant des populations jeunes et éloignant les populations âgées.

Pyramide des âges comparée entre le Monde et l'Union Européenne (2006)

L’urbanisation apparaît comme un autre phénomène majeur

En 2008, selon les chiffres des Nations unies (discutés dans leurs modalités, mais pas sur le fond), les habitants des villes ont pour la première fois dépassé en nombre les ruraux. C’est le grand paradoxe du XXIème siècle: jamais la population mondiale n’a été si nombreuse, et jamais elle ne s’est autant concentrée dans des espaces si petits: le monde se "métropolise" inexorablement sous l’effet d’une sorte de moteur à trois temps.

Le premier tient à la montée du secteur tertiaire dans les espaces urbains les plus peuplés, y attirant des actifs devenus disponibles du fait de l’accroissement de la productivité agricole. Le deuxième vient du souhait des ménages d’avoir une palette élargie de possibilités d’emploi, dans un contexte de diversité croissante des métiers, de mobilité professionnelle volontaire ou contrainte, ou de pauvreté dans le monde rural. Enfin, les métropoles sont les territoires qui répondent le mieux à la mise en place de l’"espace monde" en facilitant grandement les connexions. Elles disposent d’une attractivité liée à leur degré d’importance politique, lequel dépend de leur statut institutionnel (capitale régionale, nationale, sièges d’institutions publiques internationales). D’autant que les filiales étrangères des firmes multinationales se localisent principalement dans les grandes villes.

L’intensité de la concentration urbaine reste contrastée d’un pays à l’autre: en Inde, 29% des habitants vivent en ville, 33% en République démocratique du Congo, 73% en Allemagne et 79% aux États-Unis. Les facteurs en sont très variables. Le fort taux brésilien est principalement dû à l’héritage de la colonisation qui a fondé des villes chargées d’assurer le contrôle politique et économique du territoire et de centraliser l’exclusivité des échanges avec la métropole portugaise.

Le faible taux chinois doit beaucoup au régime communiste, qui a longtemps fixé les travailleurs ruraux ; dans ce contexte, Pékin, avec ses 12 millions d’habitants, est une capitale peu peuplée au regard de l’importance démographique du pays. Ailleurs, les conflits ont déraciné les populations rurales, accentuant le poids démographique de villes comme Bogotá, Amman, Calcutta ou Kinshasa. Les pays très centralisés, comme la France ou l’Iran, se sont dotés d’une armature urbaine macrocéphale, où la capitale politique est dominante dans toutes les fonctions: économiques, financières, universitaires et culturelles.

D’autres pays, comme l’Espagne ou la Bolivie, ont une urbanisation bicéphale, dominée par deux villes (Madrid et Barcelone, La Paz et Santa Cruz) ; l’Allemagne est pour sa part organisée en un réseau urbain plus équilibré reliant plusieurs villes harmonieusement hiérarchisées.

Agglomération de Tokyo

Transitions démographiques en cours dans différents pays du Sud, hiver démographique dans certains pays du Nord, vieillissement de la population, urbanisation sans précédent: voilà qui dessine un paysage démographique inédit. S’y ajoute la question des circulations migratoires: 214 millions de personnes résident de façon permanente dans un autre pays que celui où elles sont nées – un chiffre qui n’inclut ni les réfugiés ni les déplacés.

Contrairement aux idées reçues, les migrations sont régulières et permanentes. Et très majoritairement légales: sur-médiatisées, les migrations clandestines sont statistiquement négligeables. L’histoire et la géographie ont contribué à construire des couples migratoires de pays. Ils peuvent se fonder sur une proximité géographique – Burkina Faso et Côte d’Ivoire, Colombie et Venezuela, Mexique et États-Unis, Malaisie et Singapour, Italie et Suisse... – ou sur une histoire commune – Philippines et États-Unis, Algérie et France, Inde et Royaume-Uni, etc. – en raison des liens hérités de la colonisation et pérennisés, de jure ou de facto, après la décolonisation.

Comme pour le mouvement d’urbanisation, si des facteurs politiques (guerres, conflits civils, régimes liberticides) poussent à l’émigration, les facteurs économiques en sont le moteur principal. Au XIXème siècle, la pauvreté avait contraint de nombreux Espagnols, Suisses et Italiens à émigrer en Amérique latine. La démographie elle-même est un troisième facteur de migration: au XIXème siècle, la France, en raison de la baisse très précoce de sa fécondité, est devenue le seul pays européen d’immigration. Au XXIème siècle, la baisse de la population active dans différents pays développés pousse à faire appel aux immigrés, du fait du déficit de main-d’oeuvre, notamment dans certaines activités mal payées.

La polarisation entre pays d’émigration et pays d’immigration a cependant perdu de sa pertinence. Les migrations sont de plus en plus circulaires: le Maroc, par exemple, est un pays d’émigration vers l’Europe et l’Amérique du Nord, un pays de transit pour des ressortissants de l’Afrique subsaharienne rejoignant l’Europe, et un pays d’immigration pour des ressortissants de l’Afrique subsaharienne qui y ont arrêté – sans l’avoir nécessairement prévu – leur cheminement migratoire. De même, l’Espagne est un pays d’émigration, en particulier vers les pays du Nord ou l’Amérique latine, un pays de transit pour des Africains se rendant en France et un pays d’immigration à partir du Maroc, de la Roumanie ou de l’Amérique andine.

Au-delà de l’image cartographique que pourrait donner le solde migratoire (qui masque l’intensité des flux d’immigration et d’émigration) par pays, il apparaît aujourd’hui que la plupart des États assurent les trois fonctions à la fois.


Source: Article du  "Monde Diplomatique" n° 687, Juin 2011 écrit par Gérard-François Dumont.


Gérard-François Dumont (1948-)
Gérard-François Dumont est un géographe, économiste et démographe français né le 20 mai 1948 à La Souterraine.

Professeur à l’université Paris-IV, Paris-Sorbonne, il enseigne à l’Institut de géographie et d’aménagement. Il publie ou donne des conférences sur tous les aspects de la géographie humaine, en croisant le plus souvent ses travaux avec la géodémographie, installant notamment une discipline nouvelle qu’il appelle la "démographie politique", dont l’une des composantes est la géopolitique des populations. Il est aussi président de la revue Population & Avenir.

mercredi 23 mai 2012

Kindness Boomerang "One Day" - Life Vest Inside



video



dimanche 20 mai 2012

Jorge Semprún (1923 -2011)


Jorge Semprun (1923 - 2011)
 Jorge Semprún Maura, né le 10 décembre 1923 à Madrid (Espagne) et mort le 7 juin 2011 à Paris est un écrivain, scénariste et homme politique
espagnol dont l'essentiel de l'œuvre littéraire est rédigé en français.

Il est inhumé « dans le drapeau républicain espagnol » à Garentreville, en Seine-et-Marne.

Auteur engagé et politicien influent, cet ancien ministre de la culture espagnol et membre de l’Académie Goncourt, laisse derrière lui une œuvre littéraire considérable, profondément marquée par l'expérience des camps de concentration.

Jorge Semprún est issu d'une famille de la grande bourgeoisie espagnole. Sa mère, Susana Maura (décédée en 1932) est la fille de l'homme politique libéral des années 1880-1925, Antonio Maura, président du gouvernement espagnol, et la sœur de Miguel Maura. Son père, José María Semprún (1893-1966), avocat et professeur de droit, a occupé des fonctions de gouverneur civil de province (Tolède, Santander) ; quoique catholique pratiquant, il soutient la République et reste loyal au gouvernement de Front populaire en 1936.

Période de la guerre d'Espagne

Pendant le déclenchement de la Guerre d'Espagne, en juillet 1936, la famille se trouve en vacances à Lekeitio, près de Bilbao ; elle gagne Bayonne en bateau, séjourne d'abord à Lestelle-Betharram (Pyrénées-Atlantiques) dans la maison de Jean-Marie Soutou, un proche d'Esprit, revue dont José María Semprún était correspondant en Espagne ; puis dans la région de Genève, où il se voit offrir un poste diplomatique : du début de1937 à février 1939, il représente la République espagnole aux Pays-Bas. Jorge et ses six frères et sœurs passent donc deux ans dans ce pays; Jorge est scolarisé dans un lycée local et maîtrise, à cette époque, le néerlandais.

Exil en France

Après la fermeture de la légation républicaine à La Haye, la famille s'exile en France ; Jorge termine ses études secondaires au lycée Henri-IV, à Paris ; il participe à la manifestation patriotique du 11 novembre 1940 ; en 1941, il obtient le 2e prix de philosophie au Concours général et est reçu au baccalauréat, puis commence des études de philosophie à la Sorbonne.

Résistance

Il rejoint aussi la Résistance. Il entre en contact avec le réseau communiste des Francs-tireurs et partisans-Main-d'œuvre ouvrière immigrée (FTP-MOI) et entre au Parti communiste d'Espagne (PCE) en 1942. Mais il intègre, avec l'accord de la MOI, le réseau Jean-Marie Action, qui relève de l'organisation Buckmaster, c'est-à-dire la section France des services secrets britanniques (SOE). Ce réseau, dirigé par Henri Frager, opère en Bourgogne (réception de parachutages d'armes et répartition de ces armes dans les maquis de l'Yonne et de la Côte-d'Or).

Déportation

En septembre 1943, Jorge Semprún est arrêté par la Gestapo à Joigny et, après un séjour à la prison d'Auxerre, déporté au camp de concentration de Buchenwald. Après la période de quarantaine dans le Petit Camp, il est affecté par l'organisation communiste clandestine du camp à l'Arbeitsstatistik (l'administration du travail), sans toutefois entrer dans la catégorie des détenus privilégiés (Prominenten).

Dans cette organisation, il a pour supérieurs de futurs cadres des démocraties populaires: Josef Frank, Ladislav Holdos, Ernst Busse, Walter Bartel, Willi Seifert (kapo de l' Arbeitsstatistik). Pour le compte du PCE, dont le leader dans le camp est Jaime Nieto, il est chargé d'organiser des activités culturelles pour les déportés espagnols. Par ailleurs, il a l'occasion (pendant la demi-journée de repos du dimanche après-midi) de fréquenter le sociologue Maurice Halbwachs ainsi que le sinologue Henri Maspero, eux aussi détenus à Buchenwald, jusqu'à ce qu'ils y meurent.Peu avant l'arrivée des troupes américaines du général Patton, il participe au soulèvement des déportés. Le camp est libéré le 11 avril 1945; Jorge Semprún est évacué le 26 et est de retour à Paris à la fin du mois.

Œuvre

Longtemps, Jorge Semprun a cru pouvoir oublier, à travers l’écriture, le traumatisme des camps. Publié en 1995, L’écriture ou la vie récompensé la même année par le prix des droits de l’homme, témoigne de la difficulté d'écrire sur ce passé et d'oublier l'enfer des camps. "On peut toujours tout dire, en somme, écrit-il alors. L'ineffable dont on nous rebattra les oreilles n'est qu'alibi. Ou signe de paresse. On peut toujours tout dire, le langage contient tout. On peut dire l'amour le plus fou, la plus terrible cruauté. On peut nommer le mal, son goût de pavot, ses bonheurs délétères. On peut dire Dieu et ce n'est pas peu dire. On peut dire la rose et la rosée, l'espace d'un matin. On peut dire la tendresse, l'océan tutélaire de la bonté. On peut dire l'avenir, les poètes s'y aventurent les yeux fermés, la bouche fertile".


Le Grand Voyage est le roman autobiographique de Jorge Semprún qui contribua à faire connaître cet auteur espagnol dans le monde entier. Semprun raconte dans ce livre le voyage de cinq jours qu'il effectua, avec 119 autres détenus entassés dans un wagon de marchandise, jusqu'au camp de concentration de Buchenwald ; il aborde au long du récit plusieurs étapes de sa vie: la guerre civile espagnole et la Résistance, mais aussi la Libération et son retour en France.

Il s'agit du premier roman dans lequel Semprun parle de son expérience à Buchenwald, il en parlera aussi dans Quel beau dimanche! et L'écriture ou la vie.

L'œuvre romanesque de Jorge Semprún se répartit autour de quelques thèmes et des grands événements qui ont émaillé son existence. Beaucoup de ses ouvrages éminemment autobiographiques sont des témoignages, des réflexions sur la terrible expérience qu'il a vécue dans les locaux de la Gestapo à Paris, puis dans le camp de Buchenwald et sa difficile réadaptation : Le Grand Voyage, L'Évanouissement, Quel beau dimanche, Le mort qu'il faut, L'Écriture ou la vie et Vingt Ans et un jour.

D'autres retracent plutôt son parcours clandestin à l'époque du franquisme quand il était un membre éminent du Parti communiste espagnol: Autobiographie de Federico Sanchez et La Deuxième Mort de Ramon Mercader. Une autre catégorie importante concerne sa vie d'exilé en France et les années de l'après-franquisme : Adieu vive clarté..., Montand la vie continue, L'Algarabie, La Montagne blanche et Federico Sánchez vous salue bien.

Semprún affirme qu'après une tentative à la fin de 1945, il lui a été impossible d'écrire pendant une vingtaine d'années quoi que ce soit sur son expérience de déporté, afin de sauvegarder sa propre existence, mise en danger par l'écriture de l'indicible. En revanche, il a écrit sur d'autres sujets ; lui-même cite dans l'Autobiographie de Federico Sanchez quelques textes de ceux qu'il a écrit durant cette période. C'est le cas par exemple de Soledad, une pièce de théâtre d'orientation communiste, ainsi que de nombreux poèmes, relevant du culte de la personnalité. Il ne considère cependant pas ces productions comme pourvues d'un grand intérêt et ne les cite que comme reflets d'une période politique, celle du stalinisme triomphant. En tout état de cause, avant Le Grand Voyage, l'activité d'écriture littéraire occupe une place très limitée dans son existence.

Son dernier ouvrage en date, "Une tombe au creux des nuages. Essais sur l'Europe d'hier et d'aujourd' hui" (Flammarion), sorti en 2010, reprend un passage du poème 'Todesfuge', de Paul Celan adressé aux victimes des camps : "Vous aurez une tombe au creux des nuages, l'on n'y est pas à l'étroit."


Citations

La vie en soi, pour elle-même, n'est pas sacrée: il faudra bien s'habituer à cette terrible nudité métaphysique.

“Plus je me remémore, plus le vécu d'autrefois s'enrichit et se diversifie, comme si la mémoire ne s'épuisait pas.”

“On peut toujours tout dire, le langage contient tout.”

“Je suis emprisonné parce que je suis un homme libre, parce que je me suis vu dans la nécessité d'exercer ma liberté, que j'ai assumé cette liberté.“

“Sans doute la mort est-elle l’épuisement de tout désir, y compris celui de mourir.“

“Un rêve à l'intérieur d'un autre rêve, sans doute. Le rêve de la mort à l'intérieur du rêve de la vie. Ou plutôt : Le rêve de la mort, seule réalité d'une vie qui n'est elle-même qu'un rêve. Primo Levi formulait cette angoisse qui nous était commune avec une concision inégalable. Rien n'était vrai que le camp, voilà. Le reste, la famille, la nature en fleurs, le foyer, n'était que brève vacance, illusion des sens.“

"Une sorte de tristesse physique m'a envahi. J'ai sombré dans cette tristesse de mon corps. Ce désarroi charnel, qui me rendait inhabitable à moi-même."

"Je cherche la région cruciale de l'âme où le Mal absolu s'oppose à la fraternité."

"Le repos physique est secondaire, tout compte fait. La chose que je voudrais plus que tout, c'est le repos spirituel."    

"Outre la promenade, il n'y avait qu'un autre moyen de tromper l'angoisse gluante de la promiscuité perpétuelle : c'était la récitation poétique, à voix basse ou à haute voix."

"A quoi bon écrire des livres si on n'invente pas la vérité? Ou, encore mieux, la vraisemblance?"

"On a le droit de faire sursauter un lecteur, de le prendre à rebrousse-poil, de le provoquer à réfléchir ou à réagir au plus profond de lui-même: on peut aussi le laisser de glace, bien sûr, lui passer à côté, le manquer ou lui manquer. Mais il ne faut jamais le dérouter, on n'en a pas le droit : il ne faut jamais, en effet, qu'il ne sache plus où il en est, sur quelle route, même s'il ignore où cette route le conduit."

"Le bonheur de l'écriture, je commençais à le savoir, n'effaçait jamais ce malheur de la mémoire. Bien au contraire: il l'aiguisait, le creusait, le ravivait. Il le rendait insupportable."

"Ce n'était pas la vie au-dehors, ce n'était qu'une autre façon d'être dedans, d'être à l'intérieur de ce monde de l'oppression systématique, conséquente jusqu'au bout, dont le camp était l'expression."

"La vie n'est pas parfaite on le sait, elle peut-être un chemin de perfection."

"Le désintérêt, le désamour de soi, d'une certaine idée de soi-même, était le premier pas sur le chemin de l'abandon."

"J'échouais dans ma tentative de dire la mort pour la réduire au silence: si j'avais poursuivi, c'est la mort, vraisemblablement, qui m'aurait rendu muet."

"Il m'arrive de ne pas identifier ces images. Je reste alors au seuil de leur lisibilité, remué par une émotion indéfinissable : quelque chose de fort et de vraie demeure cachée, m'échappe et se dérobe. Quelque chose se défait, sitôt surgi, comme un désir inassouvi. Mais il arrive aussi qu'elles se précisent, qu'elles cessent d'être floues, de me flouer."

"'allonge son cadavre sur le plancher du wagon, et c'est comme si je déposai ma propre vie passée, tous les souvenirs qui me relient encore au monde d'autrefois."

"Une année à Buchenwald m'avait appris concrètement ce que Kant enseigne, que le Mal n'est pas l'inhumain, mais, bien au contraire, une expression radicale de l'humaine liberté."

"En 1945, quelques mois seulement après liquidation du camp nazi -[...]- Buchenwald avait été rouvert par les autorités d'occupation soviétiques. Sous le contrôle du K.G.B., Buchenwald était redevenu un camp de concentration."

"Mais ce qui pèse le plus dans ta vie, ce sont certains êtres que tu as connus. Les livres, la musique, c'est différent. Pour enrichissants qu'ils soient, ils ne sont jamais que des moyens d'accéder aux êtres."

"La vie en soi, pour elle-même, n'est pas sacrée : il faudra bien s'habituer à cette terrible nudité métaphysique."

"Une beauté évidente ne suscite pas la pensée, mais le bonheur: une sorte de béatitude."

"Je n'avais pas vraiment survécu. Je n'étais pas sûr d'être un vrai survivant. J'avais traversé la mort, elle avait été une expérience de ma vie."

"Nous ne sommes pas des rescapés, mais des revenants."

"Mais j'anticipe quelque peu: on aura déjà constaté cette habitude et on me l'aura déjà pardonnée. J'accepterais même qu'on la qualifiât de manie. Ou de tic. En revanche, si on parlait de cette procédure comme d'un truc rhétorique, je ne serais pas d'accord. Parce que cette façon d'écrire dans le va-et-vient temporel, entre anticipations et retours en arrière, m'est naturelle, dans la mesure même où elle reflète - ou révèle, qui sait? - la façon dont je m'inscris, corporellement, mentalement, dans la durée."

"Pour moi, ce salut [le poing levé] n'a jamais été un geste de triomphe, encore moins de menace. S'y expriment plutôt la fraternité des humiliés et des offensés, la solidarité des pauvres. Des vaincus, trop souvent. L'espoir peut s'y lire: le plus fou des espoirs, le plus désespéré."


mercredi 16 mai 2012

Le projet ELFE

Comment grandissent nos enfants ? Aucune étude à grand échelle n’était encore venue répondre à cette question en France. Pour la première fois, des chercheurs de tous horizons vont enfin suivre leur histoire, de leur naissance à leur 20ème année. Environnement familial, économique, social et culturel: tous les aspects de la vie de l’enfant seront explorés afin d’évaluer leur influence sur son développement physique et psychologique, sa santé et sa socialisation.

Dès avril 2011, les professionnels de santé de 344 maternités – tirées au sort dans toute la métropole – proposeront aux mères concernées de participer à cette enquête ambitieuse et inédite. Au total, 20 000 enfants, nés en 2011 et issus de tous les milieux sociaux, formeront le cœur de l’étude – la cohorte selon le terme utilisé par les démographes. Le coup d’envoi du projet Elfe, échelonné sur quatre périodes de l’année, est officiellement lancé le 1er avril 2011.



Elfe est la première étude longitudinale française consacrée au suivi de 20 000 enfants, de la naissance à l’âge adulte, qui aborde les multiples aspects de la vie de l’enfant sous l’angle des sciences sociales, de la santé et de la santé-environnement. Lancée auprès de 500 familles pilotes en 2007, elle est généralisée en France métropolitaine en 2011. Soutenue par les ministères en charge de la Recherche, de la Santé, et de l'Écologie, ainsi que par un ensemble d’organismes de recherche et d’autres institutions, l’étude Elfe mobilise plus de 60 équipes de recherche, soit 400 chercheurs, avec plus de 90 sujets spécifiques.Les premiers résultats devraient être publiés en 2013.

Objectifs de l’étude

L’observation d’enfants nés à la même période, sur une durée de vingt ans, représente une occasion unique de comprendre ce qui perturbe ou au contraire favorise leur développement. Elle permettra d’analyser de quelle façon ils trouvent leur place dans la société. Leur santé, leur scolarité, leur alimentation, leur lieu d’habitation, mais aussi leur vie familiale et sociale ainsi que leur lieu d’habitation seront analysés par les quelque 400 chercheurs participant à l’étude. Le croisement de ces multiples informations permettra de répondre aux nombreuses questions que se posent parents et scientifiques sur la manière dont chaque enfant évolue, et ainsi d’améliorer sa santé comme son bien-être.

Exemples de recherches

Grâce à l’étude Elfe, il sera désormais possible de connaître précisément les conséquences d’une naissance prématurée ou l’incidence d’infections contractées par la mère pendant sa grossesse sur la santé future de son bébé. Les chercheurs recueilleront également d’importantes informations sur l’impact d’une exposition à divers polluants comme le plomb, les pesticides ou les phtalates – présents dans de nombreux produits de consommation en plastique et dans les cosmétiques.

Nombre de substances polluantes sont suspectées d’être responsables des allergies, de plus en plus nombreuses, qui affectent la santé de l’enfant. Mais d’autres causes existent : les scientifiques s’interrogent aussi sur le lien entre l’introduction précoce de certains aliments et le risque d’allergies alimentaires. Une question à laquelle l’étude de l’alimentation du nourrisson devrait apporter de précieux éléments de réponses.

Les allergies ne sont pas les seules affections en augmentation : l’asthme et l’obésité s’avèrent aujourd’hui les deux maladies chroniques les plus répandues chez les jeunes. Pourquoi ? C’est ce que l’examen minutieux des interactions entre génétique et environnement cherchera à expliquer.

Tous ces thèmes, et bien d’autres encore figurent au cœur de l’enquête Elfe. Mais il ne s’agit pas seulement d’enrichir les connaissances des chercheurs. L’objectif est de tirer de cette étude des recommandations très concrètes à destination des pouvoirs publics. Les propositions formulées participeront ainsi à la mise en place de politiques familiales et de santé adaptées aux besoins réels des enfants.




Origines du projet

Aucune étude d’envergure portant sur le développement et la socialisation des enfants depuis leur naissance n’avait jamais été lancée en France. Les enfants se montrent pourtant particulièrement sensibles au moindre changement survenant dans leur environnement. Certains de leurs organes ne sont pas encore matures, leur croissance est rapide, leur système immunitaire n’a pas achevé sa formation. Moins à même de se défendre qu’un adulte, l’enfant peut donc garder les traces de certains épisodes passés (un manque d’apports nutritionnels, l’absorption de substances contenues dans un jouet…) et développer, des années plus tard, certaines affections. D’un point de vue social et culturel, l’enfance et l’adolescence constituent également des périodes clés pour tout individu. Selon le sexe de l’enfant, son rang dans la fratrie, la composition de la famille, le milieu social dans lequel il vit, ses conditions matérielles d’existence, il connaît dès les premiers mois et les premières années des expériences différentes de la vie sociale. Il se forge des manières particulières de réagir à son environnement et se montre plus ou moins disponible pour les apprentissages. Son comportement en société se précise. Sa capacité à entrer en relation avec l’autre et à tisser des liens dépend grandement de ses toutes premières expériences affectives et sociales – avec ses parents, à la crèche, à l’école…

Alors que, dans de nombreux pays étrangers, les chercheurs organisent dès les années 50 les premiers suivis longitudinaux – c’est-à-dire dans le temps – de différentes populations, la France accuse dans ce domaine un réel retard. A une époque où l’environnement se modifie à grande vitesse, créant de nouvelles conditions de vie, causant de profondes transformations au sein de la société, il devient essentiel de lancer une vaste étude
sur la jeunesse française.



La naissance d’Elfe

Deux projets voient ainsi le jour. Le premier se développe au sein de l’unité mixte Ined-Inserm, à l’initiative du démographe Henri Leridon. Maintenant directeur de recherche émérite à l’Ined (Institut national d’études démographiques), cet ancien professeur associé au Collège de France entend proposer une approche pluridisciplinaire, permettant d’analyser divers aspects de la vie de l’enfant. Parallèlement, l’InVS (Institut de veille sanitaire) se voit chargé de mener une étude sur l’environnement et la santé de l’enfant dans le cadre du Plan national santé environnement élaboré en 2004 sous l’autorité des ministres de la Recherche, de la Santé, de l’Ecologie et du Travail. Destinée à faire le point sur les conséquences sanitaires de l’exposition des enfants à certaines pollutions, cette enquête est confiée à Georges Salines, responsable du département Santé-environnement, puis coordonnée par Stéphanie Vandentorren.

Deux projets pour un même objectif: aider les enfants d’aujourd’hui à grandir le mieux possible. Leur rapprochement paraît non seulement naturel mais également profitable aux différentes équipes. En juin 2005, ils fusionnent pour donner naissance à Elfe. Une même étude couvrira ainsi les champs de la santé, de l’environnement et des sciences sociales. Pour la mener à bien, le chiffre de 20 000 enfants – soit 1/40e des naissances françaises en 2011 – est arrêté.

Neuf partenaires participent aujourd’hui à l’enquête Elfe. Un Groupe d'intérêt scientifique les rassemble dès 2006, sous la houlette du professeur Leridon. Répondant à l’appel du GIS, plus de cinquante équipes de recherche appartenant aux universités, aux établissements publics de recherche et aux agences de santé rejoignent le projet. Quatre ans plus tard, une unité mixte Ined-Inserm-EFS remplace la structure du GIS et Marie-Aline Charles, médecin épidémiologiste et directrice de recherche à l’Inserm, prend la direction du projet. Henri Leridon est désormais conseiller scientifique, chargé des relations internationales sur le projet.

Elfe a reçu le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé et du ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement.


Enquêtes pilotes

Une enquête d’une telle ampleur nécessite, comme tout projet ambitieux, une longue préparation. En guise de répétitions, l’équipe Elfe a décidé de lancer en 2007 deux études tests dans les maternités de douze départements. Plus de 500 familles ont accepté d’y prendre part. Depuis, de rendez-vous en questionnaires, le développement de leur enfant fait l’objet d’un suivi attentif. Grâce à chacune d’elles, l’organisation de l’étude Elfe n’a cessé de s’affiner pour assurer à tous les participants la parfaite réalisation du projet, de la prise de contact avec les parents à l’utilisation des informations recueillies.


Les critères de "sélection" des volontaires sont très simples : c’est en réalité la date et le lieu de naissance de l'enfant qui détermineront la possibilité pour lui de faire partie des 20 000 bébés Elfe. Dans chacune des 344 maternités sélectionnées, les sages-femmes s’intéresseront en effet aux nourrissons nés durant quatre périodes très précises. Quatre saisons, qui se succèderont du 1er avril au 4 avril, du 27 juin au 4 juillet, du 27 septembre au 4 octobre et enfin du 12 au 20 décembre.

Afin de mener l’entreprise avec autant de sécurité que d’efficacité, certaines situations particulières s’avèrent toutefois incompatibles avec l’étude. Les enfants nés avant 33 semaines d’aménorrhée – soit le début du huitième mois de grossesse – ne seront pas ainsi retenus dans la cohorte. De la même façon, en cas de naissances multiples de plus de deux enfants, de parents mineurs ou n’étant pas en mesure de donner un consentement éclairé, les familles ne seront pas sollicitées.



Organisation

L’étude Elfe est organisée par l’unité mixte Ined-Inserm-EFS "Elfe", née d’une convention de création établie entre deux grands établissements de recherche et l’Etablissement Français du Sang (EFS). La gouvernance générale du projet est assurée par un Comité de pilotage formé de représentants des différentes institutions partenaires. Les aspects scientifiques sont suivis par le Conseil scientifique composé de personnalités indépendantes, françaises et étrangères. Un groupe éthique associant notamment philosophes et juristes est chargé des questions éthiques.

Le Groupe de projet scientifique inclut les membres de l’unité Elfe, une quinzaine de chercheurs responsables de thématiques spécifiques ainsi que des groupes spécialisés ad hoc (méthodologie de la collecte, pratiques pédiatriques, informatique et sécurité des données, communication et coordination inter-instituts, etc).

A l’heure actuelle, plus de soixante équipes de recherche collaborent à l’étude Elfe. Membres d’universités, d’établissements publics de recherche et d’agences de santé, ils ont présenté plus de quatre-vingt dix propositions de recherche, toutes disciplines confondues.

Au total, la participation à l’étude a été proposée à 344 maternités tirées au sort et représentatives des 540 maternités qui sont actuellement en service dans l’hexagone. Les relations avec les maternités et professionnels de santé sont assurées par une équipe de 29 référents régionaux, qui encadrent près de 800 enquêtrices en maternité.

Les référents régionaux

ALSACE : Carole Ramousset
AQUITAINE : Marielle Boisguérin
AUVERGNE : Caroline Da Costa Correia
BASSE-NORMANDIE : Guillaume Grandazzi
BOURGOGNE : Ombeline Desplanches
BRETAGNE : Brigitte Le Lin
CENTRE : Marie-Paule Dabezies
CHAMPAGNE-ARDENNE : Sophie Millot
CORSE : Marie-Geneviève Pontus
FRANCHE-COMTÉ : Christian Balamou
HAUTE-NORMANDIE : Christiane Barbier
ILE-DE-FRANCE : Habiba Zaid  (75), Christine Keiser (77), Isabelle Le Creff (78),  Sophie Quinchard (92), Christine Piemont (94) et Mahfoud Grane (93  et 95)
LANGUEDOC-ROUSSILLON : Anne Menuet-Riou
LIMOUSIN : Claire Bahans
LORRAINE : Nicole Wirth
MIDI-PYRENÉES : Annie Caubisens
NORD-PAS-DE-CALAIS : Emmanuelle Joyez
PACA : Delphine Métayer et Anne Vandeborre
PAYS-DE-LA-LOIRE : Sylvie Saddier
PICARDIE : Béatrice Baby-Lafon
POITOU-CHARENTES : Isabelle Pichon
RHÔNE-ALPES : Odile Bernard (73 et 74), Isabelle Trogneux (26  et 38)  et Monique Jordikian (42,  69,  1,  7 et  26)

L’Équipe projet  Elfe 

L’unité mixte Ined-Inserm-EFS  Elfe

Marie-Aline Charles, médecin épidémiologiste à l’Inserm, dirige l’unité mixte Ined-Inserm-EFS « Elfe », assistée de deux directeurs adjoints, Patricia Dargent-Molina, épidémiologiste à l’Inserm, et Bertrand Geay, Professeur en Sciences de l’éducation à l’Université d’Amiens. Plus d’une vingtaine de personnes travaille actuellement au sein de l’unité Elfe qui comprend un conseiller scientifique chargé des relations internationales, un secrétaire général, un responsable des partenariats institutionnels et associatifs, quatre coordinateurs sectoriels en santé, santé-environnement et sciences sociales, deux coordinateurs nationaux pour la collecte en maternité et une assistante pour la collecte biologique, un pôle communication, un pôle systèmes d’information, deux gestionnaires de la base de données, une archiviste-documentaliste, un logisticien, deux secrétaires et un gestionnaire.

Les membres permanents de l’unité Elfe

Directrice : Marie-Aline Charles (Inserm)
Directeurs adjoints : Patricia Dargent-Molina (Inserm) et Bertrand Geay (Université de Picardie)
Conseiller scientifique, chargé des relations internationales : Henri Leridon (Ined)
Secrétaire général : Catherine Guevel (Ined)
Responsable des partenariats institutionnels et associatifs : Xavier Thierry (Ined)
Coordinateurs sectoriels : Jean-Louis Lanoë (Inserm) pour les sciences sociales ; Corinne Bois (Ined/PMI) et Marie-Noëlle Dufourg (Inserm) pour la santé ; IIias Kavouras pour l’axe environnement et santé
Pôle collecte en maternité : Patrick de Colomby, Cécile Zaros, Louise N’Diaye, Patricia Thauvin et Gabrielle Bouchet (Ined)
Pôle communication : Nathalia Baltzinger, Laure Gravier et Isabelle Milan (Ined)
Pôle système d'information : Ando Rakotonirina, Sophie de Visme, Rainer Kugel, Marie Cheminat, Karine Lautrédoux, Rui Borges-Paninho, Sarah

Cadorel et Guillaume Bringé (Ined)
Pôle administration-gestion : Meryem Zoubiri, Esther Nzali, Marc Girard (Ined)

Les groupes thématiques

A ce jour, il existe une vingtaine de groupes thématiques réfléchissant sur des questions de recherche distinctes mais toujours en interaction avec les autres groupes.
Dans le domaine social :

Socialisation-éducation : Marion Selz (Cnrs)
École : Agnès Florin (Université de Nantes)
Économie-précarité : Gaël De Perretti (Insee)
Démographie-famille : Didier Breton (Université de Strasbourg)
Dans le domaine de la santé :

Alimentation-nutrition-métabolisme : Christine Tichit (Inra) et Ahluwalia Naman (Inserm)
Activité physique : Patricia Dargent (Inserm)
Développement psychomoteur : Catherine Arnaud (Inserm)
Croissance physique et puberté : Barbara Heude (Inserm)
Maladies respiratoires, asthme et allergies : Chantal Raherison (CHU Bordeaux)
Santé mentale : Maria Melchior (Inserm) et Sylvana Côte (Inserm)
Recours aux soins et santé bucco-dentaire : Corinne Bois (PMI Haut-de-Seine)
Périnatalité : Blondel Béatrice (Inserm)
Cancers : Jacqueline Clavel (Inserm)
Maladies infectieuses : Véronique Goulet (Invs)
Accidents et traumatismes : Bertrand Thélot (InVS) et Cécile Ricard (InVS)
Dans le domaine des relations santé-environnement :

Expositions physiques : Blandine Vacquier (InVS)
Expositions aux polluants de l’environnement : Stéphanie Vandentorren (InVS), Céline Boudet (Ineris) et Christophe Declercq (InVS)



Les partenaires

Plusieurs organismes de recherche et institutions gouvernementales se sont associés à l’étude Elfe. Ils sont désormais au nombre de neuf.

L’Ined (Institut national d’études démographiques) étudie les populations de la France et des pays étrangers sous tous leurs aspects (démographiques, historiques, sociologiques, économiques…). Il est le plus important institut de recherche démographique au monde.
  
L’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) est le seul organisme public de recherche français entièrement dédié à la santé humaine. Il assure la coordination stratégique, scientifique et opérationnelle de la recherche biomédicale.
 
L’EFS (Etablissement Français du Sang) est l’opérateur civil unique de la transfusion sanguine (don de sang, don de plasma et don de plaquettes) en France. Il est le garant de la sécurité de la chaîne trans-fusionnelle, du
donneur au receveur.


L’InVS (Institut de veille sanitaire) est chargé de la surveillance de l’état de santé de la population. Il étudie les causes et l’évolution des risques sanitaires, alerte le ministère de la Santé en cas de menace et contribue à gérer les crises sanitaires.

L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) constitue une direction générale du ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie. Il produit, analyse et diffuse des informations (notamment statistiques) sur l’économie et la société françaises.
 
La DGPR (Direction générale de la prévention des risques). Au sein du ministère de l’Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, la DGPR met en œuvre les politiques de précaution, de prévention et de protection en matière de risques – qu’ils soient chroniques, accidentels, technologiques ou naturels.
  
La Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) dépend des ministères en charge de la santé et des affaires sociales. Elle livre informations et analyses sur les populations et les politiques sanitaires et sociales. Ces renseignements sont destinés aux décideurs publics, aux citoyens et aux responsables économiques et sociaux.
 
La DGS (Direction générale de la santé). Instance du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé, la DGS détermine les politiques de santé et les stratégies d’intervention.
   
La Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales) est une composante de la Sécurité sociale. Acteur majeur de la solidarité nationale, la Cnaf verse des allocations d’aide aux familles et aux personnes en situation de précarité.


Trois orientations majeures

Trois orientations majeures ont été définies dans le cadre de l’étude Elfe. Les différents projets de recherche retenus par l’équipe ont donc été répartis, selon leur thématique, entre ces trois axes.



Sciences sociales

L’analyse longitudinale permettra de suivre l’histoire des enfants en prenant en considération celle de leurs parents, et donc de repérer les changements de structure familiale. Au-delà d’une description relativement fine des différentes situations familiales, on s’intéressera à leur impact sur la vie et le développement des enfants, directement concernés par ces changements. On s’intéressera aussi aux univers qui participent à la socialisation de l’enfant : entourage familial, institutions (crèches, écoles,associations culturelles et sportives, etc.), relations extra-familiales. L’étude Elfe prendra en compte les interactions entre l’enfant et son entourage afin de mieux saisir et comprendre les éléments se rattachant à son insertion sociale, ce qui conduira à une analyse fine des inégalités et différenciations sociales.

Pour ce qui est de l’éducation, on suivra les parcours scolaires afin d’avoir une connaissance précise des problèmes rencontrés par les enfants à différentes étapes de leur vie, notamment lorsqu’apparaissent des difficultés dans l’apprentissage, la réussite et l’orientation scolaires. Enfin, le recueil biographique relatif aux parents de l’enfant permettra d’avoir un aperçu de leurs trajectoires scolaires et professionnelles et de situer les phases de rupture ou de changement dans les conditions de vie de la famille.

Test de réaction aux pollens
 Santé

Poids et taille sont des indicateurs essentiels en matière de croissance. Dans la cohorte, ils seront documentés à travers les données du carnet de santé et, pour un sous-échantillon, de nombreuses mesures anthropométriques seront prises au domicile de l’enfant par un professionnel de santé.

On s’intéressera par ailleurs aux pratiques alimentaires dans la mesure où l’alimentation joue un rôle très important dans le développement et la santé de l’enfant. Elles seront étudiées du point de vue de l’impact des apports nutritionnels et de la socialisation alimentaire. L’approche de cohorte offre aussi la possibilité d’étudier les trajectoires et les facteurs de risque des troubles du développement, ainsi que les processus de protection et de réparation. Le développement moteur, cognitif, langagier, social et affectif de l’enfant sera analysé, notamment en fonction de facteurs sociodémographiques et médicaux (prématurité, maladies chroniques, etc.).

Afin de mieux comprendre les inégalités sociales de santé qui peuvent exister dès les premières années de la vie des enfants, nous étudierons les différences de recours aux soins, l’exposition, éventuellement cumulée, à des conditions environnementales ou de mode de vie défavorables, et nous complèterons cette approche individuelle avec une approche par territoires. L’asthme et l’obésité sont les maladies chroniques les plus répandues chez les enfants. Leurs étiologies sont multifactorielles. Elfe permettra d’étudier les interactions complexes entre des facteurs génétiques et des facteurs environnementaux.

Santé-environnement

Les enfants sont susceptibles d’être exposés par inhalation, ingestion, contact cutané, etc., à différents composants chimiques, tant in utero qu’après leur naissance. Elfe permettra de mesurer la contamination individuelle des enfants à différents produits et d’observer la survenue éventuelle de troubles, notamment neurotoxiques et endocriniens.

L’estimation de l’exposition reposera sur des prélèvements biologiques non invasifs au moment de la naissance chez la mère et le nouveau-né, puis chez l’enfant à d’autres périodes clés de son développement. Les enfants sont également exposés aux rayonnements naturels comme les UV, et aux rayonnements ionisants dans le cadre d’examens médicaux.

L’étude Elfe offrira la possibilité d’évaluer ces expositions et d’observer la survenue des pathologies associées. Par ailleurs, le suivi des enfants depuis la naissance permettra d’évaluer leur exposition aux polluants que l’on peut trouver dans l’eau et l’air, et d’observer la survenue de diverses pathologies comme les maladies respiratoires.



Zoom sur les thématiques

1. Sciences sociales

Démographie-famille

Les chercheurs travaillant sur cette thématique observent l’évolution des structures familiales (séparation, remariage, deuil, résidence alternée…) et leurs effets sur l’enfant. Mais ils explorent aussi les liens intergénérationnels : la place des grands-parents dans l’éducation ou encore la transmission des valeurs et des pratiques culturelles s’avèrent de première importance pour l’étude.

Socialisation-éducation

Quels ingrédients participent à la socialisation de l'individu ? Quel rôle jouent les parents, les institutions, les fréquentations de l’enfant dans ce processus ? Elfe cherche à répondre à ce type de questions par l’analyse des modes de vie de l’enfant, de son accès à la culture, aux loisirs et aux médias… L’éducation (à l’école mais aussi au sein de la famille) est également au centre des recherches, dans l’objectif affiché de repérer les facteurs d’inégalités. L’étude s’intéresse ainsi aux épisodes clés de la vie de l’enfant durant son parcours scolaire : difficultés dans l’apprentissage, réussite, orientation scolaire. Parallèlement, l’analyse des trajectoires scolaires et professionnelles de ses parents aidera à situer les phases de changement dans les conditions de vie de la famille.

Économie-précarité

Les trajectoires professionnelles des parents peuvent subir de profonds changements, s'accompagner de périodes d’inactivité ou de mobilité résidentielle, qui peuvent être difficilement vécues par l'enfant. L’étude vise à comprendre comment ces bouleversements se répercutent sur son développement.


2. Santé

Les trajectoires professionnelles des parents peuvent subir de profonds changements, s'accompagner de périodes d’inactivité ou de mobilité résidentielle, qui peuvent être difficilement vécues par l'enfant. L’étude vise à comprendre comment ces bouleversements se répercutent sur son développement.

Alimentation-nutrition

L’alimentation du nourrisson joue un rôle très important dans son développement et sa santé future. Pour mieux le comprendre, il est nécessaire de se pencher sur l’impact des apports nutritionnels et du processus de "socialisation alimentaire", par lequel l’enfant tend à s’adapter aux modes alimentaires du groupe socioculturel dont il est issu. La première année d’observation est notamment centrée sur l’alimentation périnatale (de la fin de la grossesse aux premiers jours du bébé), l’allaitement, le sevrage et les modes de diversification alimentaire. Une attention particulière sera portée, tout au long de l’étude Elfe, au lien entre alimentation, hygiène de vie et évolution pondérale, afin de prévenir les risques d’obésité.

Périnatalité

La bonne santé du jeune enfant est largement conditionnée par le déroulement de la grossesse et les circonstances de l’accouchement. L’équipe en charge de la périnatalité examine le poids de naissance de l’enfant, son éventuelle prématurité et son état de santé – sans oublier de prendre en compte les différents facteurs de risque, comme l’état de santé et les conditions de vie de la mère, le recours aux soins ou l’environnement.

Développement psychomoteur

Il s’agit ici de mieux connaitre les facteurs de risque des troubles neurologiques et psychiques du développement (troubles de la fonction visuelle, du langage, du sommeil…). Dans cette optique, les chercheurs étudient le développement moteur, cognitif, social et affectif de l’enfant ainsi que l’évolution de son langage. Leur objectif est de vérifier l’hypothèse qu’un bouleversement dans l’environnement de l’enfant (une
séparation, un accident…) peut affecter son développement psychomoteur.

Accidents et traumatismes

Les accidents de la vie courante constituent la première cause de mortalité chez l'enfant. Ils sont fréquemment causés par l'utilisation d'un produit, une chute au domicile (dans un escalier ou une baignoire par exemple) et certains événements particuliers (déménagement, nouvelle naissance, conflit familial...). Les travaux sur ce thème permettent d’estimer l’incidence de tels traumatismes et d’analyser le devenir des jeunes qui en sont victimes.

Asthme, maladies respiratoires et allergies

Depuis plusieurs décennies, l’asthme et les allergies se multiplient dans les pays industrialisés. À travers l’étude longitudinale, l’exposition des enfants à des substances allergènes (par inhalation, par ingestion ou encore par contact avec la peau) et le développement de pathologies respiratoires sont examinées de près. Les résultats obtenus permettront d’expliquer pourquoi, dans la petite enfance, certains facteurs conditionnent l’apparition d’une maladie respiratoire à l’adolescence.

Recours aux soins

Elfe enquête sur le recours aux soins dès que l’enfant et sa mère quittent la maternité. Au cœur de ses recherches : le repérage des inégalités et des différences sociales dans l’accès aux soins. Les spécialistes de cette thématique mettent en relation les pathologies rencontrées, la qualité de vie de l’enfant, les événements vécus et certaines données socio-démographiques (âge, profession, habitat, niveau d’éducation…).

Maladies infectieuses

Un certain nombre d'infections contractées par la femme durant sa grossesse se transmettent au fœtus et peuvent avoir des répercussions plus ou moins importantes sur la santé de son bébé. Ce type de maladies affecte par exemple le développement psychomoteur ou neurosensoriel de l’enfant, comme dans le cas de la toxoplasmose.

Activité physique

L’activité physique représente un élément clé dans la santé de l’enfant et un important facteur de développement. Or les activités et les loisirs se sont considérablement transformés ces dernières années. Elfe se propose de déterminer l’impact de ces modifications sur la santé des jeunes, en particulier sur le développement du surpoids et de l’obésité.


3. Santé-environnement

Les enfants sont susceptibles d’être exposés à des composants chimiques, tant pendant la grossesse qu’après leur naissance. Elfe vise à mesurer la contamination individuelle des enfants à différents produits et polluants, traquant l’apparition éventuelle de troubles, notamment neurotoxiques et endocriniens. Les chercheurs s’interrogent également sur les pathologies consécutives à une exposition aux rayonnements naturels, comme les UV, ou aux rayonnements ionisants reçus dans le cadre d’examens médicaux.

Exposition aux polluants de l’environnement

Les enfants sont au contact de l’air et de l’eau de façon permanente. Lorsque ces milieux sont pollués par la présence de composés toxiques, la santé de l’individu s’en trouve affectée. Les poumons d’un enfant étant en plein développement, les dommages causés par une exposition prolongée à des polluants atmosphériques peuvent nuire à ce développement et entraîner des maladies pulmonaires chroniques. Elfe offre la possibilité de connaître plus précisément l’exposition domestique des enfants à certaines substances polluantes, mais aussi de mieux appréhender l’apparition de pathologies, comme les troubles neurotoxiques et les perturbations endocriniennes.

Expositions physiques

Dotés d’une peau plus fine, familiers des jeux en plein air, les enfants se trouvent plus exposés que les adultes aux rayonnements. Ils y sont également plus sensibles. D’où l’importance des travaux des chercheurs sur l’incidence d’une exposition à différents types de rayonnement – UV, exposition médicale aux rayonnements ionisants ou exposition au radon (gaz radioactif qui peut s’accumuler dans une atmosphère confinée) – une maison ou une école par exemple.

D’autres thématiques encore sont au programme : l’école, la croissance physique et la puberté, la pédiatrie, les cancers, la santé mentale…

Et ailleurs…

Plusieurs études de suivi d’enfants depuis la naissance – que les chercheurs appellent cohortes de naissance - existent à l’étranger. La Grande-Bretagne a été précurseur en la matière, avec la mise en place d’une première cohorte représentative au niveau national en 1946 (The 1946 National Birth Cohort), puis d’autres cohortes en 1958 (National Child Development Study), en 1970 (British Cohort Study) et en 2000 (Millenium Cohort).

Les résultats de ces études permettent de mieux comprendre l’impact de l’environnement précoce sur la santé et les causes des inégalités dans le domaine social et de la santé. Les chercheurs ont ainsi montré que les enfants dont les parents sont dans une situation économique et sociale fragile ont moins de chance d'atteindre le même niveau de compétences et de connaissances que les enfants issus de milieux socio-économiques favorisés, l’écart se creusant au fil des ans. En outre, les enfants dont les scores aux tests de développement sont faibles à 2 ans, mais qui appartiennent à des milieux favorisés, parviennent à rattraper leur retard, tandis que les enfants issus de milieux défavorisés ayant obtenu des scores élevés au même âge perdent cet avantage au fil des années. Côté santé, on a pu montrer que les adultes dont la mère avait fumé pendant toute la grossesse avaient une fréquence accrue de surpoids et de risques cardiovasculaires, et ce de façon croissante avec le nombre de cigarettes fumées.

Des cohortes ont aussi été constituées aux Etats-Unis, dans les pays nordiques ou bien encore en Irlande, en Ecosse, aux Pays-Bas, au Canada et en Australie.

Une attention particulière sera portée, au lien entre alimentation, hygiène de vie et évolution pondérale.


Dans la presse

Presse quotidienne nationale

Le Monde du 07/04/11: "Une soixantaine d’équipes de recherche, composées de médecins, démographes, économistes, psychologues… exploiteront les données et des résultats seront publiés à chaque grande étape de l’enquête. L’implication du père est aussi une singularité."

Libération du 25/02/11: "Dans cette enquête, il s’agira aussi de connaître les comportements alimentaires, les inégalités sociales de santé, ou encore de l’exposition aux médias et aux nouvelles technologies."

Les Échos du 24/02/11:  "Le projet sera lancé sur le terrain fin mars et piloté par l’Institut National d’Etudes Démographiques et l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale."

La Croix du 24/02/11:  "C’est la première fois qu’un projet national de cet ampleur est lancé en France indique Henri Léridon, directeur de recherche émérite à l’Ined."

Le Figaro du 27/01/11:  "344 maternités ont été tirées au sort sur le territoire métropolitain (…). Les questions santé et environnement sont des thématiques auxquelles les mamans adhérent beaucoup, explique Marie-Aline Charles, qui dirige l’unité Ined-Inserm."

Presse quotidienne régionale

La Provence du 02/04/11: "La plus grande enquête jamais réalisée sur l’enfance a débuté hier dans les maternités. Papas et mamans, s’ils le souhaitent, peuvent y participer jusqu’aux 20 ans de leur enfant."

La Dépêche du Midi du 01/04/11:  "Les enfants d’aujourd’hui grandissent-ils au même rythme que ceux d’hier? L’objectif ultime de l’étude Elfe est de produire des connaissances qui contribueront à améliorer la santé et le bien être de tous les enfants."

La Voix du Nord du 31/03/11: " Le but est de dresser un panorama de l’enfance en France. Cela donnera des clés de compréhension aux élus, avec des données autant médicales que sociales ou liées à l’environnement."

L’Est Eclair du 25/02/11: " Le chiffre : 20 000. Lancée le mois prochain et pilotée par l’Ined et l’Inserm, cette étude constitue une première en France."

L’Union du 25/02/11: " Étudier l’impact de l’environnement sur le développement humain : c’est l’un des objectifs d’une vaste étude scientifique portant sur 20 000 enfants nés en France, suivis du berceau à l’âge adulte."

Le Parisien du 24/02/11: "Pour chaque enfant, dès les premiers jours qui suivent l’accouchement, la mère sera questionnée (alimentation, déroulement de la grossesse…). "

Presse spécialisée

Destination Santé du 01/04/11: " Quatre périodes de l’année ont été sélectionnées pour représenter chaque saison : début avril, fin juin/début juillet, fin septembre/début octobre et mi-décembre."

Le journal des professionnels de l’enfance de mars 2011: " Il sera non seulement question de détecter d’éventuels liens entre les substances chimiques et la survenue de certaines maladies, mais aussi de surveiller les conséquences sociales possibles, notamment sur le parcours scolaire des enfants."

Objectifs soins de mars 2011: "Lancée en 2007 auprès de 1000 familles et 12 départements, Elfe sera généralisée à l’ensemble du territoire fin mars 2011 et s’étendra sur 20 ans."

Le quotidien du médecin du 24/02/11: " Plus de 90 projets de recherche sont déjà définis. L’ambition est celle de comprendre comment l’environnement affecte le développent des enfants, leur santé, leur socialisation et leur parcours scolaire. Un objectif d’autant plus intéressant que cet environnement a beaucoup changé au cours de ces dernières décennies."

Le Généraliste du 04/02/11: " Baptisée Elfe, l’étude permettra de mieux connaître l’exposition des enfants aux polluants chimiques tels que les pesticides, et les effets sur le développement neuro-comportemental et endocrinien."

Presse magazine

Marianne du 9-15/04/11: "Préférences alimentaires, résultats à l’école, relations familiales, une foule de données seront recueillies."

Neuf Mois magazine d’avril 2011:  " Les futures mamans seront invitées à rejoindre l’étude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe), destinée à établir des liens entre pollution chimique et développement de l’enfant (santé, socialisation, parcours scolaire). L’occasion de mettre à jour ses connaissances environnementales pour mieux protéger bébé !"

Sciences et avenir de mars 2011:  " Elfe évaluera aussi les effets à long terme de la pollution intérieure et extérieure sur la santé des enfants."

Pèlerin magazine du 03/03/11:  " Les premiers résultats de cet ambitieux projet baptisé Elfe, piloté par l’Ined et l’Inserm, seront connus à partir de 2013."

Mon quotidien du 01/03/11: " Étudier le quotidien des jeunes afin d’en savoir plus sur leur santé et comment ils évoluent en grandissant. C’est le but de l‘étude Elfe qui commencera fin mars."

Femme actuelle du 21-27/02/11: "Je fais appel à vos lectrices : les volontaires sont les bienvenues. Pour ma part, j’aurai adoré me prêter à ce type d’étude. C’est un geste civique. " Nathalie Kosciusko-Morizet

Source: Etude longitudinale française depuis l'enfance

Des interrogations éthiques

Le projet Elfe n'étant pour l'instant qu'à ses tous débuts, il suscite de nombreuses questions. Or, s'agissant d'une étude d'une telle ampleur, et étant donné le nombre de partenaires engagés, les chercheurs impliqués doivent être capables de nous éclairer. "Il faudra une information extrêmement claire et rigoureuse des parents, pour ne pas se trouver dans la situation de la MGEN qui a dû retirer l'enquête lancée sur la santé des enfants", estime Jean-Paul Amann, philosophe et éthicien, membre du comité d'éthique du projet Elfe.

Un comité d'éthique spécifique a donc déjà été composé. Pourquoi ne pas recourir aux comités d'éthique déjà existants dans ces différents laboratoires? Sur ce type de gros projet, il est fréquent de désigner quelques personnes qui suivront le sujet sur le long terme. Par ailleurs, comme le prévoit la loi, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) est régulièrement consultée pour vérifier la fiabilité du système informatique de recueil et de sauvegarde des données, et juger de l'opportunité des croisements des différents fichiers. Le projet a aussi déjà été présenté au Conseil national de l’information statistique (CNIS), qui devra avaliser le contenu des questionnaires. Enfin, un Comité de protection des personnes (CPP) devra donner sa validation finale au projet sur les aspects de recherche biomédicale, ainsi que le Comité consultatif pour le traitement de l’information en matière de recherche dans le domaine de la santé (CCTIRS).

Parmi les questions débattues, notamment au sein du comité d'éthique, figurera celle de l'information des parents et des enfants. Sur un sujet si complexe, l'information pourrait passer par des spots radio, ou par différents relais institutionnels (Cnam, Cnaf, médecine scolaire, etc.). "La règle veut que dans ce type d'enquête, ce soit les investigateurs qui informent les parents, explique Jean-Paul Amann. Mais il faudra bien faire la différence entre l'information et l'incitation. Il y a dans ce domaine une frontière éthique à ne pas dépasser : les parents ne doivent pas subir une pression même morale, pour répondre à ce type d'enquête, mais conserver une liberté de choix totale. Un choix social a été fait de lancer cette enquête d'investigation, car nous sommes dans une société qui croit au progrès scientifique : c’est en tout cas le postulat de départ de l’Ined, l’Inserm, l’Invs, la Cnaf, du ministère de la Santé, bref de tous les partenaires de cette enquête. Personnellement, par exemple, j'ai accepté de faire partie du groupe d'éthique d'Elfe car j'ai un a priori favorable à ce type de travail épidémiologique. Mais d'autres ont une vision très critique de la recherche, en génétique notamment. Il est donc important de ne pas fausser le sens du volontariat." D'autant que pour les familles, il n'y aura pas de bénéfice direct à retirer de ce type d'enquête. Le bénéfice attendu est pour la société dans son ensemble. "Nous ne sommes pas dans le cadre par exemple de tests de médicament, où les malades participant aux essais peuvent espérer en retirer un intérêt direct d'amélioration de leur état de santé", souligne Jean-Paul Amann.

Autre préoccupation, la garantie de l'anonymat : "Toutes les données entrées dans la base seront anonymisées, et en aucun cas il ne s'agit de constituer une méga base sur des individus", explique Henri Leridon. Chaque étape de l’enquête donnera lieu à un fichier distinct, doté d’un identifiant (numéro) spécifique.

Les clés de correspondance seront détenues par un "tiers de confiance", dûment agréé, qui n’aura lui-même pas accès aux données. Pour un travail de recherche donné, une sélection des données transférables à l’équipe de chercheurs demandeuse sera élaborée. "Par exemple, on ne transférera pas un fichier contenant à la fois une localisation géographique très précise et des données sociodémographiques fines (âge, profession) permettant d'identifier indirectement les personnes", poursuit Henri Leridon.

De plus, les informations médicales résultant de prélèvements biologiques seront conservées dans une base de données séparée, avec les précautions habituelles des biothèques. "Nous avions au départ pensé construire un système de protection de l'identité totalement irréversible, explique Henri Leridon. Mais nous nous orientons finalement vers un système réversible, pour deux raisons. D’une part, cela aurait obligé à constituer une énorme base unique, ce qui n’est pas souhaitable. D’autre part, il ne faut pas s’interdire totalement de pouvoir revenir dans certains cas vers les familles. Par exemple, pour les dosages dont on connaît le seuil critique (le plomb et le CMV), il faut pouvoir prévenir les familles qui seraient trop exposées... C’est une obligation légale.

Par ailleurs, si on découvre dans quinze ans que tel polluant mesuré aujourd'hui mais considéré comme mineur peut en fait causer de graves pathologies, il faudra bien être capable de revenir en arrière, et alerter les familles concernées." Pour résumer, l'anonymat est garanti, mais pourra être levé en cas de nécessité sanitaire.

"Cela dit, il faut rappeler que la garantie d'anonymat, malgré toutes les précautions prises, n'est jamais absolue", estime Jean Paul Amann. On ne peut jamais dire que dans dix ou vingt ans, les protections informatiques entourant ce protocole ne seront pas dépassées…

mercredi 9 mai 2012

L'eau, pourquoi nous la gâchons - Christilla Pellé-Douël

Nous sommes tous conscients de la rareté de l'eau... et nous continuons de la laisser couler sans réfléchir. D'où vient cette résistance au changement ?


24 heures avec 5 litres d'eau

En mars 2006, Action contre la faim (ACF), organisation non-gouvernementale, a lancé l'opération "Vingt-quatre heures avec cinq litres d'eau". Le contrat: faire la cuisine (petit déjeuner + deux repas), la vaisselle, boire, se laver (y compris les dents) et laver un tee-shirt ou une chemise.

Vivre en France comme les habitants du sud-est de l'Ethiopie, avec cinq litres d'eau par personne et par jour: l'initiative de l'ACF aurait pu sembler une méprisante mascarade si son but n'avait été de rendre concret un quotidien de survie si lointain. Si lointain, après la canicule et la sécheresse ? 

A voir... Vingt-quatre heures, ce n'est rien, surtout quand il ne fait pas chaud et que l'on ne doit pas faire plus de dix kilomètres à pied pour aller chercher l'eau. Pourtant, ces vingt-quatre heures-là n'ont pas été faciles pour les vingt-cinq familles volontaires.
Première difficulté, matérielle: "Comment ne pas gaspiller? On ne sait pas faire". Second écueil, psychologique - sans doute l'aspect le plus intéressant: "Il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir..."

Les habitudes mettent six mois à se modifier Parmi les cinq candidats à l'« éco-citoyenneté » certains, très au point,ont fractionné strictement leur ration et organisé leur journée; d'autres ont pioché dans les cinq litres en fonction de leurs besoins, quitte à se trouver fort dépourvus en fin de journée. 

Leur aventure nous interpelle: qu'est-ce qui nous empêche de nous comporter de façon écologiquement responsable ? Pourquoi laissons-nous couler l'eau à flots alors que nous savons pertinemment que des millions d'individus dans le monde en manquent ? Parce que ouvrir un robinet, utiliser autant d'eau que l'on veut, en jeter, sont devenus des réflexes, des gestes inconscients. En prendre subitement conscience est donc une épreuve qui réclame concentration et énergie. "On se rend compte que la gestion de la pénurie, c'est du travail. Pendant vingt-quatre heures, nous avons fait attention", témoigne une famille.

A ces difficultés, rien d'étonnant: les comportementalistes estiment qu'environ six mois d'une pratique permanente sont nécessaires pour qu'un nouveau geste devienne réflexe chez un adulte. Privilège de l'âge... chez les tout-petits, les bons réflexes sont plus faciles à "imprimer".

Tous les participants sont d'accord sur un point: leur expérience a été enrichissante, elle leur a permis d'approcher de plus près la réalité d'une partie de la population du globe. "J'ai ressenti pour de vrai que la vie avec cinq litres d'eau était impossible. On se fixe sur l'essentiel: boire et manger. Être propre devient superflu".


Pour qu'un changement se produise, il faut une menace vitale

Vingt-quatre heures librement consenties ne suffisent pas à enclencher un processus radical. La vie quotidienne reprend vite le dessus, même si une certaine vigilance reste de mise chez les "assoiffés volontaires": un verre d'eau chacun pour se brosser les dents, l'utilisation d'une bassine pour la vaisselle, et surtout le désir d'éviter le gaspillage. 

Mais personne n'a totalement bouleversé son mode de vie. D'abord parce qu'en ville c'est mission impossible ; ensuite parce que la volonté s'oppose à une puissante force, celle de la résistance inconsciente au changement, à tout type de changement. En particulier lorsque celui-ci n'est pas de l'ordre du plaisir, mais de la contrainte.

"Dans l'expérience menée par ACF", explique Jean-Marc Henriot, psychanalyste, "les personnes se sont infligées volontairement une douleur, mais limitée dans le temps. Dès que la situation revient à la normale, les habitudes reprennent le dessus. Les humains ont une telle crainte du changement qu'il faut une menace vitale pour que le basculement s'opère. Changer "en positif" est bien plus aisé que changer "en négatif", car notre moteur le plus puissant est celui qui nous pousse psychiquement à éviter la douleur et la peur".

Et, selon lui, il n'y a pas grande différence, de ce point de vue, entre comportement individuel et social. Ceci expliquerait en partie l'échec de nos sociétés occidentales à emprunter des chemins loin du gaspillage et de l'hyper-consommation, vécus inconsciemment comme d'insupportables retours en arrière.



L'espoir vient des enfants

Une analyse partagée par Franck Hourdeau, directeur de la communication et du développement d'ACF: "Durant cette journée "Cinq litres d'eau", il y a eu un déclic, mais cela ne suffit pas. Pendant des années, j'ai travaillé dans le domaine de la prévention des accidents de la route. Je me suis lourdement trompé en croyant à la seule puissance de l'éducation. La seule chose qui a eu des effets immédiats, c'est la coercition. La peur du gendarme. Et j'en suis désolé. En ce qui concerne l'écologie, je pense que les choses ne changeront que lorsque nous aurons à faire face à une situation vraiment dramatique".

Sans attendre cette catastrophe naturelle qui entraînerait une prise de conscience collective, il est nécessaire que les associations, les écologistes, les pouvoirs publics continuent à à expliquer, à motiver. Car exiger des changements individuels sans leur donner de sens est une entreprise vouée à l'échec.

Ces petits gestes quotidiens d'"écocitoyens" ne deviendront certes pas réflexes du jour au lendemain. Il est tout de même permis d'espérer, en particulier des enfants. Ils ont, eux, la souplesse et la fraîcheur nécessaires pour entendre, comprendre et agir. A 8 ou 9 ans, on intègre vite dans ses valeurs profondes des notions telles que "Touche pas ma planète" ou "Arrêtons de gaspiller l'eau".


A Savoir

- Consommation par jour et par personne (source ONU 2005, ACF 2004 et Eurostat, 2001)

Etats-Unis: 600 litres.
France: 150 litres.
Afghanistan rural : 10 litres.
Sud-est de l’Ethiopie: 5 litres.

- L’Organisation des Nations unies (ONU) estime à 50 litres par jour et par personne le seuil vital minimum.

- 1,5 milliard de personnes vivent actuellement en dessous de ce seuil ; elles seront 3 milliards en 2030. 
www.actioncontrelafaim.org
ACF sur Internet : www.actioncontrelafaim.org
Source: Article: "L'eau, pourquoi nous la gâchons", Christilla Pellé-Douël, Psychologie Magazine n°256 - Octobre 2006