jeudi 30 avril 2015

L'évolution de l'homme - Olivier Clouzot (1935-)

Gurdjieff disait : " L'évolution de l'homme est l'évolution de sa conscience, et la conscience ne peut pas évoluer inconsciemment. L'évolution de l'homme est l'évolution de sa volonté, et la volonté ne peut pas évoluer involontairement. L'évolution de l'homme est l'évolution de son pouvoir de faire, et faire ne peut pas être le résultat de ce qui arrive...".

Dans notre vie, nous pouvons apprendre successivement :

* des connaissances et à faire des choses d'abord, comme on nous pousse à le faire à l'école et dans la famille ;
 
*à vouloir faire des choses particulières ensuite, celles pour lesquelles nous sommes motivés, lorsque nous atteignons notre autonomie individuelle ;
 
*et enfin à être vraiment conscient de ce que nous sommes et de ce que nous faisons lorsque nous découvrons notre vraie liberté.

Cela résume parfaitement ce qu'est le travail vertical qui commence obligatoirement dans l'horizontalité de notre existence, mais qui se "verticalise" par la suite, pour peu qu'on choisisse de le faire en entrant dans un processus d'auto-observation...

Olivier Clouzot

Olivier Clouzot (1935-)
Olivier Clouzot a été un formateur de formateurs et un consultant en éducation qui a travaillé pour différentes institutions françaises et étrangères, et pour l’UNESCO. 

Il est l’auteur de "Apprendre autrement", ouvrage fondamental sur les lois de l’apprentissage qui permet de découvrir que l’évolution des êtres humains dépend essentiellement de ce qu’ils apprennent. 

Après avoir traduit un ouvrage d’Oscar Ichazo sur les différentes manières dont nous raisonnons, il a appliqué ce modèle des "logiques humaines" à l’enseignement et à la formation dans ses livres "Former Autrement", "Animer Autrement", et "Éducation pour le 3e Millénaire", montrant comment chaque logique détermine un type particulier d’éducation.

Dans "Eveil et verticalité", il développe une comparaison entre ces logiques et trois niveaux de conscience fondamentaux: le niveau de l’ego socioculturel, le niveau de l’ego individualiste, et le niveau de l’individu individualisé, qui correspondent à trois stades fondamentaux de la croissance humaine, avant le niveau transpersonnel qui en est l’aboutissement.
Son travail dans l’École Arica, une école pour la clarification de la conscience et la réalisation de soi fondée aux Etats-Unis par Oscar Ichazo en 1970, lui a permis de faire l’expérience de nouveaux outils objectifs de développement personnel et spirituel, qui ne dépendent pas de dogmes religieux ni de la nécessité d’avoir la foi en un "sauveur" ou un gourou, parce qu’ils s’appuient sur des expériences corporelles, émotionnelles et intellectuelles que l’on peut partager avec les autres personnes qui les utilisent: c’est ce qui fonde ce qu’il appelle "le principe d’égalité des apprenants" qui démontre comment chaque individu est responsable de sa propre évolution.


Eveil et Verticalité
 
Editions Le Souffle d'Or, collection Parole
Si la vie quotidienne en société constitue la dimension horizontale de l'être humain, de sa naissance à la mort, la verticalité est une dimension de profondeur et d'élévation qui correspond à sa croissance intérieure, fondée sur l'éveil de la conscience.

Le processus qui mène à cet éveil est jalonné de quatre étapes principales, ou niveaux de conscience, séparés par trois crises.

Il existe divers chemins de transformation que l'auteur met en perspective, avec rigueur et nuance, en citant les témoignages de différents "éveillés". Le lecteur pourra se repérer lui-même en se référant aux apprentissages qu'il a déjà accomplis. Il appréciera l'aspect philosophique et historique de ce travail encyclopédique, qui établit des comparaisons entre l'évolution individuelle et l'évolution socio-culturelle. Mais il comprendra aussi l'aspect pratique et méthodologique du chemin vers l'éveil.

Cet ouvrage clair, didactique, structuré, qui relie psychologie, psychanalyse et spiritualité, montre que l'éveil n'est pas une grâce réservée à quelques initiés, mais que des approches de l'éveil sont tout à fait à la portée de chacun.

Un des apports originaux d'Olivier Clouzot est de présenter pour la première fois en français les travaux d'Oscar Ichazo, fondateur de l'Ecole Arica et créateur de la Trialectique, une nouvelle logique qui fait suite à la logique formelle d'Aristote et à la dialectique de Hegel. 

Olivier Clouzot, consultant en éducation et spécialiste en enseignement programmé, a publié Apprendre autrement et trois autres titres en pédagogie aux éditions Holistiques. Il rend hommage, dans cet ouvrage, à son oncle Lanza Del Vasto, ainsi qu'à Arnaud Desjardins, Dane Rudhyar et Oscar Ichazo, dont les travaux respectifs ont nourri son inspiration.

mardi 28 avril 2015

Les mots sont des fenêtres - Marshall Rosenberg (1934-2015)

Editions La Découverte - 1999
Notre langage usuel favorise les jugements, y compris « positifs », étiquettes ou critiques. Il nous conduit souvent à rendre l’autre, ou l’extérieur, responsable de notre mécontentement ou de notre insatisfaction, et à dissimuler ce qui nous habite pour nous préserver. Ainsi s'enclenchent la confusion, l'incompréhension, et la violence.

La CNV - ou Communication Non Violente - mise au point par Marshall B. Rosenberg, psychologue clinicien collaborateur de Carl Rogers, propose une autre forme de langage. Il s’agit d’apprendre à reconnaître ce qui se passe réellement en nous et aussi en les autres, afin de revenir à ce lieu de paix intérieure où nous avons l’élan authentique de prendre en considération les besoins fondamentaux de chacun. 

Exprimée en observations des faits, ressentis, besoins, et demandes concrètes, la CNV aide à clarifier ce que nous vivons, nous voulons, et nous disons. Elle induit, entre autres, davantage de conscience, d’appréciation de ce qui est, de confiance, de coopération, de co-création, le dépassement des conflits dans le respect et la reconnaissance de chacun, pour agir en interdépendance avec les autres.

En fait la Communication Non Violente est bien plus qu’un processus ou un langage, c’est un art de vivre avec soi-même et avec les autres, en portant notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce qui nous fait du bien.

Trois objectifs

1. Comprendre ce qui déclenche la violence dans mes comportements, mes paroles ou mes réponses.

-le langage qui juge : il correspond à de la domination et induit de la soumission ou de la révolte.
-l’attribution à l’autre de la cause du conflit (implique l’incapacité de reconnaître sa propre vulnérabilité et celle de l’autre).

Cela se traduit : soit par la culpabilisation de l’autre, ce qui induit sa résistance (cela consiste à lui attribuer la responsabilité de mes sentiments, ce qui est un leurre), soit une contre−attaque de l’autre donc un conflit, soit encore un soumission momentanée ou durable, mais l’autre nourrira de la rancoeur, de la mauvaise estime de soi et de la mauvaise volonté. En fait, l'analyse des torts de l’autre reflète l’expression de mes sentiments et mes besoins non satisfaits.

2. Trouver les mots et attitudes qui ouvrent afin d’agir là où je peux le faire.

- il s’agit d’écouter l’autre pour connaître sa perception, ses sentiments, ses besoins et ses souhaits.
- lui témoigner mon respect, mon empathie, puis me faire entendre: exprimer mes sentiments, mes besoins et mes demandes.

3. Développer l’expression de ce qui m’anime.

-identifier mes perceptions, émotions, désirs, donc approfondir ma connaissance de moi−même et de ma manière d’entretenir des relations.
- ce qui peut me permettre de ne plus agir en esclave ou en simple exécutant, de me sentir responsable de moi−même et distinct de l’autre.
- l’autre n’est pas là pour me rendre heureux − ni moi pour faire son bonheur.

Plutôt que de se centrer sur les torts de l’autre et sur ce que je pense de lui, ce qui n’apporte qu’un soulagement momentané mais aboutit à une impasse.

Entraves à la communication

- Les jugements et les comparaisons (c’est une forme de jugement aussi).
- Le refus d’assumer la responsabilité de nos pensées, nos sentiments et nos actes. En attribuant leur cause à: des impulsions incontrôlables ("c’est plus fort que moi").
− des forces impersonnelles et vagues − notre état de santé ou notre vécu antérieur, les actes d’autrui, une obligation édictée par une autorité (danger de la docilité), la pression sociale, une politique institutionnelle ( des règlements, des lois), une fonction attribuée à une position, un rôle, ou un sexe.
- Les exigences, les reproches et les menaces imposées à l’autre.
-La non écoute de soi-même. Si on écoute ses sentiments et ses besoins: on ne peut être ni esclave, ni
exécutant.

Démarche en 4 étapes par rapport à soi-même ou à l’autre

1. Observer sans juger

Enoncer les faits qui nous touchent, que nous n’apprécions pas sans juger, ni interpréter le comportement de l’autre, ni lui prêter des intentions en les replaçant dans un contexte précis, donc sans généraliser. Ne pas prendre mes suppositions pour une certitude.

2. Identifier et exprimer nos sentiments

Développer l’écoute, l’identification et l’expression de mes sentiments. On a souvent un langage pauvre pour définir nos sentiments − alors qu’on a un langage plus riche pour qualifier l’autre. Nous avons tendance à davantage nous centrer sur autrui: sur ce qu’il pense que je devrais dire ou faire − plutôt que d’être en contact avec nous-mêmes et ce que nous ressentons et ce dont nous avons besoin.

3. Prendre la responsabilité de nos sentiments

Les actes de l’autre sont un facteur déclenchant, mais pas une cause de nos sentiments car nos sentiments proviennent de la façon dont nous choisissons de recevoir les actes et les paroles de l’autre et de nos attentes particulières à ce moment-là. Les jugements que je porte sur autrui sont des expressions détournées de mes propres besoins inassouvis.

Il faut donc:

- Accepter la responsabilité de nos sentiments liés aux actes de l’autre en les reliant à nos propres besoins, désirs, attentes, valeurs ou pensées non satisfaits."je me sens ... (seul, blessé ... ) parce que j’aimerais ... (que tu restes ce soir, tu écoutes ce que je te dis ... )". Plus je parviens à associer mes sentiments à mes besoins mieux l’autre pourra y répondre avec empathie, car je ne me centrerai pas sur les "torts" de l’autre.

- Accorder de la valeur à mes propres besoins. Ce qui peut me faciliter de les exprimer clairement et peut aider l’autre à les reconnaître.

- Sortir de l’esclavage affectif:

- idée que je suis responsable des sentiments de l’autre et qu’aimer implique de renoncer à mes besoins, donc peur de déplaire, et grands efforts de faire plaisir. L’autre est ressenti comme un poids, j’étouffe, je vais accuser l’autre d’être dépendant, exigeant et je risque de distendre ou de rompre la relation.

- phase "exécrable". Colère, car refus d’endosser la responsabilité des sentiments de l’autre. Nos sentiments nous inspirent de la crainte et de la culpabilité et nous les exprimons sur un mode qui est vécu par l’autre comme péremptoire.

- libération affective. J’expose clairement ce que je veux, tout en montrant que je tiens aussi à ce que les besoins de l’autre soient satisfaits. Je peux réagir aux besoins de l’autre uniquement avec bienveillance, jamais par crainte, culpabilité ou honte. J’assume la totale responsabilité de mes actes, de mes intentions et de mes sentiments, mais pas celle des sentiments des autres.

4. Demander ce qui contribuerait à mon bien-être.

Demander des actes concrets et positif susceptibles de combler mes besoins. Des actes précis plutôt qu’une attitude vague car cela masque souvent un jeu oppressif (attente qu’il approuve tout ce que je fais) ou une attente paradoxale ("sois responsable et obéis-moi ... "). Des actes concrets: afin qu’ils puissent être entrepris par l’autre. Dire ce que je souhaite plutôt que ce que je ne veux pas qu’il fasse, sinon, j’induis la résistance de l’autre.

jeudi 2 avril 2015

Notre rapport au temps

« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps »
Françoise Sagan 

Plus nous allégeons nos habitations, moins nous consacrons de temps à chercher les choses, à ranger, à nettoyer. Comme nous l’avons vu, notre organisation s’en trouve améliorée et nous avons donc davantage de temps. Nous pouvons nous consacrer à des tâches plus intéressantes. C’est peut-être le moment de revoir notre façon de vivre et de nous poser certaines questions. Que voulons-nous faire ? Que pouvons-nous décider pour vivre plus en accord avec nous-mêmes ? Ne pouvons-nous pas profiter de ce gain de temps pour être et vivre, tout simplement ?


Qu’est-ce que le temps ?

Qu’entendons-nous par avoir le temps ? Cette notion est à la fois simple et difficile à appréhender. Nous n’avons jamais le temps. Nous courons après, nous en perdons ou nous le tuons. Nous nous référons sans arrêt à lui, sans y prêter vraiment attention. Pourtant, nous disposons tous du même temps. Il est là, impalpable, insaisissable. C’est une richesse que nous possédons tous, gracieusement. Le temps est à tout le monde.

Le moment présent

Nos modes de vie sont organisés selon des plages horaires. Le temps est ainsi découpé en heures, minutes et secondes. Les hommes ont inventé cette unité de mesure afin que nous puissions nous organiser. Mais percevons-nous le temps de cette manière ? Arrêtons-nous un instant. Qu’est-ce que le temps ? En fait, le temps n’existe pas vraiment C’est un concept. Seul l’instant présent existe. Tout ce que nous faisons se situe là, ici et maintenant. Eckhart Toile(1) conseille « de mettre fin à l’illusion du temps ». Si nous pensons au passé ou au futur, nous sommes orientés vers le temps, qui lui est fictif. Seul le présent existe. Essayons alors de vivre dans le « maintenant ». Soyons attentifs à l’instant. Mettons de la qualité dans notre vie pour apprécier l’instant présent.

Du temps pour soi

Ne rien faire permet de rompre avec un rythme de vie parfois trop mouvementé. Nous pouvons ressentir le besoin de marquer une pause, pour renouer avec un certain équilibre et nous retrouver. Essayons simplement de passer un peu de temps avec nous-mêmes. Il n’est pas nécessaire de programmer quelque chose de particulier. Juste être avec nous-mêmes, rêver, observer, écouter. Cela peut être effrayant car nous ne sommes pas habitués à agir ainsi. Nous avons peur du vide et de l’ennui. Or, « ne rien faire » ne signifie pas « s’ennuyer ». Bien au contraire. Cela procure un sentiment de calme. C’est très apaisant et ressourçant. Nous sommes en général toujours satisfaits lorsque nous nous sommes octroyés un moment rien qu’avec nous-mêmes. Mais il faut le décider et y prendre plaisir.

Du temps pour les autres

Lorsque notre esprit est dégagé, nous pouvons alors vraiment être pleinement avec les autres. Nous découvrons la chance que nous avons de connaître telle personne. Nous savourons sa compagnie. 
Nous vivons, de manière consciente et présente, des moments de véritable échange, en nous livrant au plaisir simple et vrai d’être en compagnie de ou des autres.

La disponibilité et l'ouverture

Nous désencombrer libère notre esprit et nous permet de nous ouvrir. Nos sens sont alors en éveil. Nous pouvons nous sentir plus disponibles, pour nous-mêmes et pour les autres. Nous sommes attentifs et réceptifs. Cultivons régulièrement cette attention. Soyons concentrés. Observons ce qui nous entoure. Écoutons les sons. Humons les parfums. Retrouvons notre curiosité naturelle. Préparons-nous à recevoir tous les possibles. Lorsque nous sommes suffisamment ouverts et confiants, les vraies envies et les véritables désirs peuvent alors survenir. Être disponible, c’est nous ouvrir la porte de la créativité, avoir de la place - du temps pour laisser entrer la nouveauté.

Bien utiliser notre temps

En simplifiant notre vie, nous révisons nos priorités. Nous prenons conscience que consommer n’apporte pas grand-chose. En revanche, l’espace libéré (physique, psychique et relationnel) engendre des décisions plus profondes, plus intimes. Toute notre manière de vivre peut ainsi être remise en question pour que seul demeure ce qui est primordial pour nous. Petit à petit, nous apprenons à utiliser notre temps différemment, en correspondance avec ce que nous sommes. Nous pouvons, par exemple, reprendre une activité artistique. Profitons pleinement du temps !

Apprenons à nous aimer

Prendre soin de nous permet d’apprivoiser le temps. N’est-ce pas ce qui est le plus important dans la vie, nous aimer et aimer les autres ? Sachons utiliser chaque journée qui se présente à nous pour la vivre pleinement. Repérons ce qui nous procure de la joie. Soyons à l’écoute de nous-mêmes. Soyons nous-mêmes.

Apprenons à aimer la vie

Sachons goûter aux plaisirs que nous offre la vie. Ce sont souvent des petites choses, des petits riens qui agrémentent notre quotidien et nous font plaisir. Prenons le temps de les voir et de les apprécier.

(1) Eckhart Tolle, Le Pouvoir du moment présent. Éd. Ariane, 2000. 



Synthèse

La notion du temps
Le temps a été créé pour découper nos années, nos mois, nos journées. Mais ce concept ne recouvre rien de réel. Le temps n’existe pas vraiment. C’est une représentation de l’esprit. Seul le présent existe. C’est là, ici et maintenant que nous vivons vraiment. Alors veillons à rester dans le moment présent.

Apprendre à ne rien faire
Pour goûter l’instant présent, l’idéal est de ne rien faire. Il s’agit de nous contenter d’être. Cela engendre le bien-être et permet de renouer avec l’estime de soi.

S’aimer
Pour ne plus avoir de problème avec la notion de temps, il existe un moyen simple : nous aimer ! Essayons de passer du temps avec nous, en nous faisant du bien. Cherchons à nous être agréables. Sachons savourer quotidiennement les joies simples que la vie peut nous offrir.

Vivre pleinement
Nous simplifier la vie permet de nous accorder plus de temps pour être en phase avec nous-mêmes. Nous pouvons, par exemple, nous livrer à une activité sportive ou encore consacrer du temps aux autres, qu’il s’agisse de bénévolat ou de recevoir des amis.

Extrait de "Simplifier sa vie"  - Les dossiers de psycho n°3 - Décembre 2010