mardi 31 juillet 2012

Ce que c’est que la mort - Victor Hugo (1802-1885)

Ne dites pas : mourir ; dites : naître. Croyez.
On voit ce que je vois et ce que vous voyez ;
On est l’homme mauvais que je suis, que vous êtes ;
On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fêtes ;
On tâche d’oublier le bas, la fin, l’écueil,
La sombre égalité du mal et du cercueil ;
Quoique le plus petit vaille le plus prospère ;
Car tous les hommes sont les fils du même père ;
Ils sont la même larme et sortent du même œil.
On vit, usant ses jours à se remplir d’orgueil ;
On marche, on court, on rêve, on souffre, on penche, on tombe,
On monte. Quelle est donc cette aube ? C’est la tombe.
Où suis-je ? Dans la mort. Viens ! Un vent inconnu
Vous jette au seuil des cieux. On tremble ; on se voit nu,
Impur, hideux, noué des mille nœuds funèbres
De ses torts, de ses maux honteux, de ses ténèbres ;
Et soudain on entend quelqu’un dans l’infini
Qui chante, et par quelqu’un on sent qu’on est béni,
Sans voir la main d’où tombe à notre âme méchante
L’amour, et sans savoir quelle est la voix qui chante.
On arrive homme, deuil, glaçon, neige ; on se sent
Fondre et vivre ; et, d’extase et d’azur s’emplissant,
Tout notre être frémit de la défaite étrange
Du monstre qui devient dans la lumière un ange.
Les Contemplations, Victor Hugo - "Ce que c’est que la mort"
Au dolmen de la tour Blanche, jour des Morts, novembre 1854.



Victor Hugo (1802-1885)
Victor, Marie Hugo, né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l'un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l'Histoire du XIXe siècle. 

Victor Hugo, chef de file du mouvement romantique, est l’auteur de nombreux chef d’oeuvres: Les Misérables, Les Châtiments, ou encore Les Contemplations.

Le recueil "Les Contemplations", est construit en deux parties, séparées par une date, le 4 septembre 1843, jour de la mort accidentelle de sa fille. La première partie, "Autrefois", est consacrée aux poèmes du bonheur, la seconde est une méditation sur la mort et la destinée humaine.

jeudi 26 juillet 2012

Tu te lèves... - Paul Eluard (1895-1952)

Tu te lèves l'eau se déplie
Tu te couches l'eau s'épanouit

Tu es l'eau détournée de ses abîmes
Tu es la terre qui prend racine
Et sur laquelle tout s'établit

Tu fais des bulles de silence dans le désert des bruits
Tu chantes des hymnes nocturnes sur les cordes de l'arc-en-ciel,
Tu es partout tu abolis toutes les routes

Tu sacrifies le temps
À l'éternelle jeunesse de la flamme exacte
Qui voile la nature en la reproduisant

Femme tu mets au monde un corps toujours pareil
Le tien

Tu es la ressemblance
 

Paul Eluard (Facile) 1935



Paul Eluard
Paul Eluard, Paul Eugène Grindel de son vrai nom , poète français, est l'une des figures majeures du surréalisme. Il nait en 1895 à Saint-Denis, dans la banlieue parisienne. En 1912, il est obligé d'interrompre ses études pour rétablir une santé gravement menacée par la tuberculose. Il est néanmoins mobilisé  en tant qu'infirmier militaire en 1914.

Si les premiers poèmes d'Eluard sont encore influencés par la littérature de Jules Romains, ils révèlent surtout les sentiments d'horreur et de pitié qu'ont pu inspirer à un poète désormais en quête de pacifisme les spectacles quotidiens de la guerre:  le Devoir et l'Inquiétude (1917),  Poèmes pour la paix (1918).

En 1919, il s'engage sans réserve dans les activités du groupe surréaliste et sur la voie de l'expérimentation littéraire. Comme la plupart des autres écrivains surréalistes, Eluard montre un intérêt très vif pour les arts plastiques, notamment la photographie et la peinture. Ses recueils sont d'ailleurs souvent illustrés par des artistes appartenant à la "constellation surréaliste", auxquels il consacre, en retour, des poèmes (A Pablo Picasso, 1944) ou des essais.

Son adhésion au groupe ne l'empêche cependant jamais d'affirmer son goût et son respect pour la poésie du passé - à laquelle il dédie plusieurs anthologies : "Première Anthologie vivante de la poésie du passé" (1951) - ni de défendre son esthétique propre, marquée par une grande clarté et une grande simplicité d'expression, mais aussi par un classicisme - parfaitement assumé - sur le plan formel.

Très vite, Eluard s'impose au sein du groupe comme le poète de l'amour et des émotions. Sa relation tourmentée avec Gala, une jeune Russe rencontrée en 1913 dans un sanatorium suisse et qu'il épouse en 1916, lui inspire le recueil Capitale de la douleur (1926). Gala le quittera pour Salvador Dalí en 1930. C'est au cours d'un voyage autour du monde qu'il fait la rencontre de Maria Benz, dite Nusch, qui devient sa nouvelle épouse et sa muse : elle lui inspire certains de ses plus beaux poèmes d'amour (l'Amour, la poésie, 1929 ; la Vie immédiate, 1932). La mort brutale de Nusch, en 1946, le plonge de nouveau dans le désespoir (Le temps déborde, 1947), puis il se remarie en 1949 avec Dominique (Odette Lemort, 1914-2000), saluant cette renaissance dans son recueil le Phénix(1951). Pour Eluard, le poème d'amour n'est ni un exercice de style ni un simple hommage amoureux; il est une célébration du rôle intercesseur de la Femme, cet être qui constitue pour le poète un lien entre le monde et l'univers poétique : son inspiratrice. Les femmes muses et les espoirs idéologiques constituent les deux engagements existentiels et poétiques de Paul Eluard.

Entré au Parti communiste en 1926, avec la plupart des surréalistes, Paul Eluard en est exclu en 1933. Il n'en continue pas moins de militer pour une poésie sociale et accessible à tous: "les Yeux fertiles" (1936),  "Cours naturel" (1938), "Donner à voir" (essai 1939). Poète résolument engagé, il prend ses distances avec le surréalisme, rompt avec le mouvement en 1938, pour revenir définitivement dans les rangs du Parti communiste en 1942. Choqué par le massacre de Guernica en 1937, il prend position en faveur de l'Espagne républicaine ("la Victoire de Guernica", Cours naturel, 1938), puis s'engage dans la Résistance. Membre d'un réseau clandestin, animateur du Comité national des écrivains (CNE). 

Il fait de la poésie l'instrument d'un combat contre la barbarie en publiant plusieurs ouvrages dans la clandestinité. Tout d'abord Poésie et Vérité (1942), qui comprend le célèbre poème "Liberté", largué par les avions de la RAF en milliers de tracts sur la France occupée. On peut aussi citer les Sept Poèmes d'amour en guerre (1943) et Au rendez-vous allemand (1944). Après la guerre, il poursuit dans la voie de la poésie politique procommuniste (Poèmes politiques, 1948).

Dans ses écrits politiques, comme dans les autres recueils poétiques de cette période: "Poésie ininterrompue I" (1946) , "Corps mémorable" (1947), "Poésie ininterrompue II, posthume" (1953). Le langage de la poésie d'Eluard dépasse l'automatisme pur et ne se contente pas de mettre au jour le minerai de l'inconscient. Il cherche à rendre évidentes des associations de mots, d'images, qui pourtant échappent à tout lien logique. Car si "la terre est bleue comme une orange" (L'Amour, la poésie), c'est que, pour le poète, tout est possible à qui sait "voir". C'est en affranchissant la pensée de ses limites qu'il découvre l'absolu poétique. Chez Eluard, la parole affirme: "J'ai la beauté facile et c'est heureux" (Capitale de la douleur).

En avril 1948, Paul Eluard et Picasso sont invités à participer au Congrès pour la paix à Wroclaw (Pologne). En juin, Eluard publie des poèmes politiques préfacés par Louis Aragon. L'année suivante, au mois d'avril, c'est en tant que délégué du Conseil mondial de la paix, que Paul Eluard participe aux travaux du congrès qui se tient à la salle Pleyel à Paris. Au mois de juin, il passe quelques jours auprès des partisans grecs retranchés sur le mont Grammos face aux soldats du gouvernement grec. Puis il se rend à Budapest pour assister aux fêtes commémoratives du centenaire de la mort du poète Sándor Petőfi. Il y rencontre Pablo Neruda. 

En septembre, il est à Mexico pour un nouveau congrès de la paix. Il rencontre Dominique Lemort avec qui il rentre en France. Ils se marieront en 1951. Eluard publie cette même année le recueil Le Phénix entièrement consacré à la joie retrouvée. En 1950, avec Dominique, il se rend à Prague pour une exposition consacrée à Vladimir Maïakovski, à Sofia en tant que délégué de l'association France-URSS, et à Moscou pour les cérémonies du 1er Mai.

En février 1952, Paul Eluard est à Genève pour une conférence sur le thème "La Poésie de circonstance". Le 25 février, il représente "le peuple français" à Moscou pour commémorer le cent cinquantième anniversaire de la naissance de Victor Hugo. Le 18 novembre 1952 Paul Eluard succombe à une crise cardiaque à son domicile. Ses obsèques ont lieu le 22 novembre au cimetière du Père-Lachaise. Le gouvernement refuse les funérailles nationales. L'écrivain Robert Sabatier déclare:  "Ce jour-là, le monde entier était en deuil ".


Ses principales œuvres

Premiers poèmes 1913
Le Devoir 1916
Le Devoir et l'Inquiétude, 1917, avec une gravure sur bois par André Deslignères
Pour vivre ici 1918
Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux  1920
La courbe de tes yeux  1924
Une vague de rêve 1924
Mourir de ne pas mourir 1924
Au défaut du silence 1925
Capitale de la douleur 1926
Les Dessous d'une vie ou la Pyramide humaine 1926
L'Amour la Poésie 1929
Ralentir travaux 1930, en collaboration avec André Breton et René Char
À toute épreuve 1930
Défense de savoir 1932
La Vie immédiate 1932
La Rose publique 1935
Facile 1935
Les Yeux fertiles 1936
Quelques-uns des mots qui jusqu'ici m'étaient mystérieusement interdits, GLM, 1937
Cours naturel 1938
La victoire de Guernica 1938
Donner à voir 1939
Poésie et vérité 1942
Liberté 1942
Avis 1943
Les Sept poèmes d'amour en guerre 1943
Au rendez-vous allemand 1944
Poésie ininterrompue 1946
Le Cinquième Poème visible 1947
Notre vie 1947
A l'intérieur de la vue 1947
La Courbe de tes yeux 1947
Le temps déborde 1947
Le Phénix 1951


Citations de Paul Eluard

"J'ai vécu comme une ombre et pourtant j'ai su chanter le soleil."

"C'est le mérite de la poésie qui a mille petites portes de planches pour une porte de pierre, mille sorties au jour le jour pour une gloire triomphale."

"Voir le monde comme je suis, non comme il est."

"Jeunesse ne vient pas au monde elle est constamment de ce monde."

"La terre est bleue comme une orange Jamais une erreur les mots ne mentent pas."

"C'est la douce loi des hommes
De changer l'eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères."

"Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel."

"Marcher en soi-même est comme un châtiment : l'on ne va pas loin."

"Il faut toujours abuser de sa liberté."

"Tes yeux sont livrés à ce qu'ils voient Vus par ce qu'ils regardent."

"Vous marchez sans but sans savoir que les hommes Ont besoin d'être unis d'espérer de lutter Pour expliquer le monde et pour le transformer."

"Il n'y a qu'une vie c'est donc qu'elle est parfaite."

"Je tiens le flot de la rivière comme un violon."

"J'ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence pour me préoccuper des coupables qui clament leur culpabilité."

"Un rêve sans amour est un rêve oublié."

"Adieu tristesse Bonjour tristesse Tu n’es pas tout à fait la misère Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent Par un sourire."

"Nous avons inventé autrui Comme autrui nous a inventé Nous avions besoin l'un de l'autre."

"Le bonheur est un seul bouquet : confus léger fondant sucré."
 
"J'ai eu longtemps un visage inutile, mais maintenant j'ai un visage pour être aimé, j'ai un visage pour être heureux."

"Le tout est de tout dire et les mots me manquent."

samedi 21 juillet 2012

Concerto d'Aranjuez - Joaquín Rodrigo (1901-1999)


Joaquín Rodrigo, né le 22 novembre 1901 à Sagunto (Valencia) et mort le 6 juillet 1999 à Madrid, est  un des plus grands compositeurs espagnols de musique classique de la période d'après guerre. Il est l'auteur de plusieurs concertos pour guitare, dont le célèbre Concerto d'Aranjuez (1939), créé à la fin des années de guerre civile espagnole et à la naissance de la seconde guerre mondiale.


  video
 John Williams interprétant l'adagio du Concerto Aranjuez de Rodrigo


Joaquín Rodrigo compose le Concerto d'Aranjuez (Concierto de Aranjuez en espagnol) pour guitare et orchestre en 1939, lors de la dernière année de son séjour à Paris. Rodrigo a écrit 5 concertos pour guitare, celui-ci étant le premier et le plus célèbre. Comme beaucoup de partitions du musicien, il s'inspire de musique plus ancienne, ici de Domenico Scarlatti et du Padre Antonio Soler. 

Le titre vient de la ville royale d'Aranjuez, au sud de Madrid.. Il s'agit d'une commande du marquis de Bolarque datant de 1938. La première en est donnée l'année suivante, le 9 novembre 1940, à Barcelone par Regino Sàinz de la Maza à la guitare, et par l'Orchestre philharmonique de Barcelone dirigé par Cesar Mendoza Lasalle.



Joaquín Rodrigo (1901-1999)
Devenu aveugle à l'âge de trois ans, à la suite d'une diphtérie, Joaquín Rodrigo commence ses études musicales en Espagne avec Francisco Antich, Enrique Goma et Eduardo Lopez Chavarri. Il se rend ensuite à Paris où il suit les cours de Paul Dukas à la Schola Cantorum de 1927 à 1931. 

Il fréquente alors le milieu musical parisien, rencontre Maurice Ravel et Manuel de Falla et compose le Concierto de Aranjuez pour guitare et orchestre.

Il revient définitivement en Espagne en 1939 après la guerre civile, où l'année suivante est créé son fameux concerto, le 9 novembre 1940, à Barcelone, en hommage à la ville d'Aranjuez, proche de Madrid en Castille, qui possède un palais dans lequel ont résidé les Bourbons d'Espagne. 

Désormais célèbre, il ne cessera de composer pour livrer une œuvre variée qui couvre aussi bien la musique de scène, la musique concertante (concertos pour guitare, piano, violon, violoncelle, harpe...), que la musique vocale ou la musique de chambre et le flamenco.

Rodrigo fut enfin directeur du département musical de Radio Nacional de España et occupa dès 1939 la chaire de musique Manuel de Falla créée pour lui à l'Université de Madrid. En 1991 il fut anobli par S.M. le Roi Juan Carlos I avec le titre de marquis de los Jardines de Aranjuez. Il reçut en 1996 le Prix Prince des Asturies.

Il meurt le 6 juillet 1999 à Madrid, deux ans après son épouse Victoria.

mardi 17 juillet 2012

Le Chêne de Flagey - Gustave Courbet (1819-1877)

Le chêne de Flagey, situé dans un village proche d'Ornans, dominait la région franc-comtoise. Cet arbre majestueux incarne la force de ce peintre, réputé pour son égocentrisme. Même après avoir délaissé les autoportraits, Gustave Courbet a utilisé des éléments naturels pour se représenter tel qu'il se voyait.

Le Chêne de Flagey, Huile sur toile, 89×110cm, (1864) - Murauchi art Museum, Tokyo


Gustave Courbet
Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à Ornans, près de Besançon (Doubs), et mort le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz en Suisse, est un peintre français, chef de file du courant réaliste. Son réalisme fit scandale.

En 1841, Gustave Courbet quitta sa ville natale d'Ornans pour commencer des études de droit à Paris et suivre des cours de peinture. Encouragé par son père, il abandonna bientôt le droit pour entreprendre une carrière artistique. Après avoir essuyé plusieurs refus, il exposa pour la première fois au Salon de Paris en 1844 avec un autoportrait, L'Homme au chien.

Les événements de 1848 l'incitèrent à retourner dans sa province natale où il peignit la même année ses deux chefs-d'œuvre les Casseurs de pierres et l'Enterrement à Ornans. Les toiles d'un réalisme poignant illustraient sans équivoque la réalité de la vie paysanne et rompaient avec la nature idéale et la peinture allégorique des écoles néoclassique et romantique.

La détermination de Courbet à peindre la vulgarité du monde populaire fit scandale au Salon de 1850 et déchaîna de violentes polémiques dans la monde de l'art. Aprement critiqué, Courbet exécuta en vue de l'Exposition Universelle de 1855 sa magistrale composition de l'Atelier du peintre qui fut refusée par le jury. Il monta alors sa propre galerie aux abords de l'Exposition, dans un baraquement baptisé Pavillon du Réalisme mais cette initiative, réitérée en 1867, fut un échec total.

Méprisée en France, son oeuvre trouva un certain écho en Europe où les peintres saluèrent la nouvelle liberté artistique inspirée par Courbet. Mais la guerre franco-prussienne et ses conséquences politiques aggravèrent la situation de l'artiste qui avait participé activement à la Commune de 1870. Il fut arrêté en 1871, accusé à tort par le tribunal militaire d'avoir renversé la colonne Vendôme et condamné à payer pour sa restauration et à effectuer six mois de prison. Bouc émissaire d'une cause perdue, il sortira de l'épreuve ruiné et malade. L'année suivante, tous ses biens ­ y compris ses tableaux ­ furent confisqués par le gouvernement pour financer la reconstruction de la colonne.

Par solidarité avec ses compatriotes exilés de la Commune de Paris, Courbet refusa toujours de retourner en France avant une amnistie générale. Sa volonté fut respectée et son corps fut inhumé à La Tour-de-Peilz le 3 janvier 1878, après son décès survenu le 31 décembre 1877, en suisse. Sa dépouille a été transférée à Ornans en 1919.

Scandale, mythes de la rupture et modernité

Rares sont les artistes qui ont, davantage que Courbet, construit leur carrière grâce à la stratégie du scandale. Plusieurs événements jalonnent clairement cette construction : le Salon de 1850-1851, l'exposition de La Baigneuse au Salon de 1853 — qui suscite un emportement critique sans précédent dans la plupart des périodiques de l'époque. L’artiste s’est trouvé pris entre des feux contradictoires qui ont considérablement nourri son image de peintre insoumis et frondeur.

Les discours critiques ont interprété les œuvres du peintre de manière parfaitement antinomique. Tandis que les détracteurs (Edmond About, Charles Baudelaire, Cham, Théophile Gautier, Gustave Planche…) stigmatisent une peinture réaliste qui corrompt l’ordre du monde et le précipite vers le déclin en promouvant la laideur et le vice, ses défenseurs (Alfred Bruyas, Pierre-Joseph Proudhon, Émile Zola) considèrent qu’elle est plus sincère, capable de véhiculer esprit d’indépendance, liberté et progrès.

Courbet entre dans le débat et le relance, en bon tacticien médiatique: il fait paraître une "lettre ouverte" dans la presse où il affirme qu'il n'a "jamais eu de maître", qu'il est "l'élève de la nature". La peinture de Courbet et sa réception à l'époque se trouvent au cœur d'une entrée dans l'âge démocratique de l'art et la constitution de ce qu'Habermas désigne comme "l'espace public".

mercredi 11 juillet 2012

La tolérance point de vue de la philosophie indienne

Le monde vu comme une famille au sens large peut être dépeint comme un arbre aux nombreuses ramifications. Chaque nation - symbolisée par une branche - est un frère ou une sœur par alliance, ayant sa propre famille. Ces familles - représentées par des rameaux de l'arbre - sont les diverses régions composées de toutes les religions et de tous les groupes ethniques. Lorsqu'on regarde les racines de l'histoire en plaçant les membres de la famille humaine sur un tel arbre généalogique, cette perspective montre la complémentarité existant entre tous et tend à prouver qu'une vraie coexistence est possible. 

Tout l'arbre puise son soutien dans des racines communes, originelles, nées d'une seule graine, et l'arbre de la famille humaine ne peut être différent. La coexistence tire son origine de la graine même d'où a jailli la vie! 

Et la tolérance, qui se développe également à partir de cette graine unique, avec ses racines profondément ancrées dans le sol, s'exprime de diverses manières, notamment en enrichissant la terre et en répandant des ondées de bienveillance.



Coexistence


L'objectif de la tolérance est la coexistence pacifique. En acceptant l'individualité et la diversité, la tolérance ôte les masques qui divisent et dissipe les tensions créées par l'ignorance. Elle donne l'occasion d'éliminer les stéréotypes et les préjugés associés à ceux qui sont perçus comme différents du fait de leur nationalité, de leur religion ou de leur héritage culturel. 

De même qu'un jardinier reconnaît les qualités et les caractéristiques de toutes les variétés de graines et prépare le terrain en fonction de celles-ci, une personne tolérante prend en considération le caractère unique de chacun. Par son attitude compréhensive et son ouverture d'esprit, elle pourra côtoyer toutes sortes d'individus ; s'adapter aux autres et les accepter sincèrement dénoter une attitude profondément tolérante dans la vie quotidienne, et favoriser des relations sereines et épanouies.

L'amour, graine de la tolérance, doit être semée avec compassion et bienveillance. Plus on aime et plus on partage cet amour, plus grand est le pouvoir qu'il contient. Quand l'amour fait défaut, la tolérance fait elle aussi défaut.

Si un obstacle s'impose à son enfant, une mère est prête à faire face à tout et peut tout tolérer. A cet instant, au lieu de se soucier de son propre bien-être, celle-ci s'appuie sur l'amour pour affronter toutes les circonstances. L'amour rend tout plus facile à tolérer.

La famille est le premier noyau pour apprendre la tolérance, puisqu'il y a toujours des ajustements à faire pour vivre en harmonie avec les autres. 

L'école est le deuxième. Néanmoins, notre tolérance est mise à l'épreuve chaque jour de notre vie. Ceux qui réussissent le plus souvent cherchent à apprécier le bon côté des gens et des situations. Ceux qui ont plus de difficultés à tolérer entretiennent habituellement en eux-mêmes un certain niveau de désapprobation. 

Le principe est de savoir utiliser le pouvoir de la tolérance comme un bouclier de protection afin de préserver intacte sa sérénité intérieure.


Discernement dans la prise de décision

La tolérance est cette force qui permet à l'individu d'affronter et de transformer les incompréhensions et les difficultés. La méthode consiste tout d'abord à user de discernement dans la prise de décision. 

Puis, en cherchant profondément dans sa conscience, il s'agit de déterminer si une décision est correcte ou non; si elle peut être bénéfique ou non; et si elle permet des acquisitions à court ou à long terme. Il en résulte des décisions prises en pleine connaissance de cause. 

Ce pouvoir de décision atténue les bouleversements de l'esprit, notamment ceux qui surgissent de l'opposition entre les émotions et la raison. Il ne peut alors exister de conflit avec soi-même ou avec les autres, puisque la tolérance sait fort bien apaiser l'obstination et l'emportement des autres. Même insulté, celui qui incarne la tolérance n'est jamais découragé. 

Connaissance et compréhension profondes lèvent automatiquement le bouclier de la tolérance de sorte que l'individu reste comblé et contenté, sans jamais se sentir menacé par les autres ou par les circonstances. Une personne tolérante est semblable à un arbre couvert de fruits. Même sous les coups de bâton et les jets de pierres, l'arbre continue de donner ses fruits.

En milieu professionnel également, le fruit des intentions et des actions peut être menacé si la tolérance n'intervient à aucun moment dans les relations avec les autres. Ceux qui ont le pouvoir de tolérer ne laissent pas les vibrations extérieures obscurcir leur esprit et créer le doute et l'insatisfaction. Ils sont contentés intérieurement et à même de voir les choses telles qu'elles sont, plutôt que telles qu'elles apparaissent, et d'agir en conséquence.



Aptitude à harmoniser

Certaines circonstances exigent de la tolérance. Des variations atmosphériques importantes ou la douleur physique en sont des exemples marquants. L'innovation technologique a permis aux êtres humains de s'adapter à la chaleur et au froid extrêmes; et la recherche médicale a accompli des merveilles pour réduire la douleur du patient. Pourtant, de tels progrès ne signifient pas que les effets indésirables soient complètement éliminés. A partir d'un certain niveau, et pour certains individus plus que pour d'autres, la tolérance devient le pouvoir indispensable pour faire face.

La tolérance permet de développer l'aptitude à s'adapter aux problèmes de la vie quotidienne. La capacité d'adaptation de tous ceux qui se précipitent à la gare le soir après une dure journée de travail, fatigués et pressés, est sérieusement mise à l'épreuve quand retentit l'annonce: "Tous les trains ont été annulés en raison de problèmes techniques sur les lignes. Les voyageurs sont priés d'emprunter des itinéraires de remplacement". 

Pour tolérer les inconvénients de la vie, il faut parfois savoir lâcher prise, être léger, rendre les autres légers et continuer à avancer. Les montagnes se transforment en vallons, et les vallons en minuscules mottes de terre !




"Qu'est-ce que la Tolérance ? La Tolérance n'est ni concession ni indifférence. La Tolérance, c'est la connaissance de l'autre. C'est le respect mutuel né d’une compréhension réciproque. Laissons-là les vieux mythes et souscrivons aux résultats des recherches actuelles: l'homme n'est pas violent par nature. L'intolérance n'est pas inscrite dans nos gènes. La peur et l'ignorance sont les racines de l'intolérance, et ses mécanismes peuvent s'inscrire dans le psychisme humain dès le plus jeune âge."
Federico Mayor Zaragoza (1934-), Directeur général de l'UNESCO, 1995, L'année pour la Tolérance

Federico Mayor Zaragoza (né le 27 janvier 1934 à Barcelone) est un homme politique espagnol et un haut-fonctionnaire international. Il fut directeur de l'UNESCO de 1987 à 1999. Sous son mandat à la direction de l'UNESCO, il développa le programme Culture de paix et obtint que l'Assemblée générale des Nations unies déclare l'an 2000 "Année internationale pour la Culture de paix". Il soutint l'initiative qui aboutit, le 10 novembre 1998, à la proclamation par l'Assemblée générale des Nations unies des années 2001-2010 Décennie internationale pour la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix au profit des enfants du monde. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination. internationale pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Source: Extrait de "Un guide pratique", une Publication Raja Yoga - Brahma Kumaris en l'honneur du cinquantième anniversaire des Nations Unies.

jeudi 5 juillet 2012

Camillle, BO du film Le Mépris - Georges Delerue (1925-1992)

Le Mépris est un film franco-italien réalisé par Jean-Luc Godard, sorti en 1963. Le film présente un couple (Michel Piccoli et Brigitte Bardot) au bord de la rupture, le mépris ayant fait irruption dans leurs relations. Georges Delerue signe ici une de ses partitions les plus connues.



Découvrez la playlist Georges Delerue avec Georges Delerue



Georges Delerue
Georges Delerue, né le 12 mars 1925 à Roubaix (Nord) et mort le 20 mars 1992 à Los Angeles (Californie), est un compositeur et directeur musical des films. Il est l'auteur de la musique de 348 films.

Au Conservatoire de Paris il poursuit ses études sous la direction de Darius Milhaud et de Jean Rivier. Il commence à composer à partir de 1947: son premier quatuor à cordes en 1948, un Concertino pour trompette et orchestre à cordes en 1951, sa Symphonie concertante en 1955.

En 1949, il obtient le Premier Prix de Composition ainsi que le Premier Second Grand Prix de Rome. En 1952, il est nommé compositeur et chef d'orchestre à la Radiodiffusion française. En 1957, il crée à l'Opéra de Nancy, en collaboration avec Jésus Etcheverry (direction musicale) et Marcel Lamy (mise en scène), un opéra sur une pièce de Boris Vian d'après les Chevaliers de la Table ronde, Le Chevalier de neige. Sur les conseils de Darius Milhaud, il commence à composer pour le théâtre, pour Jean Vilar, puis pour le cinéma, avec Hiroshima mon amour en 1959.

Il a travaillé pour les plus grands metteurs en scène français, en particulier ceux de « la nouvelle Vague » (Le Mépris de Godard, les films de Pierre Kast) et surtout pour François Truffaut, (Jules et Jim, Les Deux Anglaises et le Continent, La Nuit américaine, Le Dernier Métro, etc.). Il réalise aussi la musique de succès populaires du cinéma français, comme les films de Philippe de Broca (Cartouche, L'Homme de Rio, …), de Gérard Oury (Le Corniaud, Le Cerveau) ou d'Édouard Molinaro. Il compose aussi pour la télévision et la radio (Jacquou le croquant, Les Rois maudits de 1972, l'indicatif de Radioscopie de Jacques Chancel).

Dans les années 1970, il rencontre la faveur de nouveaux réalisateurs comme Claude Miller, Yannick Bellon, ou Alain Corneau. En 1972, il commence à travailler à Hollywood. Il y a composé entre autres la musique de Platoon d'Oliver Stone (1986). Martin Scorsese lui rend hommage en reprenant sa musique pour Le Mépris dans son film Casino. Catherine Corsini reprend aussi ses musiques dans son film Partir (2009).

En 1981, il compose la musique du spectacle de nuit La Cinéscenie du Puy du Fou, auquel ont prêté leurs voix Alain Delon, Jean Piat, Suzanne Flon, Robert Hossein ou encore Philippe Noiret.

Georges Delerue décède d'une attaque cardiaque à l'âge de 67 ans. Il est enterré au Forest Lawn Memorial Park Cemetery Glendale, Californie.