samedi 12 décembre 2015

La cathédrale de Chartres, Eure-et-Loir (28)

Cathédrale de Chartres
Au cœur des champs paisibles de la Beauce se dresse la majestueuse cathédrale de Chartres. Ce monument est inscrit au patrimoine mondial par l’Unesco et mérite le détour tant son ouvrage complexe interpelle avec la force de ses symboles.

Bien avant l’installation des chrétiens sur le site, celui-ci était déjà vénéré par les Gaulois. Le nom même de Chartres a, semble t-il, une origine culturelle car il pourrait provenir soit de « carns », nom donné aux autels de pierre utilisés par les druides, soit de « carnuts » qui signifie « lieu sacré des Carnutes », du nom des Gaulois habitant la région lors de la conquête romaine. Avant la première église, le site était occupé par un temple païen dans lequel s’ouvrait un puits sacré d’environ 33 m de profondeur. La légende affirme que c’est dans ce puits, dit « des Saints-Forts », qu’ont été précipités les premiers martyrs chrétiens du lieu.

On peut noter que l’orientation de la cathédrale est insolite. Elle est dirigée vers le Nord-est alors que la plupart des églises sont tournées vers l’Est c’est-à-dire vers la Palestine, berceau du christianisme. La nécessité de prendre appui sur les bases enterrées de l’ancien temple païen pourrait expliquer cette anomalie.

La cathédrale de Chartres présente des particularités qui ne répondent pas forcément aux archétypes chrétiens. Par exemple, on ne trouve nulle part de représentation de la Crucifixion. Par ailleurs, des thèmes astrologiques sont traités dans le décor de la cathédrale : les signes du zodiaque encadrent la grande scène de l’Ascension au tympan de la porte nord.

Enfin, l’élément le plus énigmatique est certainement le labyrinthe. C’est un dessin incrusté dans le sol de la nef, constitué de onze anneaux de dalles noires qui s’enroulent pour former un parcours de plus de 260 m.

Cathédrale de Chartres - Labyrinthe
 
Sa construction

Cathédrale de Chartes - Nef
Notre-Dame de Chartres fut reconstruite sur les ruines calcinées de la précédente cathédrale romane de la ville. En juin 1194,  un incendie ruine la majeure partie de la ville haute et la cathédrale romane du XIème siècle. La pierre est si calcinée qu'elle est jugée irrécupérable. Cependant, les constructions en sous sol sont intactes, ainsi que la façade occidentale et ses deux tours.

Dès les mois qui suivent l'incendie, on trace les limites du nouvel édifice projeté en tendant des cordeaux et l'on vérifie l'équerrage, ce qui amènera à redresser le diamètre transversal de l'abside. On implante les contreforts aux flancs de la nef et les deux gros contreforts qui limitent le chœur à l'Est. 

Comme l'ancien chœur est encore partiellement debout, il est impossible d'effectuer des visées ou de tendre des cordeaux dans ce secteur, d'où quelques irrégularités. Avant la fin de l'année, les fondations de tous les murs extérieurs sont établies, y compris les murs englobant les deux bras du transept et les chapelles absidales du côté sud.

Dès lors, les formes essentielles de la cathédrale sont fixées pour toujours. Par la suite, on pourra modifier le projet initial, mais en construisant sur ce qui existe déjà on n'enlèvera jamais une pierre mise en place.

1200  est l'année où l'on apporte de profondes modifications au projet initial: on opte pour deux déambulatoires au lieu d'un seul. De ce fait, les chapelles absidales seront moins profondes que ce qui était d'abord envisagé et on renonce aux deux longues chapelles latérales. Toute la surface de l'église est utilisable en 1204, sous un toit temporaire, sauf la dernière travée du transept nord et de son collatéral ouest. En 1226,  trente-deux ans après l'incendie, la cathédrale est presque finie.

 Il aura fallu seulement une vingtaine d'années pour construire le gros-œuvre d'un édifice qui s'impose par son étonnante unité et son incontestable harmonie. Cette cathédrale prend racine et s'élève sur la crypte carolingienne et l'église basse, appelée "crypte", de la cathédrale de Fulbert. Celle-ci, après avoir supporté les énormes charges de l'église romane, est devenue la matrice de la nouvelle. Se déployant sur 220 m de longueur, elle en commande et ordonne le plan.

Nous ne connaissons pas le nom du maître d'œuvre qui dès les premières années du XIIIème siècle osa jeter pour la première fois à une telle hauteur des voûtes sur croisées d'ogives, cela malgré l'existence de la crypte qui, en imposant les points d'appuis, donnait à la nef une largeur exceptionnelle de 16m40. Le maître d’œuvre de Chartres innove prudemment. Dans l'élévation, le triforium remplace les tribunes. Les fenêtres hautes chassent le mur, cédant la place aux vitraux. La cathédrale de Chartres devient le premier édifice de très grande dimension dont il fut décidé que tout le système de structure assurant sa stabilité reposerait sur l'emploi d'arcs boutants. De massives culées taillées en ressaut, canalisent les poussées de la voûte. De tout son poids, celle-ci peut alors s'élever à 37m 50 au-dessus de la plus large des nefs de cathédrale gothique.

Cet édifice de pierre, dont tous les éléments d'architecture servent à conduire les forces vers le sol, nous attire irrésistiblement vers le haut, là où s'épanouissent dans la légèreté de la voûte, les piliers et les colonnes. Rien dans cet ensemble n'est gratuit. Toutes les lignes sont nécessités de construction. La décoration, elle-même, très sobre, révèle et souligne l'architecture. Nécessité qui est beauté. C’est en parcourant la nef que l’on peut apprécier la santé robuste, l'immensité du vaisseau, l'élan puissant des piliers de la nef solidement amarrés au dallage le rythme cadencé des piles tantôt cylindriques, tantôt octogonales, le mouvement ascensionnel des quatre gerbes de colonnes à la croisée du transept, l'admirable harmonie des proportions.

Il faut sortir aussi pour admirer l'alliance formidable de la puissance et de la légèreté dans la double volée d'arcs-boutants du chevet. Savoir toujours passer du dedans au dehors, du dehors au-dedans et, ici, demeurer pour découvrir dans la pénombre, la lumière écrivant les formes et dessinant sans cesse les volumes.
Les neufs portails sculptés de la cathédrale de Chartres sont répartis sur les trois façades par groupes de trois chacun. C’est, par ailleurs la seule en Europe dont les portails des transepts soient précédés de porches également ornés de sculptures.

Si les cathédrales sont connues comme des « livres de pierre », allusion aux milliers de détails sculptés qui « racontent » la Bible, ici, les portails sont exceptionnellement détaillés en récits bibliques de toutes sortes, autrefois polychromes. L’homme du Moyen-âge y puisait sa connaissance des Saintes Ecritures en essayant de comprendre, d’appréhender les messages offerts à ses yeux, et ainsi de parvenir à l’Invisible par le visible, de l’image au symbole universel. On peut estimer que 10.000 personnages y sont peints ou sculptés. Autrefois tout était peint, dehors comme dedans.

Cathédrale de Chartres -Vitraux
Au 12ème et 13ème siècle, il était de règle que les verrières soient exécutées en même temps que les constructions des murs. 

La cathédrale de Chartres possède le plus important ensemble vitré du 13ème siècle présent dans un même édifice : 184 verrières dont 43 roses et 141 lancettes, soient 2600 m² de verre.

Ces vitraux illuminent, les après-midi de soleil la pierre de la nef par des jeux de lumières bleues, or, rouge, à la manière d’un gigantesque livre d'images représentant les étapes de la bible, mais aussi la vie corporative du Moyen Âge.

La cathédrale de Chartres, ce magnifique vaisseau de pierre est un univers de symboles que chacun peut lire à sa façon, avec le regard du profane, ou celui de l’initié.


  
L’horloge Astrolabique

Au Moyen-âge, la société est essentiellement catholique et agricole. La vie des hommes est structurée par les prières et les tâches agricoles. Avant l'invention de l'horloge mécanique c'est le cadran solaire qui donne l'heure, pour les activités publiques aussi bien que religieuses. La subdivision précise du jour et de la nuit et la réglementation des offices est une nécessité pour le clergé. C’est donc  dans les édifices religieux que sont construites les premières horloges.

La cathédrale de Chartres est, avec celle de Bourges, la seule à posséder une horloge dite « astrolabique ». Il n’existe que deux exemplaires de ce type conservés et connus dans le monde.. Il est fait mention de cette  horloge, située dans le pavillon de l'Horloge, dès 1407. Ce bâtiment, situé au pied du clocher nord, était destiné à abriter la machinerie de l'horloge à l'extérieur de la cathédrale. Son mécanisme était relié aux cloches par un système complexe de tringles qui a depuis disparu.

L'horloge astronomique de la cathédrale de Chartres présente un cadran d’environ un mètre de diamètre. Il indique les 24 heures de la journée, les phases de la lune, le temps d'un cycle lunaire et les signes du zodiaque correspondants au mois de l'année. Son mécanisme, endommagé à la Révolution, a fait l'objet d'une restauration en 2008.

Horloge Astrolabique de la Cathédrale de Chartres

Le labyrinthe 

Le labyrinthe de la Cathédrale de Chartres comprend onze anneaux concentriques séparés par une bordure de marbre bleu Il n'existe qu'un chemin pour rejoindre le centre sans impasses ni fausses pistes. Mais le chemin est laborieux : le chrétien qui le parcourait à genoux, en simulant le pèlerinage pour gagner son salut, devait à six reprises s'éloigner du centre alors qu'il y touchait presque. Il parcourait ainsi dix fois la hauteur de la nef et l'on dit qu'il y mettait le même temps que pour parcourir en marchant une lieue.

Le pèlerin découvrait au centre une rosace, reflet de celle du vitrail ornant la façade, et, étrangement en ce lieu, l'image de Thésée et du Minotaure. L'Église remplaça progressivement, dans les cathédrales et abbayes, l'image du Minotaure par celle du Christ avant d'entreprendre la destruction des labyrinthes apparaissant comme une impardonnable concession aux rites païens.



Les labyrinthes gravés sur le sol des cathédrales étaient à la fois la signature de confréries initiatiques, de constructeurs et les substituts du pèlerinage en Terre Sainte. La plupart ont été détruits et nous ne connaissons certains uniquement par des dessins qui furent exécutés par des artistes ou des curieux, à différentes époques.

Ces labyrinthes ont des géométries variées, octogonale à Reims et à Amiens, circulaire à Chartres ou carrée à Orléansville en Algérie, mais ils possèdent tous une caractéristique commune : un parcours unique, contenant une seule voie qui mène au centre que l'on atteint après avoir effectué un certain nombre de tours, détours et retours sur soi-même.

L'essence même de ce type de labyrinthes est de construire dans un espace défini, un chemin à l’enchevêtrement le plus complexe possible qui a pour effet de retarder l'arrivée de celui qui parcourt ce chemin jusqu’au centre qu'il veut atteindre, sans toutefois lui faire courir le risque de se perdre. Le labyrinthe se présente alors comme un chemin initiatique et spirituel qui contient une voie et une seule, celle qui mène à Dieu. L'Eglise a probablement favorisé cette configuration, ne souhaitant pas que le fidèle puisse croire qu'il était possible de s'égarer en cherchant à gagner le royaume du ciel.

A la manière d'un pèlerinage, ces labyrinthes étaient désignés généralement sous le nom de « Chemin de Jérusalem » et se parcouraient à genoux en chantant des psaumes et des pénitences, jusqu'en leur centre. Le croyant qui ne pouvait accomplir le pèlerinage réel parcourait en imagination le labyrinthe jusqu'à ce qu'il arrive au centre, au lieu saint.    

A l'image du combat de Thésée contre le Minotaure, le parcours vers le centre du labyrinthe figurait l'âme régénérée par la grâce divine triomphant du mal, arrivant au centre du labyrinthe : la Jérusalem céleste. C'est pour mettre en relief la valeur et l'importance de ce qui se trouve au centre que la plupart d’entre eux était constitué de plaques circulaires de cuivre ou de marbres, gravées ou sculptées. Ces plaques ont aujourd'hui disparu, victimes de l'usure du temps.


Combles de la Cathédrale de Chartres
Les photographies ci-dessous sont l'oeuvre d'Eric GRIMAUD et proviennent du site 

N'hésitez pas à vous y rendre pour en découvrir d'autres, tout aussi fabuleuses.






mardi 1 décembre 2015

Genèse - Wojtek Siudmak (1942-)

Wojciech Kazimierz (Wojtek) Siudmak, né le 10 octobre 1942 à Wieluń est un peintre d'origine polonaise, installé en France.

Genèse - Wojtek Siudmak

Il étudie au Collège d'Arts Plastiques de Varsovie de 1956 à 1961 et aux Beaux-Arts de Varsovie de 1961 à 1966. En 1966, il vient étudier à l'École nationale supérieure des beaux-arts à Paris et s'établit définitivement en France. Il vit actuellement en région parisienne.

Il qualifie son œuvre de "fantastique hyper-réaliste". Elle dépeint des univers fantasy, science-fiction, sur toile à la peinture à l'huile. Son œuvre a quelques points commun avec M.C. Escher, Max Klinger, Léonor Fini mais aussi Dali, Magritte et Paul Delvaux. Siudmak voisine avec Dali par sa virtuosité à rendre l'illusion tridimentionnelle de l'espace, par son sens des ombres et des lumières, les perspectives linéaires et aériennes. 

Wojtek SIUDMAK, Imaginales 2005
Siudmak ajoute à ces moyens d'expression artistique traditionnels des moyens purement hyper réalistes et très personnels, où la recherche de la perfection technique est mise au service d'une imagination débordante et originale.

De nombreuses personnalités ont exprimé leur admiration pour sa peinture, dont : George Lucas, Robert Silverberg, Paul Guth, J.J. Annaud, Jacques Goimard, Stan Robinson, Françis Lai...

Son travail est principalement célèbre par ses illustrations de couvertures de romans de science-fiction. Il a illustré tous les numéros de la collection Presses Pocket Science-fiction dirigée par Jacques Goimard, dont la série "Dune" de Frank Herbert.



video
Parcours de l’œuvre de W. Siudmak
Panorama réalisé par Michel Montagut, musique de Yann Linhart.

Cette vidéo se trouve sur le site internet de Wojtek Siudmak
  

samedi 21 novembre 2015

A l’école du caméléon - Amadou Hampâté Bâ (1900-1991)


Le caméléon est un très grand professeur. Regardez-le.
 
Quand il prend une direction, il ne tourne pas la tête. Faites comme lui. Ayez un objectif dans votre vie et que rien ne vous en détourne. Le caméléon ne tourne pas la tête mais c’est son œil qu’il tourne. Il regarde en haut, en bas. Cela veut dire : informez-vous. Ne croyez pas que vous êtes seul sur la terre.
 
Quand il arrive dans un endroit, il prend la couleur du lieu. Ce n’est pas de l’hypocrisie. C’est d’abord de la tolérance et puis du savoir-vivre. Se heurter les uns les autres n’arrange rien. Jamais rien n’a été construit dans la bagarre. Il faut toujours chercher à comprendre l’autre. Si nous existons, il faut admettre que l’autre existe.
  
Si le caméléon avance, il lève le pied. Il balance. Cela s’appelle de la prudence dans la marche. Pour se déplacer, il accroche sa queue, ainsi, si ses pieds s’enfoncent, il reste suspendu. Cela s’appelle assurer ses arrières. Ne soyez donc pas imprudent.
 
Lorsque le caméléon voit une proie, il ne se précipite pas dessus, mais il envoie sa langue. Si sa langue peut lui ramener, elle lui ramène. Sinon il a toujours la possibilité de reprendre sa langue et d’éviter le mal. Allez doucement dans tout ce que vous faites. Si vous voulez faire une œuvre durable, soyez patient, soyez bon, soyez humain. 
Voilà. Si vous vous trouvez dans la brousse, demandez aux initiés qu’ils vous racontent la leçon du caméléon.


Amadou Hampâté Bâ


Amadou Hampâté Bâ (1900-1991)
Amadou Hampâté Bâ est un écrivain et ethnologue malien né à Bandiagara (Mali) en 1900 (ou 1901) et mort le 15 mai 1991 à Abidjan (Côte d’Ivoire).

Amadou Hampâté Bâ est né à Bandiagara, chef-lieu du pays Dogon et ancienne capitale de l’Empire toucouleur du Macina. Enfant de Hampâté Bâ et de Kadidja Pâté Poullo Diallo, il est descendant d’une famille peule noble. Après la mort de son père, il sera adopté par le second époux de sa mère, Tidjani Amadou Ali Thiam, de l’ethnie toucouleur.

 
Il fréquente d’abord l’école coranique de Tierno Bokar, avant d’être réquisitionné d’office pour l’école française à Bandiagara puis à Djenné. En 1915, il se sauve pour rejoindre sa mère à Kati où il reprendra ses études.

En 1921, il refuse d’entrer à l’École normale de Gorée. A titre de punition, le gouverneur l’affecte à Ouagadougou, en qualité d’"écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable". De 1922 à 1932, il occupe plusieurs postes dans l’administration coloniale en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) puis jusqu’en 1942 à Bamako. En 1933, il obtient un congé de six mois qu’il passe auprès de Tierno Bokar, son maître spirituel.

En 1942, il est affecté à l’Institut français d'Afrique noire (IFAN) de Dakar grâce à la bienveillance de son directeur, le professeur Théodore Monod. Il y effectue des enquêtes ethnologiques et recueille les traditions orales. Il se consacrera notamment à une recherche de quinze ans qui le mènera à rédiger l’Empire peul du Macina. En 1951, il obtient une bourse de l’UNESCO lui permettant de se rendre à Paris et de rencontrer les milieux africanistes, notamment Marcel Griaule.

En 1960, à l’indépendance du Mali, il fonde l’Institut des sciences humaines à Bamako et représente son pays à la Conférence générale de l’UNESCO. En 1962, il est élu membre du Conseil exécutif de l’UNESCO. En 1966, il participe à l’élaboration d’un système unifié pour la transcription des langues africaines. En 1970 prend fin son mandat à l’UNESCO.

Amadou Hampâté Bâ se consacre alors entièrement à son travail de recherche et d’écriture. Les dernières années de sa vie, il les passera à Abidjan à classer ses archives accumulées durant sa vie sur les traditions orales d’Afrique de l’Ouest ainsi qu’à la rédaction de ses mémoires, Amkoullel l’enfant peul et Oui mon commandant !, qui seront publiés en France en 1991. Il meurt à Abidjan en mai 1991.


video
Entretien avec le célèbre écrivain anthropologue sénégalo malien Amadou Hampaté Bâ.
Un certain regard - 07/09/1969 - Archive I.N.A.

vendredi 30 octobre 2015

Le sacré et le profane - Mircea Eliade (1907-1986)

Gallimard Collection Folio / Essais
"Le sacré et le profane" de Mircea Eliade, éclaire sur la situation de l'homme dans un monde saturé de valeurs religieuses, sur la signification profonde de l'existence religieuse de type archaïque et traditionnel de l'homme moderne, leurs modalités d'être dans le monde, entre sacré et profane, deux situations existentielles assumées par l'homme au long de son histoire.

L'ouvrage  est composé de quatre parties :

a) L'espace sacré et la sacralisation du monde
b) Le temps sacré et les mythes
c) La sacralité de la Nature et la religion cosmique
d) Existence humaine et vie sanctifiée

Le sacré et le profane constituent deux modalités d'être dans le monde, deux situations existentielles assumées par l'homme au long de son histoire. Ces modes d'être dans le monde n'intéressent pas uniquement l'histoire des religions ou la sociologie, ils ne constituent pas uniquement l'objet d'études historiques, sociologiques, ethnologiques. 

En dernière instance, les modes d'être sacré et profane dépendent des différentes positions que l'homme a conquises dans le Cosmos ; ils intéressent aussi bien le philosophe que tout chercheur désireux de connaître les dimensions possibles de l'existence humaine.

samedi 10 octobre 2015

L'image de l'Homme

lundi 5 octobre 2015

Les Moaï de l’Ile de Pâques

Les Moaï (localement mo'ai) sont les statues monumentales de l’île de Pâques, en Polynésie. Leur taille varie de 2,5 à 9 mètres, pour un poids moyen de 14 tonnes, jusqu'à 80 tonnes pour les plus grosses. Toutes sont des monolithes tournés principalement vers l’intérieur de l’île à l'exception du site Ahu Akivi dont les Moaï regardent l'océan. On estime leur nombre entre environ 600 à 800. Elles ont été taillées dans la carrière du volcan Rano Raraku à l'est de l'île. On peut même encore y voir des statues inachevées.

Les Moaï bien qu'étant en basalte pour l'essentiel, ont les yeux constitués d'os (de requins ou parfois d'autres vertébrés), et les pupilles étaient incrustées de corail ou d'obsidienne. Ils étaient taillés à l'aide de hache "Toki", des haches grossièrement taillées et polies dans du basalte ou en éclats d'obsidienne. Ils portaient tous lors de leur édification un Pu Kao (la coiffe qu'ils portent au sommet de leur tête), on peut traduire cela par le terme "chignon". Ces coiffes, d’une tonne environ, n'étaient pas taillées dans le même volcan, c'est une pierre rouge provenant de la face ouest de l'Ile. Elles étaient taillées sur place puis transportées. Elles ont la forme d'un chapeau cylindrique terminé par un bouton.

Ahu Tongariki

L'île de Pâques est probablement le lieu le plus isolé du monde. Elle se situe dans l'Océan Pacifique à 3700 km. de Tahiti.  La terre la plus proche est Pitcairn située à 2000 km d'elle. Ses coordonnées précises sont 109° de la latitude Ouest et 27° de longitude Sud.

Elle prit son nom lors de sa découverte par l'explorateur hollandais : l'Amiral Jacob Roggeveen qui l'aperçut le soir du dimanche de Pâques le 5 avril 1722. Il la nomme Paasch Eylandt, littéralement: "Île de Pâques". L'île est constituée d'une terre aride, dénudée, desséchée par le vent qui empêche la végétation de pousser sur un sol fertile.

Sur cette île perdue, aux paysages arides s'est développé ce que personne n'attendait: une civilisation étonnante et riche qui a laissé des traces monumentales avant de sombrer. A partir de ces quelques éléments, des centaines d'hommes, plus ou moins scientifiques, ont élaboré des théories pour tenter d'expliquer le mystère. On pense que les premiers hommes se sont établis sur l'île en 500 après J-C. et qu'ils venaient de Polynésie.


Il existe plusieurs théories sur l’origine de ces statues

Les théories fantastiques

- Les vestiges d'un continent disparu: les Moaï auraient été construits par les héritiers d'une civilisation hautement avancée mais ayant brutalement disparue. Trois civilisations mythiques sont en concurrence: la Lémurie, l'équivalent de l'Atlantide, mais située dans l'océan indien ; l'empire de Mu, vaste continent du Pacifique et enfin tout simplement l'Altlantide dont l'île de Pâques aurait été un avant poste.

- L'implantation extra-terrestre. Dans cette théorie, tout s'explique: les Moaï sont la représentation fidèle des visiteurs de l'espace et ce sont eux qui ont donné les moyens techniques (ou peut-être même la force physique) de déplacer ces énormes statues.

La théorie actuelle

On ne sait pas encore tout sur l'île de Pâques. Mais aujourd'hui des connaissances scientifiques et des hypothèses rationnelles permettent de se faire une idée de ce qui s'est passé. A l'époque de la construction des Moaï, l'île était couverte de forêts. C'est justement la construction massive des statues, dont on pense qu'elles symbolisaient la gloire des chefs de clan, qui a causé la disparition des forêts. On s'en servait pour faire rouler les statues. Conséquence: la terre n'a plus été retenue par les racines des arbres et elle a été érodée de façon accélérée avec les pluies. L'agriculture est en crise et très vite une terrible famine fait rage. Les Pascuans entrent alors dans une phase de guerre civile dans le but de posséder le peu de ressources à disposition. Leur civilisation sombre rapidement.

Cette théorie est séduisante, elle correspond parfaitement à l'air du temps où l'on aime à penser que l'île de Pâques représente le monde où l'homme court à sa perte s'il continue de surexploiter les ressources de la Terre.

Toutefois, près de trois cents ans après la découverte de cette île et de ses trésors archéologiques, les mystères concernant Rapa Nui demeurent entiers. Ce ne sont que bribes de réponses, suppositions et théories que les passionnés d'architecture, comme les chercheurs, parviennent à donner.




Le célèbre aventurier anglais James Cook eut cette réflexion en découvrant les Moaï en 1774: "Comment ces insulaires, qui ne connaissaient en aucune manière les puissances de la mécanique, ont pu élever des masses si étonnantes, et ensuite placer, au-dessus, les grosses pierres cylindriques ? Ces monuments singuliers, étant au-dessus des forces actuelles de la nation, sont vraisemblablement des restes d'un temps plus fortuné. Sept cents insulaires, privés d'outils, d'habitations et de vêtements, tout occupés du soin de trouver des aliments et de pourvoir à leurs premiers besoins, n'ont pas pu construire des plates-formes qui demanderaient des siècles de travail".


Quelles étaient leurs fonctions ?

Elles sont mystérieuses. Certains y voient des fonctions religieuses: des statues dressées en l'honneur de dieux, idoles gigantesques dédiées à la prière et à l'adoration. Ces statues étaient peut-être dressées dans le but de protéger les habitants (des guerres, d'étrangers, d'esprits malfaisants, du climat). Seraient-elles là pour veiller sur l'île ? Ou bien serait-ce des monuments dressés en l'honneur des morts. Toutes les statues sont tournées vers l'intérieur de l'île (le dos face à la mer). Il existe une exception, le Ahu Akivi,  un alignement de 7 Moaï qui regardent en direction de la mer. Cependant,  leur regard se dirige toujours vers le ciel, on les surnomme régulièrement "ceux qui regardent les étoiles".

Ce qui à posé bon nombres de questions, c'est aussi leur physique. Ils n'ont pas de caractéristiques physiques des Polynésiens. Ils ont des nez aquilins, des lèvres fines, des fronts hauts et de la barbe. C'est pour cela que beaucoup pense que l'île a subi deux vagues de migrations d’origine différente (l’une venant de Polynésie et l'autre d'Amérique du Sud probablement du Pérou).
 

Que leur est il arrivé au cours des siècles ? 
Depuis leurs créations, les Moaï ont subi des dommages ou des modifications. En effet, après la plus violente des guerres tribales (celles où les "courtes oreilles" ou anéanties les "longues oreilles"), la plupart des statues ont été abattues, mais pas forcément tout de suite.

En effet, au fur et à mesure des premières explorations de l'île (celles du XIXème siècle), les Européens se sont aperçus qu'il y avait de moins en moins de Moaï debout. Il est probable que puisque c'étaient les Longues Oreilles qui faisaient sculpter les statues, les nouveaux chefs de l'île se soient désintéressés des statues.

Ils ont perdus leur yeux (les os qui servaient a cet effet) ont subi les dommages du temps. Bon nombre ont aussi perdu leur Pu Kao (la coiffe qu'ils portent au sommet de leur tête). Aujourd'hui encore, il reste des dizaines de statues dans la carrière qui n'ont pas été achevées (jusqu’à 300 selon certaines estimations).

On en trouve à tous les stades de la construction: à peine démarrées, bien entamées et même certaines quasiment prêtes à partir. Notamment la plus grande statue de toutes qui n'a jamais été achevée: elle mesure plus de 24 mètres, elle aurait pesé entre 135 et 150 tonnes. Ces statues non finies attestent d'un arrêt soudain de leur fabrication (lié sans aucun doute au massacre des "Longues Oreilles").

Au Nord-est de l'île, dans la baie de Hanga Hoonu (Baie Lapérouse), on trouve à côté du plus grand Moaï (une douzaine de mètres, mais il a été mis à terre), une petite pierre ronde. On n'a pu réussir à déterminer depuis combien de temps cette pierre est là, ni si ce sont les vents et la mer qui l'ont ainsi façonnée naturellement ou bien si cette pierre a été sculptée par l'homme. Enfin pour les Pascuans, cette pierre dans leur culture représente le centre du monde (étrange car elle ne se situe pas du tout au centre de l’île). Il semblerait que par le passé, les Pascuans accordaient réellement une valeur très importante à cette pierre. Un culte lui était probablement dédié.



Un culte nouveau, celui de "l’homme oiseau", se mettait en place quand l’île fut découverte le 5 avril 1722 par ce marin hollandais, Jacob Roggeveen. L’évangélisation massive de la population fit disparaître toute trace des anciens cultes de sorte que la plupart des souvenirs de cette civilisation fut perdu.

Néanmoins, la tradition d'édification des Moaï est restée ancrée dans la culture orale de Pascuans. Tous les printemps, la plus grande fête de l'année avait lieu. C'était une compétition où chaque participant devait s'emparer d'un œuf. Elle était précédée d'une cérémonie religieuse consacrée au culte de l'Homme-Oiseau. C'était la fête de "Tangata Manu". L'objectif de cette fête était de désigner un second roi sur l'île pour un an. Le concurrent (une personne influente) était représenté par un serviteur (le Hopu).



Celui-ci se dirigeait avec les autres concurrents à la falaise d'Orongo et se rendait vers l'île de l'Homme Oiseau qui est la plus éloignée (environ à 2 km de la côte). Ils devaient ramener le premier œuf de sterne (des hirondelles de mer ou Manutara dans le langage local) pondu sur l'îlot de Moto Nui. Il fallait pour cela, grimper une falaise à pic de 180 mètres et ramener l'œuf sur sa tête sans évidemment le briser. Pendant la compétition, la population observait sur la pente en face de l'îlot pour attendre le vainqueur et bien veiller au respect des règles. Le site d'Orongo était situé sur la partie de la crête du cratère du Rano Kao qui surplombe les hautes falaises noires où se trouve un village avec des maisons en forme de pirogue faites de pierres. Celui qui ramenait l'œuf à son maître, prenait alors le nom d'Homme-Oiseau (ou dans la langue locale le Tangata manu); il incarnait sur Terre le dieu Maké Maké: le créateur de l'univers.

Le maître gagnait un pouvoir considérable pour une année: il devenait le second roi de l'île ou obtenait un titre de chef militaire (quand on sait que les tribus se bataillaient régulièrement, on peut mieux percevoir l'importance de cet homme).

Après la fête, le guerrier qui rapportait l'œuf se faisaitt raser le crâne et devait séjourner pendant un an (jusqu’à la prochaine célébration) dans une grotte. Très peu de personnes avaient le droit de le voir et ses repas étaient préparés par les quelques personnes habilitées à le faire (essentiellement des prêtres). Il était soumis à de sévères interdits du fait de son caractère sacré. Cette compétition dura jusqu'à la fin du XIXème siècle, elle finit par disparaître en raison de la présence de très peu de Pascuans d'origine au fil des années, les traditions se perdant.

Carte de l'Ile de Paques


Depuis 1995, le patrimoine exceptionnel de l’île est protégé et inscrit au Patrimoine mondial de l'Humanité par l'UNESCO. Des parcs ou réserves naturelles, parfois surveillés, enserrent les zones des vestiges. La communauté rapanui veille jalousement sur les traces de son histoire et constitue un pouvoir parallèle au gouvernement officiel Chilien. D’après le recensement de 2002, l’île compte 3 791 habitants.

lundi 14 septembre 2015

Pythagore (-580/-495)

Buste de Pythagore - Musées du Capitole - Rome
Pythagore est un philosophe, mathématicien et scientifique qui serait né aux environs de 580 avJC à Samos, une île de la mer Égée au Sud-Est de la ville d'Athènes et mort vers 495 avJC. Le nom de Pythagore ou Pyth-agore, étymologiquement « celui qui a été annoncé par la Pythie », découle de l'annonce de sa naissance faite à son père lors d'un voyage à Delphes.

La vie énigmatique de Pythagore permet difficilement d'éclaircir l'histoire de ce réformateur religieux, mathématicien, philosophe et thaumaturge. Pythagore naquit à Samos mais s'enfuit de son île pour se soustraire au tyran Polycrate qui y régnait. Il s'établit dans la colonie grecque de Crotone, dans le sud de l'Italie. Là, il fonda une communauté religieuse qui obéissait à des règles diététiques strictes et à d'autres formes d'autodiscipline. 

Nous ne connaissons son enseignement que par ses élèves, dont beaucoup étaient des femmes, y compris son épouse Théanô et ses filles. Il semble avoir enseigné qu'il y avait un cycle de réincarnation et que par l'étude et par une vie droite chacun peut atteindre un état qui permet à l'âme d'échapper au cycle et de rejoindre l'âme du monde.

En mathématiques, c'est probablement lui qui démontra le théorème qui porte son nom: "Dans un triangle rectangle, le carré de l'hypoténuse est égal à la somme des carrés des deux autres côtés." Le fait lui-même était connu empiriquement depuis des siècles, toutefois, l'école de Pythagore a peut-être été la première à donner une preuve du théorème. La légende rapporte que Pythagore en fut si fier qu'il sacrifia aux dieux une hécatombe, c'est-à-dire 100 boeufs. 

En astronomie, on lui attribue la découverte qu'Hespérus et Phosphorus (l'étoile du matin et l'étoile du soir) étaient la même chose, connue aujourd'hui sous le nom de planète Vénus. Et, en acoustique, il établit les rapports mathématiques auxquels obéissent les intervalles dans l'échelle des sons. Cette dernière découverte est peut-être la plus importante, car elle conduisit Pythagore à l'idée que l'Univers dans son ensemble pouvait être expliqué mathématiquement. C'était un grand progrès par rapport aux Milésiens. Au lieu de rechercher un élément premier hypothétique, que ce soit le feu, l'eau ou l'illimité, les pythagoriciens s'efforçaient d'expliquer le monde mathématiquement. Cela traça la voie de la science en général et influença toute une série de savants et de philosophes, principalement Platon puis Galilée.

Le néopythagorisme est empreint d'une mystique des nombres, déjà présente dans la pensée de Pythagore. Hérodote le mentionne comme « l'un des plus grands esprits de la Grèce, le sage Pythagore ». Il conserve encore aujourd'hui un grand prestige à tel point que Hegel disait qu'il était « le premier maître universel ».

Pythagore serait le premier penseur grec à s’être qualifié lui-même de "philosophe". Cicéron évoque l'anecdote célèbre sur la création du mot " philosophe ", " amoureux de la sagesse ", par Pythagore :

"Par la même raison, sans doute, tous ceux qui se sont attachés depuis aux sciences contemplatives, ont été tenus pour Sages, et ont été nommés tels, jusques au temps de Pythagore, qui mit le premier en vogue le nom de philosophes. Héraclide de Pont, disciple de Platon, et très habile homme lui-même, en raconte ainsi l'histoire. Un jour, dit-il, Léon, roi des Phliasiens, entendit Pythagore discourir sur certains points avec tant de savoir et d'éloquence, que ce prince, saisi d'admiration, lui demanda quel était donc l'art, dont il faisait profession? A quoi Pythagore répondit, qu'il n'en savait aucun; mais qu'il était philosophe. Et sur ce, le roi, surpris de la nouveauté de ce nom, le pria de lui dire qui étaient donc les philosophes, et en quoi ils différaient des autres hommes."

Cicéron,Tusculanes

L'âme, la transmigration des âmes

Pour Pythagore, le corps (sôma) est un tombeau (sêma), à la fois prison et "signe" ou "protection" de l'âme. Philolaos : "Les anciens théologiens et devins témoignent eux aussi que c'est en punition de certaines fautes que l'âme a été attelée au corps et ensevelie en lui comme un tombeau." L'âme est un nombre, en ce sens qu'elle est harmonie, bonne proportion, combinaison des propriétés composant le corps (c'est la théorie du pythagoricien Simmias dans le Phédon, de Platon). Elle est vie, car mouvement.

Pythagore pensait "que l'âme est immortelle ; ensuite, qu'elle passe dans d'autres espèces animales ; en outre, qu'à des périodes déterminées ce qui a été renaît, que rien n'est absolument nouveau, qu'il faut reconnaître la même espèce à tous les êtres qui reçoivent la vie." A beaucoup de ceux qui l'abordaient il rappelait la vie antérieure que leur âme avait jadis vécue avant d'être enchaînée à leur corps actuel. Et lui-même, par des preuves irrécusables, démontrait qu'il réincarnait Euphorbe, fils de Panthoos.

L'intervalle entre incarnations serait 216 ans (6 au cube). Et l'explication vient de la nature de l'âme : il y a transmigration de l'âme parce que, par nature, elle est immortelle et mouvante, Pythagore ne fait pas intervenir la justice divine, une rétribution de l'âme, puisque n'importe quelle âme peut entrer dans n'importe quel corps. D'où vient à Pythagore sa théorie de la transmigration des âmes ? d'Orphée ? de Phérécyde de Syros ? depuis l'Inde ? On l'ignore.

La communauté pythagoricienne

L'école pythagoricienne de Crotone devint par la suite une hétairie (confrérie) politique de courant aristocratique. Il s'agit d'une fraternité philosophique, religieuse et scientifique, proche de l'orphisme. On dirait aujourd'hui un Ordre, au sens où la Franc-maçonnerie un un Ordre.

La communauté s'échelonne sur quatre degrés initiatiques et hiérarchiques, comme dans de nombreuses organisations initiatiques. Les femmes et les étrangers sont admis. Les profanes sont "les gens du dehors", les gens du commun, auxquels rien n'est révélé.

Premier degré : les postulants
Pythagore observe, chez ceux qui se présentent comme candidats, les traits du visage (physiognomonie) et les gestes (kinésique), mais aussi les relations avec les parents, le rire, les désirs, les fréquentations. On est admis ou pas.

Deuxième degré : les néophytes
Leur période de probation dure trois ans, pendant laquelle Pythagore examine la persévérance, le désir d'apprendre. Au terme ils sont refusés ou acceptés. Acceptés, ils prononcent le serment de silence : "Non, par celui (Pythagore) qui a trouvé la tétraktys de notre sagesse, source qui contient en elle les racines de la nature éternelle."

Troisième degré : les acousmaticiens
Les acousmaticiens (auditeurs), reçoivent un enseignement de cinq ans, donné sous forme de préceptes oraux, sans démonstration, destinés à être gardés en mémoire ; par exemple : "Ne pas avoir sur les dieux des opinions ou des paroles hâtives." Ces cinq ans sont cinq ans de silence. Les auditeurs sont devant le rideau derrière lequel Pythagore se dissimule. Ils mettent leurs biens en commun. Postulants, néophytes et auditeurs forment le grade des "exotériques" ou novices.

Quatrième et dernier degré : les mathématiciens
Les mathématiciens ("savants") ou sindonites (habillés de lin). Ils devenaient des ésotériques, dans la mesure où ils accèdent à la connaissance intérieure, cachée. Ils sont admis à voir Pythagore derrière son rideau. Lui-même enseigne sous forme de "symboles" au sens de formules codées, qui sont démontrées.

On voit une division des ésotériques en "vénérables" , "politiques" et "contemplatifs".

Les vénérables ou pieux s'occupent de religion. Les politiques s'intéressent aux lois, aux affaires humaines, tant dans la communauté pythagoricienne que dans la cité. Les contemplatifs étudient arithmétique, musique, géométrie, astronomie : les quatre sciences selon Archytas, qui formeront le quadrivium du Moyen Âge. Il faudrait ajouter les physiciens ou naturalistes, qui se penchent sur les sciences concrètes : géographie, météorologie, médecine, mécanique... mais aussi grammaire, poésie...

De nombreuses règles, pour ne pas dire tabous, s'imposent à celui qui adopte "la vie pythagorique".

* règles diététiques (du pur végétarisme au végétarisme sélectif) : interdiction de manger du rouget, le cœur, le cerveau, la moelle, les fèves, les œufs... bref tout ce qui symbolise la vie. La consommation de la chair des animaux sacrifiés semble autorisée par certains pythagoriciens, sans doute par concession à la religion officielle.
* rites religieux : sacrifices non sanglants et sans feu,  honorer les dieux, éviter bouchers et chasseurs, culte  aux dieux farine, miel, fruits, fleurs et autres produits de la terre, purifications, ablutions et aspersions et onctions lustrales...
* exercices spirituels : respect de soi-même, examen de conscience chaque soir, continence sexuelle, exercer sa mémoire, chanter en s'accompagnant de la lyre, lire des livres édifiants ensemble...
* exercices physiques : gymnastique, athlétisme, promenade à deux ou trois, danse...
*objets sacrés : vêtements blancs de lin (mais pas de laine, animale), signes de reconnaissance (le pentagramme), symboles (la tétraktys)..
Pentagramme

L'enseignement de Pythagore

Pythagore pense que le monde doit être compris par le nombres. Il dispense des principes exotériques, connus de tous, par exemple : "Il est interdit de prier pour soi-même", "Entre amis, tout est commun". Mais d'autres enseignements sont ésotériques, c'est-à-dire réservés aux initiés et d'expression symbolique, qui portent ur les secrets de la nature et des dieux. Ces enseignements secrets sont appelés Mémoires, car il faut s'en souvenir, sans les écrire. Ce sont, d'une part, les "acousmates", des dits (prononcés en grec dorien, la langue des pythagoriciens), des préceptes oraux ; ce sont, d'autre part, les « symboles », des formules codées, des sommaires. Car "tout ne peut pas être dit à tout le monde."

Jamblique classe les acousmates en trois types, selon qu'ils révèlent l'essence ("qu'est-ce ?", l'absolu ("qu'est-ce qui est le plus ?") ou le devoir ("que faut-il faire ou pas ?").

* "Qu'est-ce que les Îles des bienheureux ? - Le Soleil et la Lune. "
* "Qu'est-ce que l'oracle de Delphes ? - La tétraktys."
* "Qu'est-ce qui est le plus juste ? - Offrir un sacrifice" (de soi, autrement dit "savoir renoncer à quelque chose pour avancer").
* "Qu'y a-t-il de plus savant ? - Le nombre."
* "Ne pas aider à décharger un fardeau. - Il ne faut pas encourager le manque d'effort."
* "Suis dieu" . C'est la devise du pythagorisme.

En plus des acousmates, préceptes abstraits, il existe une autre catégorie de préceptes, les symboles, qui sont des préceptes pratiques imagés. Les profanes y voient des superstitions ou des bêtises, mais les initiés savent y déchiffrer une idée ou un acte.

* "Ne pas passer par-dessus une balance." Autrement dit : "Pratiquer tous les actes justes ", ou "ne pas chercher plus que sa part ", et non éviter de façon superstitieuse de passer au-dessus d'une balance.
* "Ne pas manger le coeur". Éviter la chair crue, ou "ne pas se ronger de chagrin".

En plus, il y a les "symboles secrets" ou "signes de reconnaissance", qui permettaient aux pythagoriciens initiés de se reconnaître entre eux. Les plus célèbres symboles secrets sont le fameux pentagramme à 5 branches et 5 côtés et la tétraktys.

Tétraktys, Alchimie et Ourobouros

La richesse des travaux entrepris par l'école pythagoricienne a été telle que ses idées et découvertes ont inspiré nombre de courants de pensée. Pythagore a influencé toutes les époques et toutes les cultures d'Occident et d'Orient, toutes les disciplines : mathématiques, musique, philosophie, astronomie, etc. Son encyclopédisme en fait une pensée totale, avec interpénétrations et ramifications.

En art, Pythagore inspire l'architecte romain Vitruve au Ier siècle puis les théoriciens du nombre d'or comme Luca Pacioli illustré par Léonard de Vinci en 1509. Les écoliers qui étudient le théorème de Pythagore ou apprennent la table de multiplication s'inscrivent dans sa lignée.

Léonard de Vinci - Proportion de l'homme (détail) - 1492 - Venise, Galerie de l'Académie

Pythagore a fondé une véritable religion, et quantité de légendes. Dans le domaine ésotérique et initiatique, son œuvre continue. Dès 1410, le manuscrit Cooke (ligne 216), un document de base de la franc-maçonnerie opérative, mentionne Hermès et "Pictagoras". Des loges franc-maçonniques se réclament de la pensée pythagoricienne. 
Etoiles flamboyantes - Symboles maçonniques à partir du pentagramme


Citations de Pythagore


"Les deux mots les plus brefs et les plus anciens, oui et non, sont ceux qui exigent le plus de réflexion.

"Le commencement est la moitié de tout.

"Délaisse les grandes routes, prends les sentiers.

"Ne dis pas peu de choses en beaucoup de mots, mais dis beaucoup de choses en peu de mots."

"Dans le doute abstiens-toi."

"Qui parle sème ; qui écoute récolte."

"Il vaut mieux se faire aimer que se faire craindre."

"Un ami, c'est un autre moi."

"Le possible n'est pas loin du nécessaire."

"Toute chose est nombre."

"Il y a un principe bon qui crée l'ordre, la lumière et l'homme. Il y a un principe mauvais qui crée le chaos, les ténèbres et la femme."

"Les maux qui dévorent les hommes sont le fruit de leurs choix ; et ces malheureux cherchent loin d'eux les biens dont ils portent la source."

"Ne commence rien dont tu puisses te repentir dans la suite. Garde-toi d'entreprendre ce que tu ne sais pas faire, et commence par t'instruire de ce que tu dois savoir. C'est ainsi que tu mèneras une vie délicieuse."

Extrait de Les vers dorés

"Les nombres gouvernent le monde."

"Le monde est une comédie dont les philosophes sont les spectateurs."

"Repose-toi d'avoir bien fait, et laisse les autres dire de toi ce qu'ils veulent."

"La raison est immortelle, tout le reste est mortel."

"Un homme n'est jamais si grand que lorsqu'il est à genoux pour aider un enfant."

"Il n'existe que cinq choses contre lesquelles il faut se battre : les maladies et les passions du corps, l'ignorance, les guerres civiles et les disputes de famille."

"Une pensée est une idée de passage."

"Aucun homme n'est libre s'il ne sait pas se contrôler."

"Choisis toujours le chemin qui semble le meilleur même s'il paraît plus difficile : l'habitude le rendra bientôt agréable."

"Tant que les hommes massacreront les Bêtes, ils s'entre-tueront."

Extrait de Vers d'or

"N'entretenez pas de votre bonheur un homme moins heureux que vous."
  

mercredi 19 août 2015

La désobéissance civile - Henry David Thoreau (1817-1862)

Editions Mille et une nuits
La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Le terme fut créé par l'américain Henry David Thoreau dans son essai Résistance au gouvernement civil, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique.

Définition de la désobéissance civile

La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, symbolique, non violent, symbolique, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant ainsi, on s'adresse au sens de la justice de la majorité de la communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les principes de coopération sociale entre des êtres libres et égaux ne sont pas actuellement respectés.

Un acte de désobéissance civile fait appel à la capacité de raisonner et au sens de la justice du peuple. Il peut être décrit de la manière suivante:

- L'acte de désobéissance doit être une infraction consciente et intentionnelle, et doit ainsi violer une règle de droit positif. Ses auteurs prennent le risque de commettre un acte qui est, aux yeux de l'opinion publique et à ceux des autorités, généralement tenu comme une infraction.

- Il s'agit d'un acte public, ce qui le différencie de la désobéissance criminelle - cette dernière, ne prospérant que dans la clandestinité. Cette "publicité" vise à écarter tout soupçon sur la moralité de l'acte, à lui conférer, en outre, une valeur symbolique ainsi que la plus grande audience possible afin que l'acte ait le plus grand retentissement pour modifier le sentiment de l'opinion publique.

- L'acte de désobéissance s'inscrit dans un mouvement collectif. Hannah Arendt relève que « loin de procéder de la philosophie subjective de quelques individus excentriques la désobéissance civile résulte de la coopération délibérée des membres du groupe tirant précisément leur force de leur capacité d'œuvrer en commun.»

- La désobéissance civile use généralement de moyens pacifiques. Elle vise à appeler aux débats publics et, pour ce faire, elle en appelle à la conscience endormie de la majorité plutôt qu'à l'action violente. C'est un des traits qui la distingue de la révolution, qui pour arriver à ses fins peut potentiellement en appeler à la force. En outre l'opposition à la loi qui est inhérente à la désobéissance civile se fait dans une paradoxale fidélité à une loi considérée supérieure, il n'y a donc pas de violence dans l'esprit de la désobéissance civile. Celle-ci étant plutôt le fait de l'État, le seul qui dispose d'une « violence légitime » selon Max Weber, cette violence pouvant être physique mais aussi psychique, voire économique.

Aujourd'hui, le concept s'est étendu à de nombreuses personnes notamment par les actions très médiatiques des altermondialistes ou celles des mouvements anti-pub, expliquant leurs actions comme des actes salutaires de désobéissance civile, visant à faire modifier la politique des autorités.

Extrait de la Désobéissance Civile

De grand cœur, j’accepte la devise : "Le gouvernement le meilleur est celui qui gouverne le moins" et j’aimerais la voir suivie de manière plus rapide et plus systématique. Poussée à fond, elle se ramène à ceci auquel je crois également: "que le gouvernement le meilleur est celui qui ne gouverne pas du tout".


Gardons nous des généralités

Quatre hommes visitent l'Australie pour la première fois.
En voyageant par train, ils aperçoivent le profil d'un mouton noir qui broute.

Le premier homme en conclut que les moutons australiens sont noirs.

Le deuxième prétend que tout ce que l'on peut conclure est que
certains moutons australiens sont noirs.

Le troisième objecte que la seule conclusion possible est qu'en Australie,
au moins un mouton est noir.

Le quatrième homme, un sceptique, conclut qu'il existe en Australie
au moins un mouton dont au moins un des côtés est noir.

Raymond Chevalier 
 
 
Nous avons tendance à nous en remettre trop vite et trop exclusivement à l'expérience immédiate pour former notre jugement.
 
Nous construisons des "théories", des "schémas explicatifs", pour comprendre et interpréter le monde qui nous entoure. Leur utilité est énorme : ils permettent de mettre rapidement de l'ordre dans notre environnement et d'y évoluer de manière efficace.
 
Il arrive cependant que des faits imposent de revoir ces schémas. Or nous sommes parfois très malhabiles, voire récalcitrants, à le faire, ce qui nous conduit parfois à nier l'évidence.

Cela s'explique en partie par certaines erreurs de raisonnement ou encore une conclusion tirée de l'observation d'un trop petit nombre de cas ou de cas non représentatifs. Cela se traduira par une tendance à retenir volontiers des faits qui sont immédiatement disponibles, à ne considérer que certains d'entre eux, particulièrement spectaculaires ou frappants pour toutes sortes de raisons, au détriment de données plus fiables et dignes de confiance, mais aussi plus éloignées et moins extraordinaires. 

samedi 18 juillet 2015

Désordre et créativité

L'organisation a toujours été considérée comme une clé de la réussite. Que ce soit à la maison, à l'école ou sur son lieu de travail, l'organisation est le maître mot ! Toutefois, des études récentes menées par l'Université du Minnesota nous offrent une nouvelle réflexion sur ce débat. Vous avez peut-être déjà entendu dire que les personnes qui ont des bureaux en désordre ont tendance à être plus créatives. Sachez que ce n'est pas tout à fait faux (même si ce n'est bien entendu pas aussi simple que cela). Peut-être que les personnes qui vivent dans un désordre permanent doivent être plus créatifs, par nécessité, pour survivre en dehors des frontières de l'organisation.

Kathleen Vohs, une scientifique et psychologue de l'Université du Minnesota a donc entrepris une étude portant sur la créativité liée au désordre. En utilisant un paradigme consistant en une pièce désordonnée et une autre pièce bien rangée, et une série de tests, elle a conclu que les pièces en désordre permettaient de produire plus de pensées créatives. Si les résultats de ses recherches l'amènent à conclure que les environnements en désordre provoquent une réflexion plus créative, elle en fournit des preuves scientifiques. 

Albert Einstein disait quelque chose de très pertinent "Si un bureau encombré est un signe d'un esprit encombré, alors que devons-nous penser d'un bureau vide ?" Son bureau n'était pas un modèle d'ordre et de rangement. Mais il n'était pas le seul, Mark Twain aussi avait un bureau désordonné. Peut être encore plus que celui de Einstein. Et il était l'un des esprits les plus imaginatifs de sa génération. Et que dire de Steve Jobs, dont la table de travail et le bureau étaient un vrai désastre de rangement ?

Même si tout cela peut ressembler à un grand n'importe quoi pour les autres, bien souvent le désordre de quelqu'un est en réalité très méthodique. Il présente juste une méthode d'organisation "personnelle", incompréhensible pour le commun des mortels...

La pensée créative, dans sa forme la plus pure, ne serait-elle pas le fait de penser en dehors des lignes de raisonnement "classique", en dehors des normes établies ?

mercredi 15 juillet 2015

Les avantages du désencombrement matériel

« Lorsque nous ne pouvons plus choisir, nous encombrons »
Dominique Loreau (1)

Pourquoi accumulons-nous ?

Un constat s'impose ; nous possédons trop. Mais qu'est-ce qui nous pousse à consommer ainsi? D'après le sociologue Gilles Lipovetsky2,  « nous achetons pour compenser les incertitudes de l'avenir», Nos actes de consommation seraient donc régis par des peurs, comme celles de connaître le chômage ou la précarité par exemple, Observons notre logement: sommes-nous rassurés sur notre futur en vivant au milieu de tous nos biens ? Non ! Il est donc peut-être temps de prendre conscience que nos achats ne rassurent que les industriels et les distributeurs… 

Prendre conscience du superflu

Regardons les objets qui nous entourent. Lesquels avons-nous acquis de façon consciente ? Lesquels aimons-nous vraiment ? En nous questionnant ainsi sur chacune de nos possessions, nous pouvons mettre en lumière nos comportements et nos motivations. Nous pouvons, par exemple avoir cédé à des achats quasi compulsifs, pour nous faire plaisir à un moment donné. Ces petites babioles qui traînent sur nos étagères ne nous rappellent-elles pas un passage à vide, où, pour compenser un manque, nous avons cédé à toute une série d'achats inutiles ? Outre l'acte d'achat, nous devons nous interroger sur la conservation des objets.
Pourquoi les gardons-nous ? Nous rassurent-ils ? En nous questionnant, nous prenons conscience des objets superflus. Nous apprenons, dans le même temps, à mieux nous connaître, en définissant ce qui est important et ce qui est accessoire.


S'organiser et faire des choix

Comme le souligne Dominique Loreau « la véritable cause du désordre est l’excès de possessions ». En désencombrant notre habitation, nous avons plus de facilité à trouver les objets. Nous voulons déboucher une bouteille de vin ? Pas de problème. Le tire-bouchon a sa place, dans le deuxième tiroir de la cuisine, dans un compartiment spécifique. Et, lorsque nous ouvrons le tiroir, il est visible immédiatement. Aucun autre objet ne vient encombrer cet espace. Cet exemple se décline avec tout ce que nous possédons, parce que nous avons, au préalable, défini nos besoins véritables. Et nos gestes sont plus précis car ils ne sont plus gênés par le fouillis. 

Nous pouvons ainsi modifier nos habitudes. Rangeons au fur et à mesure, sans empiler les choses. Cet ordre permanent procure calme et détente. De la même façon, faisons des choix. Définissons ce qu’il nous faut, en fonction de nos besoins : si nous voulons laver le carrelage, nous ne devons pas avoir à choisir entre cinq produits ! Un seul doit être destiné à cette fonction. Il n’est pas nécessaire non plus d’accumuler des tas d’échantillons puisque ils finissent, de toute façon, à la poubelle ! 

Davantage de propreté

Le fait de posséder moins permet de mieux entretenir, puisque les objets sont désormais accessibles. C’est un avantage précieux, car vivre dans un endroit propre et net clarifie les idées. Notre mental est comme dépoussiéré et aéré. L’effet est très bénéfique.
Le ménage perd ses allures de corvée. Il s’effectue aisément et rapidement puisque tout est à notre portée. Nous pouvons même en ressentir de la satisfaction et de la fierté. N’est-il pas agréable de vivre dans un lieu toujours propre ? Ne ressentons-nous pas un réel bien-être ? Nos espaces ne sont-ils pas plus jolis, plus lumineux ?

Davantage d’énergie

Le désencombrement permet également aux énergies de circuler. Cette considération est propre au Feng Shui, dont nous reparlerons un peu plus loin. Éliminer tout ce qui est superflu permet de purifier l’espace. Il est facile de constater la manière dont nos possessions peuvent nuire à notre psychisme. La matière aspire l’énergie. Trop d’objets, trop de meubles, cela engendre de la fatigue. Nous « déprimons » et sommes souvent incapables d’envisager l’avenir. Nous n’arrivons plus à avancer. En nous séparant de nos possessions superflues, nous permettons à l’énergie de circuler à nouveau et de retrouver de bonnes vibrations. Du coup, nous regagnons en vitalité.

Davantage de belles choses

En nous désencombrant de l’inutile, nos espaces respirent. La clarté règne et nous pouvons, de ce fait, mettre les objets que nous aimons en valeur. Une étagère presque nue fait ressortir un bel objet que nous aimons particulièrement. Lorsqu’il est isolé, il est comme exposé et mis en avant. L’œil est immédiatement attiré par sa présence. Nous pouvons de cette façon avoir un intérieur beaucoup plus esthétique. Il ne s’agit pas de vivre pauvrement, mais, au contraire, de savoir nous entourer de choses qui nous plaisent.

Davantage de bien-être

En nous débarrassant du superflu, nous ne subissons plus notre environnement et nous pouvons ressentir un réel bien-être. Nous habitons dans un lieu qui nous plaît et où nous nous sentons en harmonie. Nous l’avons respecté, de même que nous avons prêté attention à notre nature. Il est aménagé selon notre personnalité et il nous ressemble.

(1) Dominique Loreau, L’Art de l’essentiel. Ed. J’ai Lu, 2009. 
(2) Gilles Lipovetsky, Le Bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hyperconsommation. Ed. Gallimard, 2006.


Synthèse

Un ordre retrouvé
En désencombrant nos intérieurs, nous prenons plaisir à vivre dans un endroit ordonné et rangé. L’ordre procure bien-être et calme. Il apaise. Un intérieur clair et ordonné agit de la même façon sur notre psychisme.

La circulation des énergies
Lorsque nous vivons dans un lieu avec peu de meubles et d’objets, les énergies circulent librement. Nous sommes de bonne humeur et allons de l’avant. En revanche, un lieu encombré est pesant. Il nous démoralise et nous nous y sentons fatigués.

Une vie plus facile
Lorsque nous choisissons de désencombrer notre habitation, nos gestes quotidiens sont facilités. Nous retrouvons tous les objets en un clin d’œil. En allégeant nos logements, nous simplifions notre vie. Tout est plus simple et nous faisons des choix plus rapidement.

Un gain de propreté
Vivre dans un lieu plus allégé permet de le nettoyer en profondeur. Quand nos étagères courbaient sous le poids des livres, il était difficile de faire la poussière correctement. Aujourd’hui, parce que nous avons éliminé les trois quarts de nos lectures, nous pouvons même passer un coup de chiffon régulièrement.

Extrait de "Simplifier sa vie"  - Les dossiers de psycho n°3 - Décembre 2010 

dimanche 5 juillet 2015

L'Indice de développement humain (IDH)

L'IDH a été créé pour souligner que les personnes et leurs capacités devraient constituer le critère ultime pour évaluer le développement d'un pays, pas seulement la croissance économique. L'IDH peut également être utilisé pour remettre en question des choix politiques nationaux, en se demandant comment deux pays ayant les mêmes niveaux de RNB par habitant peuvent obtenir des résultats différents en termes de développement humain. Ces contrastes peuvent susciter le débat sur les priorités politiques des gouvernements.


L'indice de développement humain (IDH) est une mesure de synthèse du niveau moyen atteint dans les dimensions clés du développement humain : une vie longue et saine, l'acquisition de connaissances et un niveau de vie décent. L'IDH est la moyenne géométrique des indices normalisés pour chacune des trois dimensions.

La dimension de la santé, évaluée selon l'espérance de vie à la naissance (une composante de l'IDH) est calculée à l'aide d'une valeur minimale de 20 ans et d'une valeur maximale de 85 ans. La composante éducation de l'IDH est mesurée au moyen du nombre d'années de scolarisation pour les adultes âgés de 25 ans et de la durée attendue de scolarisation pour les enfants en âge d'entrer à l'école. La durée moyenne de scolarisation est estimée par l'Institut de statistique de l'UNESCO en fonction des données relatives au niveau d'éducation provenant de recensements et de sondages disponibles dans sa base de données. Les estimations relatives à la durée attendue de scolarisation se basent sur l'inscription par âge à tous les niveaux d'éducation. Cet indicateur est produit par l'Institut de statistique de l'UNESCO. La durée attendue de scolarisation est plafonnée à 18 ans. Les indicateurs sont normalisés à l'aide d'une valeur minimale de zéro et de valeurs cibles maximales de 15 et 18 ans respectivement. Les deux indices sont combinés dans un indice d'éducation à l'aide d'une moyenne arithmétique.

La dimension du niveau de vie est mesurée par le revenu national brut par habitant. La fourchette de variation pour le revenu minimal est de 100 $(PPA) et pour le revenu maximal de 75 000 $(PPA). La valeur minimale du RNB par habitant, fixée à 100 $, est justifiée par la quantité considérable de productions de subsistance et non marchandes non mesurée dans des économies proches de la valeur minimale qui n'apparaît pas dans les données officielles. L'IDH utilise le logarithme du revenu pour refléter l'importance décroissante du revenu avec le RNB croissant. Les résultats pour les trois indices de dimension de l'IDH sont ensuite ajoutés à un indice composite à l'aide de la moyenne géométrique. 

L'IDH ne reflète pas les inégalités, la pauvreté, la sécurité humaine, l'autonomisation, etc. Il existe d'autres indices composites pour une vision élargie de certains des enjeux clés du développement humain, des inégalités, de la disparité entre les sexes et de la pauvreté humaine.

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